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FailFaf : Tirer le bilan, se tirer WIN

Après presque un an sans publication sur FailFaf, il est amplement temps d’assumer cette cessation d’activité et d’en donner quelques explications en forme de bilan.

S’il n’y a pas eu de nouveaux articles depuis Auteur de polar engagé FAIL, ce n’est pas faute d’idées d’article à rédiger. Les excuses habituelles et notamment le manque de temps, ne suffisent pas non plus à expliquer ce silence. Il faut admettre un manque de motivation, une perte d’envie d’avoir envie.

Nous allons en analyser un peu les différentes raisons, de manière à s’expliquer, un peu comme un du au lecteur, mais aussi parce que les RetEx (retours d’expérience) sont une forme de solidarité et de travail collaboratif qui nourrit la production futur des différentes personnes s’impliquant dans les tâches antifascistes, notamment sur internet.

Quel rôle pour FailFaf ?

Les lecteurs et lectrices les plus assidu-e-s de FailFaf ont pu noter de régulières évolutions dans sa forme et son contenu.

C’est un poncif maintes fois rabattu que de dire que les antifascistes sont en retard sur le net comparé à leurs adversaires d’extrême-droite. Pour autant, à la création de FailFaf, il existait déjà pas mal de blogs et de sites antifascistes. Le but de FailFaf n’était pas de refaire ce qui existait déjà. Non que l’idée soit totalement à proscrire. Si on observe un peu la fachosphère, on note que de nombreux sites tiennent le même rôles. Certains articles sont ainsi reproduits des dizaines de fois sur des sites différents. Parfois en citant la source et en y renvoyant par un lien (il s’agit alors principalement de faire du réseautage, d’agrandir et d’intensifier la toile pour en améliorer la visibilité et principalement de booster le référencement du site source, généralement un site clé de la fachosphère), d’autre fois l’article est publié sans autre référence, comme s’il était la production du site ou du blog, parfois sa rédaction (et ou son illustration) est même retravaillée pour en modifier le ton, le champs sémantique… Il s’agit alors de diffuser la même info, intox, ou argumentation vers un nouveau public qui n’ira pas forcément lire d’autres sources avec le même fond. Ainsi un article publié dans la sphère royaliste avec un vocabulaire sur la Ripoublique et les nègres, s’il est ré-écrit avec le même fond mais en parlant d’empire et des suédois sur un site soralien touchera un autre public, avec un même but. Sauf que comme nous sommes très en retard sur l’extrême-droite, il nous a semblé que ce travail ne correspondait pas au stade de développement de notre présence sur le net. Autrement dit, notre analyse se fondait plus sur un besoin immédiat de diversifier l’offre que d’étoffer l’offre existante.

L’idée fut donc de rompre avec le ton purement militant mais aussi avec l’intellectualisme d’une partie du milieu militant antifasciste. De faire des billets s’adressant à celles et ceux ne lisant pas les longs articles existant. L’image nous a semblé un outil adéquat pour faire passer un message en un rien de temps, sans compter que le référencement des images sur les moteurs de recherche est un atout à ne pas négliger. Toujours dans une quête de simplicité et de message immédiat, ne demandant ni recherche ni réflexion aux lecteurs et lectrices, le choix s’est porté sur la binarité du jeu des Fail et des Win, assez en vogue alors (surtout les Fail) dans les divertissements sur internet.

Comme indiqué dans cet article à l’arrivée de Failfaf sur la plateforme antifa-net, le but était aussi de rompre avec un certain victimisme inhérent à l’antifascisme. Comment attirer des gens à nous (et non les jeter dans le camp d’en face) quand une grande partie de l’expression antifasciste revient à d’interminables plaintes pignouses en mode « les fachos, ils sont partout », « attention l’extrême-droite ne fait que progresser », « les fachos nous ont encore agressé », etc. Surtout qu’en réalité, malgré une période clairement difficile, il n’y a pas une progression homogène des fachos, ni une impuissance homogène des antifa. Bien souvent, les fachos se loupent lamentablement et régulièrement les antifascistes réalisent de belles choses (pas uniquement à coups de poings, même si ça fait partie intégrante de l’antifascisme). Une image et hop « regardez ces merdes de faf », une autre image et hop « regardez ces antifa s’ils n’ont pas la classe ». Le concept n’était pas forcément totalement idiot, ni dénué de possibilités de réussites. Ainsi, une pauvre image de l’Action Antifasciste Paris Banlieue (disons 2 minutes de travail) a pu attirer 20000 internautes (IP différentes) en deux jours après l’assassinat de Clément Méric, sur un pauvre blog blogger moche, sans aucun travail de référencement et de promotion. Sauf que…

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : forme et fond.

Si l’antifascisme n’était qu’une guerre de territoire face aux fachos, que le but n’était que d’occuper le territoire du net pour le disputer à l’extrême-droite comme certains réduisent l’antifascisme de terrain à tenir physiquement une rue, le concept aurait peut-être pu être suffisant. Sauf que ce n’est pas le cas. L’antifascisme a pour but de battre en brèche les idées faisant le terreau de l’extrême-droite et d’imposer en échange un certain nombre de valeurs.

Le premier écueil de FailFaf a été celui de la source et de l’information vérifiable. L’extrême-droite ne s’embarrasse pas de tel soucis, elle balance une image ou une info sans dire de quoi il s’agit, de ce que ça signifie, sans en permettre la vérification de la véracité (et pour cause, les trois-quarts de ce que publient les fafs est totalement bidon). Mais nos idées et nos buts n’étant pas les mêmes que ceux des fachos, ils ne peuvent progresser par les mêmes méthodes. La démagogie et la désinformation ne peuvent armer les opprimés contre l’extrême-droite, ne peuvent pas favoriser la prise en main du champs politique par les masses, leur auto-organisation. Si beaucoup de questions restent en débat sur les modalités de l’antifascisme, celle-ci n’est pas discutable : l’antifascisme ne saurait être le négatif du fascisme.

