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Le CRAC se craque FAIL

Le CRAC, Comité Radicalement Anti Corrida, est une association européenne visant à l’abolition de la corrida. Un combat dont on ne peut qu’être solidaire. Il s’agit d’une organisation qui n’était pas du tout prédestinée à se retrouver un jour sur ce blog. Dans la liste de ses présidents d’honneur, on retrouve différentes personnalités « progressistes » (sans rentrer plus dans les détails), tel que Patrick Pelloux ou les défunts Jacques Derrida et Albert Jacquard.

Pourtant, comme nous l’avions évoqué, les réseaux militants pour la cause animale sont régulièrement confrontés à leur infiltration par l’extrême-droite. Il faut donc pour se préserver de toute dérive, une démarche politique ferme et sans concession vis-à-vis des fachos. La plus grosse entreprise de pénétration des idées racistes et réactionnaires d’extrême-droite au sein de la mouvance, se fait via la Fondation Brigitte Bardot, une organisation qu’il vaut mieux ne pas fréquenter quand on ne veut pas se trouver mêlé à des affaires de racisme !

Le 8 septembre 2012, une femme portant les couleurs de la Fondation Brigitte Bardot s’est ainsi adonnée à de nombreuses insultes racistes à l’occasion d’une manifestation anti-corrida organisée par le CRAC à Alès. Cette affaire avait forcé Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC France, trésorier et vice président du CRAC Europe, à se désolidariser de ces propos et à affirmer qu’il « dégagerait » dorénavant les auteurs de propos « lamentables ». Pourtant, cet épisode est loin d’avoir amené le CRAC à cesser de collaborer avec la Fondation Brigitte Bardot, coorganisant manifestations et actions encore récemment comme le 24 aout 2013 à Rion-des-Landes ou le 27 octobre 2013 à Rodilhan.

Mais le CRAC va plus loin que de collaborer avec la Fondation Brigitte Bardot. Il fait de cette alliance quelque chose de primordial. Faisant ainsi des ennemis de la FBB des « ennemis de l’intérieur »1. Effectivement, il y a un certain nombre d’antifascistes militant pour la cause animale qui refusent d’avoir quoi que ce soit à faire avec les fachos et notamment la Fondation Brigitte Bardot. C’est par exemple le cas du déjà cité Collectif Libertaire pour l’égalité Animale et Humaine (Cléah) ou du Réseau éthique pour les animaux, dont la charte est très claire quant à la FBB, mais également des Panthères Enragées, qui se sont plusieurs fois illustrés en dénonçant la présence des fachos de la FBB, de 3ème Voie ou autres dans les manifestations. Ainsi donc, pour Garrigues, président pour la France du CRAC dont les statuts condamnent pourtant « toute forme de discrimination : racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie, spécisme…  » il semblerait que l’ennemi ne soient pas les fafs de la Fondation Brigitte Bardot qui pourrissent ses rassemblements avec des propos racistes, mais les antifa qui s’opposent à cette alliance !

Les mots de Garrigues sur les auteurs de propos lamentables qui devraient dégager de ses manifestations, paraissent tout à coup un peu moins clairs, à la lumière de ceci. Et si ce n’étaient pas des fafs aux propos racistes qu’il s’agissait, mais bien des antifa dénonçant l’alliance avec les fachos de la FBB ? Tiré par les cheveux, paranoïaque ? J’aimerai, mais cette hypothèse a été rapidement corroborée par ce mail reçu par le Cléah qu’ils ont rendu public sur leur facebook. Les propos (et les menaces) sont clairs. Les antifascistes sont tolérés à conditions qu’ils n’affichent pas leur antifascisme, sinon ils seraient considérés comme faisant de la « provocation » et dégagés personnellement par M. Garrigues, par respect pour les manifestants (comprendre donc les manifestants qui se sentiraient offensés par une banderole antifasciste, donc des fachos et notamment ceux de la fondation Brigitte Bardot). On retrouve ainsi dans ce mail la rhétorique de l’ennemi intérieur (les antifascistes qui feraient de la provocation) à qui l’union pose problème ce qui est déplorable (dénoncer les fachos qui est déplorable puisque nuisible à l’union avec les fachos de la FBB) et que Garrigues va dégager. La boucle semble donc bouclée !

Jean-Pierre Garrigues (président du CRAC France) en compagnie de Nathalie Krier et Jérôme Lescure lors de l'AG du CRAC Europe en mars 2013.

Jean-Pierre Garrigues (président du CRAC France) en compagnie de Nathalie Krier et Jérôme Lescure lors de l’AG du CRAC Europe en mars 2013.

Comme le montre la photo ci-dessus, les accointances de Garrigues avec l’extrême-droite ne sont pas nouvelles ni fortuites. Sur cette photo, on le retrouve avec Nathalie Krier, aka Nath animaliste, qu’on ne présente plus vu qu’on en a déjà parlé à deux reprises sur ce blog à propos de sa présence dans le cortège fasciste de Section Défense Animale au côté notamment d’Esteban Morillo, l’assassin de Clément Méric, et de son appartenance à l’organisation fasciste troisième voie de Serge Ayoub.

On trouve également avec eux Jérôme Lescure, sur qui ça peut valoir le coup de s’arrêter quelques secondes. Lescure occupe au sein du Conseil d’administration du CRAC Europe la fonction de porte-parole national. Il est cependant plus connu en tant que cinéaste et notamment en tant que réalisateur de « A.L.F. Le film », qui comme son nom l’indique est un film sur l’ALF (Animal Liberation Front). Jérôme Lescure s’enorgueillit d’avoir reçu pour son film sur une organisation libertaire et anticapitaliste (dont il dévoie tous les principes) le soutien de Brigitte Bardot et sa fondation (et a aussi reçu le soutien des nazis du Klan du loup).