Dans un premier temps, la solution trouvée fut d’adjoindre aux images une légende et une simple phrase de contextualisation, comportant généralement un lien pour permettre d’en apprendre plus sur le thème abordé sans alourdir la publication. Cet entre-deux s’est provisoirement révélé relativement satisfaisant. Mais rapidement insuffisant. Quand il s’agit de dire que des fachos se sont fait démontés la gueule, ont planté leur initiative, qu’une initiative antifa a été réussie ou a empêché une initiative faf, la méthode fonctionne. Mais quand il s’agit de démontrer que tel type de discours citoyenniste fait le lit des fafs, que souvent la gauche sensée être antifasciste sert de propulseur à l’extrême-droite, ou parler d’un groupe facho ou d’un groupe antifa méconnu, qu’une organisation de prime-abord progressiste et aux buts intéressants est en fait un nid à fafs… le modus operandi rencontre rapidement ses limites. Nous nous sommes alors lancés dans des rédactions plus longues, plus théoriques… Il n’y a pas de regrets, souvent l’article était pertinent et utile, il n’empêche que le blog s’éloignait grandement de ses buts et formes initiales, perdait de son originalité et de son homogénéité.

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : les valeurs.

L’autre limite pure de la méthode de l’image brute (ou presque) et du ton humoristique, réside dans les valeurs qu’elles transmettent. Moins il y a de discours, plus on est dans le simplisme, et plus on est dans le simplisme, plus on risque de faire appel aux valeurs oppressives dominantes. Par exemple on peut mettre en valeur les antifascistes à l’aide d’une simple image ou de vannes en montrant la qualité artistique de leurs réalisations, ou en montrant leur force du nombre, mais souvent le plus simple ramène quand même à une imagerie folklorique (nous prônons la diversité de l’antifascisme et sa capacité à inclure largement, à ce titre, nous n’avons rien contre les groupes largement masculins, tout en noir, visage masqués et fumis à la main qui ont toute leur place dans l’antifascisme, mais n’y voyons certainement pas le B-A-Ba de l’antifascisme, encore moins sa représentation exhaustive) voir bien souvent viriliste. De même se foutre de la gueule des fachos en une image et deux vannes peut se faire avec de l’humour pertinent, mais souvent on sombre dans « ils se croient forts mais ne savent pas se battre » ou « ah ces fachos incultes et analphabètes » (même si l’article s’en défend, il n’y échappe pas totalement). Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas faire d’humour quand on est antifa ou qu’il faut renoncer aux messages simples et illustrés, c’est au contraire une nécessité à sans cesse travailler, mais c’est tout de même une difficulté indéniable. Il y a donc les valeurs qu’on veut surtout éviter de transmettre, mais il y a aussi celles qu’on voudrait faire passer. L’antifascisme, c’est évidemment de combattre les fachos, mais c’est aussi d’y opposer des valeurs de solidarité, de diversité, de métissage, d’émancipation, d’auto-organisation des opprimés, d’anticapitalisme… Or, là, s’il est possible de faire passer ces valeurs sous la forme initiale du blog, nous n’en avons pas trouvé le moyen. Autre limite plus spécifique à l’utilisation de l’humour, surtout quand il se veut non oppressif, voir progressiste, est de tomber dans un référentiel limité et fermé (en gros, bien que ce soit totalement suggestif, nous pensons que le défaut de pas mal de blagues du blog n’est pas de n’être intrinsèquement pas drôle mais de ne faire rire qu’un très petit cercle fermé de personnes ayant les mêmes références et univers). Or l’entre-soi est justement une des valeurs que l’antifascisme se doit de combattre et un défi à relever.

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : nuance et vérité.

FailFaf n’a jamais voulu renoncer à un angle optimiste, à renverser l’image ressortant majoritairement du net (que ce soit des productions gauchos ou fachos) d’une extrême-droite toute puissante et d’un camp adverse paralysé et incapable. Pour autant, seule la vérité est révolutionnaire. Il n’était pas question de faire passer des échecs pour des victoires et vice-versa. Une solution est évidemment de sélectionner ce dont on parle. Mais à un moment donné, la nécessité s’est fait sentir avec force de parler de certaines choses qui ne sont pas à l’honneur du camp se disant antifasciste, ce fut le début de l’utilisation des Fail non plus pour les fafs mais pour leurs adversaires, comme ici. Un dévoiement du principe de départ qui n’a pas cessé de poser question. De même, la vie n’est pas faite de noir et de blanc. Il y a des faits intéressants à analyser sans pour autant pouvoir dire que ces faits soient positifs ou négatifs. Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité si on veut coller un peu à l’actualité, il n’est alors plus possible de sélectionner le thème abordé pour le faire coller à une case WIN ou FAIL. Or, il y a toujours eu sur FailFaf un refus de céder à une dictature de l’actualité immédiate. Le principe du web (et a fortiori des réseaux sociaux) créé un phénomène très déplaisant d’emballement collectif sur ce qui vient de se passer, sans prendre le temps d’en mesurer l’importance réelle, ni d’en analyser les tenants et les aboutissants, amenant donc à une superficialité de l’information… et à un oubli tout aussi immédiat de ce qui est « dépassé » entrant en contradiction avec toute logique matérialiste historique et même avec toute logique politique et analytique. Pour autant, quand il se passe quelque chose et que la faible sphère du net antifa ne le traite pas, fallait-il laisser les média mainstream ou la fachosphère comme seule source d’info ? Et si la sphère militante progressiste délaisse un angle d’attaque ou une information complémentaire ? Ainsi FailFaf, a là encore cédé à la pression et fait des articles d’actualité. Il n’est toujours pas question de le regretter en soi, ces articles ont pu avoir leur utilité. Pour autant, ils n’ont pas échappé aux dangers de l’immédiateté. Certains articles a chaud ont pu par la suite amener à réviser ou nuancer leur jugement, ou à être rendus partiellement caduques par des infos ultérieures. À l’inverse, les tergiversations ont pu, en retardant la parution d’articles, en limiter l’impact comme ce fut le cas avec le billet sur la Gaza Firm, qui pour autant a eu son utilité comme on le verra.

Production personnelle et travail collectif

La naissance de FailFaf fut un acte purement individuel. Le rédacteur de ces lignes a ouvert un blog sur blogger (choix uniquement dicté par la simplicité apparente de la plate-forme google), foutu quelques photos avec un titre, et FailFaf était né. Par la suite différentes formes de travail collectif ont vues le jour à des échelles différentes. Des personnes ont contribué juste en donnant des infos, des idées, proposant des photos. Quelques articles ont été écrits à quatre mains, mais globalement cela restait majoritairement un projet individuel, avec une personne seule faisant les choix éditoriaux, donnant la ligne politique… Ce fut aussi une constante source d’interrogation, la liberté et l’indépendance du travail quasi solo contre la force de frappe du travail collectif… Il y a eu un tournant important dans l’histoire de FailFaf puisqu’en juin 2013, il a quitté son nid de serpent google pour rejoindre la plate-forme antifasciste antifa-net. Cela répondait à la fois à une volonté purement consumériste de n’être plus hébergé par une multinationale mais par des militants, et à la volonté de participer de ce projet collectif. Pour autant, il n’était pas question d’investir de l’énergie et du temps dans le développement de la plate-forme elle-même (question de temps, mais aussi de compétences, de priorités…). Or c’est une question qui s’est posée au sein des différents participants du projet antifa-net de savoir si les blogueurs se contentaient d’être hébergés ou faisaient vivre collectivement le projet. Les blogs de la plate-forme gardaient leur indépendance tant qu’ils respectaient la charte de base, délimitant notamment un antifascisme radicalement anticapitaliste et révolutionnaire, indépendant des organisations notamment politiques (ce qui n’empêchait nullement l’appartenance des blogueurs à une orga). Cette indépendance des différents blogs a été parfaitement respectée et il est important de noter que FailFaf, seul blog citant régulièrement du Lénine ou du Trotsky sur une plate-forme à la tonalité clairement anar et autonome, n’a jamais eu à subir la moindre pression sur sa ligne politique. Pour autant, tout indépendants qu’ils soient, l’appartenance des blogs à un projet ne pouvait pas être sans incidence. Chaque blog pouvait être invectivé et tenu de se justifier par rapport aux publications d’autres blogs, aux agissements d’autres blogueurs. Pendant un temps, je trouve qu’antifa-net a rempli son rôle. Indépendance et grande complémentarité des blogs (certains basés sur l’esthétique des photos, d’autres sur la musique, d’autres sur des thématiques plus précises comme l’anarchist black cross, sur l’angle plus local d’une ville, ou au contraire abordant des questions plus larges que l’antifascisme stricto sensu comme le serpent à plume ou Brasiers et Cerisiers) mais une solidarité certaine (assistance technique, promotion de ses voisins de plate-forme…). Au bout d’un temps, pour différentes raisons sur lesquelles je ne compte pas m’étendre, la plate-forme a décliné. Certains blogs ce sont retirés, d’autres n’ont plus été actifs, des projets n’ont pas vu le jour… Par ailleurs, les blogs continuant de vivre l’ont surtout fait de manière totalement déconnectée des autres et, mais c’est un avis purement personnel, la qualité globale de la production a plutôt baissé. Rien qui ne justifie de se retirer de la plate-forme, ce pourquoi d’ailleurs FailFaf y est resté jusqu’au bout, mais des interrogations et des difficultés, des évolutions qui ont aussi joué sur la perte de motivation.

De véritable coproduction, il n’y en a eu qu’une. Il s’agit de l’article sur Sea Shepherd qui après avoir été co-réalisé, a été simultanément diffusé sur les enragés et sur FailFaf. À différents points-de-vue, cette coproduction a été une réussite, tout d’abord parce que le résultat est plutôt bon, mais aussi parce que les fortes divergences politiques n’ont nullement empêché un travail en bonne intelligence, que les auteurs ont su mettre en commun leurs savoir-faire et connaissances respectives… Pour autant, ce n’était pas non plus la vocation de FailFaf de faire de ce coup ponctuel une habitude de fonctionnement.