A.L.F. Le film à ne pas voir !

A.L.F. Le film à ne pas voir !

Jusqu’ici, on pourrait plaider pour Lescure la naïveté du cinéaste qui est prêt à récupérer tous les soutiens possibles dans l’espoir de mieux diffuser ses idées via son film, ce qui serait déjà embêtant. Mais les liens entre Lescure et l’extrême-droite ne s’arrêtent pas là. C’est également un proche de l’omniprésente Nathalie Krier avec qui il échange sur internet sur comment évincer les antifascistes de projets de la « cause animale », et qu’il côtoie dans la vraie vie.

Jérôme Lescure et Nathalie Krier au refuge Animaux En Péril

Jérôme Lescure et Nathalie Krier

Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica, toujours au refuge d'Animaux En Péril

Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica

Les deux photos ont été prises au refuge d’Animaux En Péril, les panthères enragées donnent un certain nombre de détails sur ce lieu trouble.

La deuxième photo montre Jérôme Lescure en compagnie d’une militante fasciste bien connue. Elle et son compagnon2 se disent National-libertaire ou national-anarchiste, une variante du nationalisme révolutionnaire. Entre autres activités, ils pourrissent ensemble les luttes de « Protection Animale ».

Le négationnisme, une seconde nature chez Arduinna.

Le négationnisme, une seconde nature.

Nous en sommes déjà à deux membres éminents du CA du CRAC Europe qui copinent avec les fascistes, hélas, ça ne s’arrête pas là.

Delphine Simon (secrétaire et déléguée Île de France du CRAC Europe), en compagnie de Nath Animaliste et Jérome Lescure lors du Paris Vegan Day, le 12 octobre 2013.

Delphine Simon (secrétaire et déléguée Île de France du CRAC Europe), en compagnie de Nath Animaliste et Jérome Lescure lors du Paris Vegan Day, le 12 octobre 2013.

Et oui, Delphine Simon, secrétaire du CRAC Europe, s’affiche aussi avec la fasciste Nathalie Krier. Notons que Krier n’est pas membre du CRAC, qu’elle n’a rien d’incontournable pour le vice-président et trésorier, le porte-parole national et la secrétaire du CRAC Europe qui font le choix délibéré de s’afficher avec une militante fasciste reconnue et en connaissance de cause. Notons également, que Nathalie Krier est par contre membre de la Fondation Brigitte Bardot. Il semblerait donc que les liens entre le CRAC et la FBB soient solides, ce qui explique que le CRAC aille jusqu’à menacer physiquement les militants antifascistes.

Cet article n’est aucunement un WIN pour l’infiltration des fachos dans la « Protection animale » car, sans la nier, il ne faudrait pas surestimer leur implantation, mais bien un gros FAIL du CRAC et plus largement de ceux qui croient leur cause au-dessus des clivages politiques. C’est en effet quelque chose de courant de croire qu’une lutte (qu’elle soit écologique, culturelle, linguistique …) est au-dessus des clivages politiques. C’est une idée évidemment fausse, mais surtout dangereuse car elle conduit automatiquement à servir de nid douillet à l’extrême-droite, trop heureuse d’y trouver un accueil chaleureux (pour eux dès qu’on ne les jette pas, c’est chaleureux) et à leur offrir un beau terrain de recrutement. C’est pourquoi il faut être vigilant et sans concession dans notre antifascisme et refuser de voir pourrir nos luttes par des fachos accueillis au nom de l’unité de la cause défendue. C’est un problème auquel sont confrontés nombre d’antifascistes par exemple dans leur combat pour les langues minoritaires qui, quand ils chassent les fachos, se font accuser de desservir la cause de ces langues (on retrouve la même chose sur d’autres questions) en brisant l’unité. Il est évident qu’on ne peut servir une juste cause qu’en la préservant des fachos. C’est vrai de toutes les luttes mais encore plus dans les luttes consistant à étendre le refus des systèmes de domination aux animaux non-humains. Ces luttes ne peuvent s’entendre que comme un prolongement logique de l’antifascisme et ne peuvent en aucun cas s’y opposer. A quoi bon se battre contre l’exploitation d’animaux non-humains si on permet dans le même temps le renforcement des dominations au sein des humains ?

Cet article traite du CRAC car son importance dans le paysage médiatique et militant et l’importance de ses dérives récentes (notamment avec le mail au Cléah) nous ont donné l’impression qu’il y avait une priorité à en parler (et non, ce n’est pas juste pour le jeu de mot bidon en titre). Cependant, il est évident que ce n’est pas la seule association du genre à être concernée, comme en témoigne la (hélas trop longue) liste noire du Réseau éthique.

  1. cité par midi libre : « des attaques de plus en plus fortes, de plus en plus sournoises, de l’extérieur comme de l’intérieur. Notre souhait d’union pose malheureusement problème à certains, ce qui est déplorable » []
  2. Hans Cany, qui se fait appeler Hans Werwolf, du nom de l’unité nazie initiée par Himmler en 44, est un phénomène de la scène fasciste depuis plus de 20 ans, on peut se reporter à sa bio par REFLEXes et même à celle  plus actualisée des fachos de Metapedia, assez fidèle []