Sécurité sur internet

Dans le milieu militant, la sécurité internet on en parle beaucoup mais on ne fait pas grand chose. Quand on tient un blog, on peut s’interroger sur sa propre sécurité. Les deux principaux dangers sont de se faire casser la gueule par des fachos prenant mal ce qu’on écrit sur eux et surtout d’essuyer des plaintes en justice, courantes contre les auteurs de blogs antifa (en réalité, le principal soucis de sécurité pour qui publie sur le net, c’est de se prémunir contre les incessantes attaques informatiques contre le site, mais cette partie était assurée, avec brio, par les gérants de la plate-forme antifa-net). Le premier cas pose la question de l’anonymat qui au-delà des risques physiques, prémuni aussi de différents désagréments auxquels on peut être exposés (emmerdes dans le milieu professionnel par exemple). Sans s’appesantir, ça n’a pas été un problème majeur dans le cadre de FailFaf, tout juste, à deux reprises, des infos n’ont pas été publiées car leur provenance paraîtrait trop évidente (en réalité, le travail de terrain est souvent une exposition bien plus importante). À noter que parmi les rares menaces de venir casser les genoux de l’auteur d’un article, une des plus directe émanait de gens d’une organisation se disant de gauche, mécontents de voir leur antifascisme mis en cause). Pour ce qui est du risque de plainte, il faut avoir en tête qu’il est impossible de tenir un blog antifasciste et révolutionnaire sans jamais franchir les limites de la Loi, qui rappelons-le, est faite par et pour la classe au pouvoir. Cependant, là non-plus FailFaf n’était pas le plus exposé des sites antifa. Le fait de ne rien écrire sans donner la source de l’info diminue sérieusement le risque d’attaque pour diffamation (il est d’ailleurs a noté que la seule menace d’un avocat de déposer une telle plainte est restée lettre morte, malgré le refus évident de modifier ou supprimer les deux publications évoquant Nathalie Krier). L’autre plainte courante, c’est celle pour incitation à la haine, pour menaces, outrage… Clairement, un certain nombre d’articles pourraient prêter à ce type de plainte dont on n’est jamais à l’abri. Cependant, il existe suffisamment de publications moins subtiles pour que FailFaf, dont le but n’a jamais été d’éructer « mort aux flics et aux fachos » ou « untel on va te péter la gueule », ne soit pas la plus exposée.

Mais il y a une chose que beaucoup d’internautes ne parviennent pas à comprendre, c’est que dès que tu publies sur internet (et parfois même sans y publier), ce n’est pas que ta propre sécurité qui est en jeu, mais également celle d’autres personnes n’ayant rien demandé. C’est à ce niveau que la sécurité a posé le plus d’interrogations car il est extrêmement difficile de se rendre compte de si on met quelqu’un en danger ou non. Parfois, une simple formulation, une phrase sans importance, peut se révéler être utilisée lors d’un procès. C’est évidemment la section WIN qui a le plus eu à pâtir de cette problématique. Tout d’abord les photos de groupes d’antifascistes. Il y a eu, ces dernières années, plusieurs cas de militants arrêtés après avoir été reconnus sur des photos qu’ils avaient eux-même postées sur internet, sans compter les fafs qui y nourrissent leurs fichiers1. Bien entendu, FailFaf n’a publié de photos rapprochées que quand elles avaient été diffusées par les intéressés eux-mêmes. Cependant, ça ne signifie pas grand chose, le hasard peut très bien faire qu’un flic pointilleux ou un facho tombe sur la photo qu’on a publié sans être tombé sur la publication originale. Le cas de conscience sur cette question s’est vraiment révélé une fois ou nous nous sommes rendu compte que les antifascistes avaient retiré la photo de leur compte Facebook le lendemain de sa diffusion sur FailFaf, qui restait donc la seule source publique de cette photo. Bien entendu, l’article a été immédiatement supprimé de FailFaf, mais l’incident a porté à réflexion, d’autant plus que l’auteur de ces lignes, dans son militantisme de terrain, a toujours été intransigeant dans le refus de telles photos de groupes et de diffusion d’infos sur les camarades antifascistes sur internet. Plus subtil, le risque de donner des infos ou tout simplement de tenir des propos susceptibles d’être utilisés à charge lors d’une instruction judiciaire. Là encore, on ne peut jamais être à l’abri, il est simplement question de doser le ratio prise de risque / intérêt. Certains articles ont été publiés alors qu’ une instruction était encore en cours. Il a plusieurs fois été question d’en supprimer. En effet, si des antifascistes avaient été arrêtés dans ce cadre, le seul fait qu’un blog antifasciste se félicite de l’action aurait pu, quand bien même les personnes arrêtées et les auteurs du blog n’avaient aucun liens et n’appartenaient pas aux mêmes sphères militantes, pu être utilisé contre les inculpés.

Cette partie sur la sécurité sur internet n’a pas pour but d’inciter les antifa a une paranoïa paralysante dont la seule conclusion possible serait de ne plus écrire sur internet. Le but est simplement double : d’une part prendre conscience des implications de ce qu’on fait sur le net, pour soi comme pour les autres, d’autre part calculer les prises de risques en fonction de l’intérêt réel de la chose. Courir un risque judiciaire pour un article qui vous fait plaisir à écrire mais n’apporte pas grand chose sur le fond et ne sera lu que par 1000 pelé dont 500 antifa déjà au courant de tout ce qu’il contient et 200 fachos convaincus faisant de la veille est de peu d’intérêt. Courir le même risque pour un article travaillé, révélant des choses que peu de gens connaissent et visant les centaines de milliers de vues, dont une majorité de personnes sincères susceptibles d’évoluer dans leurs positions ou leur comportement se considère évidemment d’une toute autre manière.

Le marigot de l’antifascisme

Le fourre-tout de ceux se réclamant de l’antifascisme est d’une hétérogénéité absolue. Mais même en réduisant le cercle à l’antifascisme radical (non pas à celles et ceux qui savent cogner, mais à un antifascisme conséquent, antisexiste, anticapitaliste et révolutionnaire), la diversité est encore reine. Il y a bien sûr là une des forces de l’antifascisme, diversité de cultures, de cultures politiques, de pratiques… Mais il y a aussi là sa principale faiblesse car la diversité cache également des guerres de chapelles, des guerres d’ego, et surtout des divergences qui peuvent s’avérer primordiale dans certaines circonstances, qu’il s’agisse de divergences théoriques ou dans la pratique. Dès sa création, FailFaf s’est voulu non pas au-dessus de la mêlée mais en dehors de ces histoires. Il y a à cela deux raisons principales. La première, c’est que FailFaf, par sa simplicité et son ton léger, ne voulait pas s’adresser aux petits cercles de l’antifascisme radical, ce qui rendait moins nécessaire de prendre position sur ses divisions. La deuxième, c’est que le pari de FailFaf était de considérer que malgré toute sa diversité, l’antifascisme radical constituait un milieu suffisamment exsangue, assiégé de toute part, que ce soit par les fachos, les flics, les racistes non assumés, la classe bourgeoise au pouvoir, les tenants de l’antiracisme moral, les citoyennistes, on en passe et des pires, que cet antifascisme radical malgré ses divergences et différences pouvait malgré tout être considéré comme un camp unique a défaut d’être uni, qui pouvait être défendu et promu en bloc face à ses ennemis déclarés ou non. Force est de constater que ces deux postulats de base on petit à petit laissé la place au doute.

Sur l’audience de FailFaf, on y reviendra par la suite. Mais il est évident que ce type de site (et ça vaut également pour des sites plus importants) touche en premier lieu les personnes déjà les plus investies, au moins intellectuellement, dans la thématique. De plus, l’évidence publique des divergences de la scène antifa, fait que même les lecteurs et lectrices n’y appartenant pas s’interrogent sur ces divisions, demandent des prises de positions, des arguments dans un sens ou dans l’autre, des prises de distances de tels ou tels propos ou actes (et quand on est soi-même en très gros désaccord, il est bien difficile de s’abstenir). Bref, petit à petit, FailFaf ne nous a plus paru comme quelque chose d’unifiant pour l’antifascisme radical mais comme un outil bancal, entre plusieurs chaises, sans prises de positions et donc sans ligne politique nette.

Sur l’existence d’un camp antifasciste radical, il y a probablement des évolutions personnelles qui sont intervenues, mais il y a aussi une évolution objective, d’aucuns parleront d’accélération de la décomposition, non seulement du milieu antifasciste révolutionnaire mais également, sur un rythme inégal bien que combiné, de sa représentation sur internet. Il est bien rare ces derniers temps de voir l’antifascisme radical parler ou agir d’une même voix, qui trop occupé à emprunter des pentes périphériques douteuses, qui à tacler l’autre, qui à se faire mousser dans le vide… Au-delà de nos faiblesses réelles, il faut reconnaître que l’offensive adverse est d’autant plus destructrice qu’accompagnée de pièges visant sciemment à perdre les antifa dans leurs divisions comme ce fut le cas dès quelques années plutôt avec le mouvement féministe. L’autre limite absolue, c’est que derrière FailFaf, se cache un engagement et un militantisme antifa réel, avec des avis et des prises de positions tranchés. Comment ce blog pourrait-il se montrer intransigeant sur les fréquentations des réformards, sur leurs positions merdiques, dénoncer le marasme des adeptes de la république-rempart-contre-le-fascisme ou du citoyennisme apolitique et se taire quand on considère que des militants de l’antifascisme radical font ou disent tout autant n’importe quoi, se montrent tout aussi nuisibles ?! Il n’y a pas de neutralité possible en politique, ou alors elle est inconséquente et malhonnête. Dans le même temps, il n’y avait toujours pas de volonté de faire de FailFaf un outil d’une branche spécifique de l’antifascisme, de se lancer dans les débats internes et les gue-guerres qui en découlent, considérant que ce n’était ni le lieux ni la forme adéquate.

Antifascisme, technologies et marketing

Bloguer sans se faire plaisir, voilà une idée étrange. Cependant, bloguer pour soi et ses trois potes, c’est très bien quand on veut tenir un skyblog (ça existe encore?) pour parler du dernier morceau de rap avec ses potes, ça a beaucoup moins d’intérêt quand on veut créer un outil militant. Dès le début, sans aucune prétention (et aussi en tant que première tentative sérieuse de militantisme sur internet, donc de coup d’essai, d’objet de tests et de découvertes), FailFaf s’est voulu un outil militant participant à sa modeste échelle à la nécessaire contre-offensive des révolutionnaires sur le net. Ceci suppose que le blog, en plus d’être alimenté, soit vu et lu2. En plus de ça, il faut encore s’assurer que la lecture du blog apporte quelque chose, soit qu’elle donne des infos ou des arguments à des gens en cherchant, soit qu’elle convainque des lecteurs… Alors tout ça peut paraître plus proche de l’image qu’on se fait d’une agence de comm’ que de la pureté révolutionnaire romantique, et on est bien en droit de croire que le tract à la LO en interligne ½ et espacement entre caractères 0,8 est le mode de communication le plus à même de lever l’armée du prolétariat contre le capital…

Bref, il y a bien au-delà du travail de rédaction, une réflexion et une activité de communication très exigeante en temps comme en savoir-faire déployés. Or FailFaf est le bébé d’un nerd absolu, n’ayant aucune connaissance du net, aucun goût pour la vente de son produit, même pas de compte Facebook à l’époque… FailFaf est né moche, mal mis en page, sans aucun travail de référencement (le SEO, kézaco?), de promotion… Au fur et à mesure des efforts ont été faits, le débarquement sur la plate-forme antifa-net a aussi été une aide. Quelques réflexes ont été pris, quelques outils wordpress utilisés, des efforts de mise en page ont été faits. Mais il faut reconnaître que le résultat n’était pas optimal. Si on ajoute à la méconnaissance, la flemme, le manque de temps, les questions éthiques (en étudiant un peu la fachosphère ou les sites aspirateurs à clics, on peut découvrir des modes de diffusions qu’on ne s’autorise pas pour autant à utiliser, cf en supra sur les divergences de but, donc de méthodes), on est vite limité. Sur la forme du blog, on est resté avec une esthétique faible (merci quand même au camarade d’antifa-net d’avoir fait une bannière en haut du site qui a défaut d’être génialissime était propre et existante!), un mode de communication très restreint (du texte brut, des images brutes, des liens hypertextes, de rares incrustations, pas toujours réussies, de vidéos pré-existantes ou de twitts, pas de montages photos, de réalisations sons ou vidéos, de systèmes interactifs…). Le travail de promotion est resté faiblard (aucune envie de courir les forums et les commentaires des sites d’infos pour balancer des liens, ce qui peut pourtant être efficace), la présence sur les réseaux sociaux symbolique (à titre d’exemple, la page FaceBook Red & Rude qui lançait les articles de FailFaf tourne autour des 300 abonnés, pour comparer, celle de nos voisins de plate-forme les enragés qui propulse leurs articles compte ses abonnés en dizaines de milliers). L’autoformation sur le fonctionnement du référencement s’est arrêtée bien tôt, et la recherche d’amélioration de la lisibilité du blog est restée au stade de vœu pieu.

Si on veut peser un peu sur internet, il faut aussi savoir s’installer durablement dans le paysage, entrer dans les habitudes de son lectorat, le fidéliser. Cela demande une régularité de publication qui est loin d’avoir toujours été au rendez-vous, mais également une cohérence de fond qui a fait défaut. Après tout, FailFaf aurait très bien pu perdurer sur la forme de fourre-tout, traitant parfois d’actualité, d’autres d’histoire, d’autres de théorie ou avec vocation purement polémique. Simplement, l’internaute qui accroche aux billets avec une photo et deux lignes de vannes grossières n’aura pas forcément envie de se fader des développements théoriques de quinze pages et vice-versa. Or quand l’internaute tombe quatre ou cinq fois sur des articles ne l’intéressant pas, il perdra l’habitude de consulter le blog, pire, n’aura plus très envie de cliquer systématiquement sur les liens vers le blog qu’il voit passer. Il en va de même pour l’absence de ligne politique et de positionnements clairs de FailFaf. Un antifasciste tout content de lire un billet vantant une action de l’AFA-PB, se mettra à lire et à diffuser le blog. Jusqu’au jour où il tombe sur un billet s’appuyant sur les travaux (au demeurant pertinents en l’occurrence) d’un chasseur de confusionnistes, adversaire déclaré de ce qu’il considère comme des antisémites racialistes. On peut être sûr qu’il perdra toute estime et confiance dans le blog et ne le diffusera plus, voir ne le lira plus. Et toujours, vice-versa. Ce qui ne signifie pas qu’il faut orienter la ligne politique en fonction du potentiel de lecture (sinon autant taper sur les chômeurs et les immigrés, c’est toujours plus vendeur), mais qu’une espèce de neutralité interne à l’antifascisme radical déplaira toujours à tout le monde et non ne contentera chacun.

Il n’y a dans cette partie aucun mépris pour les sites confidentiels à faible impact. Simplement quand la tenue d’un site prend du temps et pose autant de questionnements et de doute, il est légitime de s’interroger sur la pertinence de continuer. Cette pertinence doit entre autre s’évaluer en terme d’efficacité, tout ça pour quel résultat ? Est-ce que je ne serai pas plus utile ailleurs, autrement ?

Ne gâchons pas notre plaisir

La lecture de cet article peut laisser un sentiment d’échec et de pessimisme. C’est logique puisqu’il vient justifier une cessation d’activité. On est pourtant loin de considérer FailFaf comme une succession de ratés et d’échecs, sinon d’ailleurs pourquoi s’être entêté pendant X-temps et X publications ?

D’un point de vue quantitatif déjà, cent-trente-sept billets et pas un dont le nombre de vuesne se compte en milliers. Qui peut en dire autant de tous les tracts à la rédaction desquels il a travaillé ?

Plus important, FailFaf n’est pas passé à côté de tous ses objectifs. Le principe d’un ton plus léger, plus divertissant et positif que beaucoup de ce qui existe dans les sites antifa par exemple. Les jeux de l’été ont connu un certain succès y compris en dehors de la sphère strictement antifasciste. Plusieurs billets ont été repris par des sites plus dédiés à l’humour qu’ils soient purement militants ou non, comme par exemple celui-ci par Graffitivre, ou celui-là par le courant anarcho-stalinien. De même, le terme FailFaf a été réutilisé par des gens sans liens avec le blog, par exemple comme hashtag sur différents réseaux sociaux.

Un autre but était de toucher des gens ne débarquant pas sur le blog en cherchant des infos antifa mais par intérêt pour un thème connexe, leur apporter des éléments antifascistes sur leurs centres d’intérêt. Nous avons ainsi la certitude que des gens ont lu et apprécié cet article sur lequel ils étaient tombés en faisant des recherches sur le foot et les tribunes. L’angle de la culture, et en particulier de la musique, nous a aussi toujours tenu à cœur. Le fait qu’un article de FailFaf se trouve cité dans le livre Pushin The Limits. Anthologie de l’extrémisme et de la transgression dans la musique moderne de Jerôme Alberola, journaliste et auteur spécialisé dans le rock, est un signe de réussite d’ouverture. La réussite n’est évidemment pas toujours au rendez-vous. Par exemple, nous n’avons pas remarqué le moindre remous dans le milieu du roman noir suite à cet article, il faut dire que nous n’avons jamais cherché à le faire, ce qui serait pourtant simple en le postant sur certains forums ou pages Facebook bien ciblés. Le travail sur les questions écologiques est par exemple difficile à évaluer, même s’il est au moins certain qu’il a touché des gens investis dans la protection animale. Mais si au milieu du déluge des personnes courroucées qu’on s’attaque à leurs idoles, plusieurs personnes nous ont remercié pour l’article sur Sea Shepherd et ont indiqué prendre leurs distances suite à sa lecture, nous avons été gêné par le fait que celui sur le CRAC soit principalement relayé par les promoteurs de la corrida, milieu pourtant lui grandement acquis à l’extrême-droite.

Par la suite, FailFaf s’est éparpillé dans différentes direction, de l’actualité à la théorie, de l’enquête à la polémique ou au rappel historique. Sans revenir sur l’avis négatif sur cet éparpillement dans son ensemble, il n’empêche que les articles individuellement ont pu fonctionner. Par exemple, cet article sur la Gaza Firm, bien qu’ayant comme expliqué plus haut, été publié trop tard pour être le plus utile et ne servant actuellement plus à rien, a en partie remplit son rôle d’éclaircissement sur un phénomène sur lequel on lisait tout et n’importe quoi et face auquel beaucoup d’antifascistes, notamment non parisiens, ne comprenaient rien (amis ou ennemis, dangereux ou non…). C’est d’ailleurs positif qu’il ait été diffusé sur la large liste mail antifasciste inter-orgas initiée par une union syndicale.

Certains articles dénonçant des liens entre GUD ou nazis et FN ou démontant le discours d’Ayoub suite à l’assassinat de Clément Méric ont alimenté la presse bourgeoise mainstream (parfois sans le mentionner ni nous prévenir, mais on a des preuves flagrantes). Ça n’a jamais été un but, mais laissons un instant de côté la robe blanche de la pureté révolutionnaire ; tant mieux si des centaines de lecteurs non-militants ont ainsi eu accès à des éléments importants. Dans les articles plus d’actualité, nous n’avons pas forcément pu rivaliser en terme de rapidité avec les spécialistes du temps réel, par contre, nous avons permis d’avoir une vision d’ensemble sur des événements qui étaient relatés de manière éparse et locale sans faire les liens, par exemple sur Jour de colère 2, sur la White Man March, ou sur la journée internationale de lutte antifasciste du 22 mars 2014.

Satisfaction aussi sur le cycle de trois articles sur des points de l’histoire de l’antifascisme anglais, bataille de cable street, bataille de Lewisham et bataille de Waterloo car ils restent parmi les seules publications du web francophone sur ces événements, notamment celui sur Lewisham un peu plus fouillé3 et on regrette un peu de n’avoir pas eu le courage de continuer sur la lancée avec d’autres pays comme prévu car il y a vraiment beaucoup à apprendre de l’histoire de l’antifascisme dans les différents pays.

Conscient de la logique de réseaux d’internet, FailFaf ne s’est pas non plus enfermé dans sa propre bulle. Nous avons participé, à notre faible échelle à des offensives de masses sur différents sujets comme les tentatives de dédiabolisation de la manif pour tous ou du FN4, ou les magouilles du front national lors des élections et de manière plus générale en tant que membres du système. FailFaf a aussi été linké, répertorié ou cité (sans toujours la source, camarades, quand on copie-colle un article, ça ne coûte quand même pas grand chose de rajouter une ligne pour dire où on l’a trouvé) par de nombreux autres sites antifascistes dont certains d’une autre envergure. La satisfaction n’est pas à chercher dans une soif de reconnaissance, mais dans le fait que le principe même du net repose sur la logique de réseau. Plus les liens entre les sites existent, mieux l’espace est occupé. À condition cependant de ne pas s’enfermer dans une boucle close (l’exemple type étant le monde du Facebook militant ou untel partage les publications de telle page … à laquelle est abonné 90% de ses contacts et où on se retrouve avec sur son mur quarante fois la même publication, mais qui tourne en fait en rond sans sortir de son lectorat de base) d’où la recherche ci-dessus de sortir de la sphère militante antifa pure.

Enfin, même si ce n’est pas le but premier, on s’est bien marré et ça compte. Les aigreurs du PRCF nous expliquant qu’on est à la solde de l’UE et de la CIA avec les mêmes termes que l’UPR, les militants du Front de Gauche nous expliquant qu’en tapant sur eux on faisait le jeu successivement du PS, du FN, de l’impérialisme, des socialos qui nous avaient insultés suite à cet article puis nous citaient contre le FN… de bons moments de rigolades. Un des summums fut peut-être quand Jeune Nation s’est cru obligé de citer cet article sur leur leader et que leurs militants écumaient d’une rage animale sur ce billet pourtant purement ludique. La révolution, oui, mais pas sans rire un peu !

Que fleurissent mille initiatives

Des fois que vous ne l’auriez pas compris, l’aventure FailFaf s’arrête ici. Il y a eu plusieurs tentations de le réanimer soit sous sa forme initiale en postant des trucs supers courts mais réguliers, soit en l’utilisant de temps en temps pour un article de fond plus fouillé. Mais toutes les réflexions portées ci-dessus, toutes les limites de l’exercice, mènent à penser que l’énergie sera plus utilement dépensées ailleurs, dans d’autres projets, que ce soit sur le net ou non. Il n’est actuellement pas question de supprimer le blog et les articles existants, qui peuvent toujours être utiles pour certains plus intemporels que d’autres, mais il ne devrait plus y avoir de mises à jour.

Pour autant, le bilan tiré est globalement positif comme dirait l’autre. Il y a beaucoup à faire sur internet. Nous réfutons au passage la traditionnelle opposition entre internet et vie réelle. Quand on voit le temps moyen passé sur internet, l’importance prise par le net comme source d’info pour beaucoup, il est indéniable que le net fait partie intégrante de la vie réelle. Il n’est pas question de promouvoir des cyber-warriors qu’on ne voit pas dans les rues, dans les boites et qui croient vivre dans une réalité virtuelle, mais occuper le net paraît aussi important que de coller des affiches, faire des tags, des chansons militantes ou distribuer des tracts.

Il faut que les gens se lancent, qu’ils maîtrisent bien le monde du net ou non, il n’y a rien à perdre à essayer à condition de le faire en réfléchissant. Il faut aussi que les groupes militants constitués prennent cette dimension en compte, il n’est pas normal que des militants aient accès à cinquante formations sur le spartakisme, la plus-value, ou le programme d’Erfurth mais aucune sur le maniement de GIMP, le codage ou le SEO. Toutes les questions abordées dans cet article de clôture ne paraîtront pas pertinentes à chacun, mais elles démontrent le nombre de problématiques à prendre en compte et aussi le nombre de choses à faire sur le net. Vous voulez parler de théorie économique ou politique, d’histoire du mouvement ouvrier, promouvoir un humour non oppressif, essayez, évaluez votre travail au fur et à mesure et partagez vos interrogations, vos réflexions, vos conclusions. Et si vous trouvez que tout ceci n’est que de la masturbation même pas intellectuelle, faites à votre manière, mélangez le tout, dites si ça marche, on sera toujours preneurs. Maintenant, si vous cherchez de saines lectures antifa sur internet… et bien cherchez, on n’aura de toute façon pas la même notion de ce qu’est un bon site. En français, sachez, qu’il y a plusieurs blogs qui tournent toujours sur la plate-forme antifa-net, que le site la horde est sûrement le projet internet de plus grande ampleur dans le milieu antifa depuis Reflexes, qu’il y a plein de groupes antifa locaux qui ont leur site comme pavé brûlant à Bordeaux, le CAR à Rennes… qu’un certain nombre d’organisations associatives, syndicales ou politiques publient sur le sujet, par exemple visa au niveau syndical, Tant qu’il le faudra chez les politiques… et qu’il y a toujours des infos à prendre aussi sur des sites réformistes mais un tant soit peu sérieux comme le blog droite(s) extrême(s)… Mais surtout, lancez le vôtre ! Pour notre part, on a plein d’autres choses en route, sur le net, dans la rue, sur la scène culturelle…

  1. et n’allez pas vous imaginer qu’une écharpe sur la gueule vous protège de toute identification, loin de là! []
  2. il s’agit de deux choses différentes, on peut être très fort en communication et en référencement et avoir un nombre de vue important mais avec un temps moyen de présence sur le site démontrant que les neuf dixièmes des personnes atterrissent là par hasard et ne lisent rien []
  3. on en profite pour se joindre à un appel à traduction d’un bouquin qui a l’air super Beating the fascists []
  4. il convient ici de préciser que cette lutte contre la dédiabolisation, si elle est nécessaire et très limitée. D’une part, elle peut parfois se retourner contre ses tenants (regardez, ils nous traitent de nazis pour mieux nous mettre de côté parce qu’on dérange) mais surtout il est inutile de prouver qu’untel est facho et raciste si on ne convainc pas d’en quoi c’est un problème et qu’untel sert en réalité les intérêts de la bourgeoisie et non des travailleurs, qu’ils soient blancs ou noirs, étrangers ou français, homme ou femme, en activité ou non, homo ou hétéro… []

Auteur de polar engagé FAIL

Nous n’avons guère eu l’occasion de parler de littérature de genre sur FailFaf, pourtant on adore, particulièrement le néo-polar. Mais il faut convenir que la thématique du blog ne s’y prête pas vraiment. Certes, on pourrait parler des vieux débris comme ADG ou Gérard de Villiers mais il n’y a pas grand chose à éclairer sur leur parcours politique dont il ne se sont jamais caché et encore moins sur l’aspect littéraire de leur œuvre dont la médiocrité ne mérite que la pénombre.

Il n’est pas question non plus pour nous d’aller prêter main forte à un Béria-Daeninckx dans sa chasse aux sorcières aux relents de vengeance contre ce qui se trouve à sa gauche dans son style littéraire1.

Nous pourrions pourquoi pas, parler de Jérôme Leroy. Il n’égalera jamais son ami Fajardie, mais ses livres sont plutôt sympas à lire, son style est énergique et rarement dénué d’humour. De prime abord, il en va un peu de même politiquement, pas la panacée mais il y a pire. Comme un certain nombre dans son petit milieu, ses affinités vont au réformisme bon teint aux bases cocos. Il est membre du PCF, conseiller littéraire de l’association Colère du présent, écrit des romans sur la nécessité d’empêcher les capitalistes d’assassiner Marx ou sur le cauchemar de l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir.

Extrait de la section

Extrait de la section « liens » du blog de Jérôme Leroy.

Sauf que Jérôme Leroy, c’est aussi le rédacteur en chef culture de l’ultra réactionnaire causeur, l’ancien chroniqueur dans valeurs actuelles, le signataire du manifeste des 343 salauds …

La bio de Jérôme Leroy sur le site de Causeur.

La bio de Jérôme Leroy sur le site de Causeur.

Des paradoxes qu’il assume très bien dans ses nombreuses interviews où il se définit comme « très libre ». On a déjà eu l’occasion de parler de ces personnes qui servent de passerelles entre la « gauche de la gauche » et la droite extrême. Jérôme Leroy en est un parfait exemple. De son engagement social, « communiste » dit-il, il amène facilement des prolos révoltés vers des idées bien plus glissantes. Il n’est pas question de voir en Leroy une espèce de schizophrène coco le jour et ultra réac la nuit, mais au contraire sa réaction puise ses sources au cœur même de son engagement initial.

Le néo-polar est un courant littéraire français extrêmement sympathique mais qui véhicule souvent des valeurs un peu douteuses bien que très majoritairement classé à gauche (entendons là à gauche du PS). Le plus problématique à ce niveau est probablement justement Fajardie, le défunt ami de Leroy. Problématique non pas parce que c’est le plus réactionnaire, mais parce que c’est un des plus touchant, un des plus entraînant et des plus communicatif dans ses émotions. Dans le même temps, il n’est pas besoin de creuser beaucoup pour se rendre compte que ses valeurs phares ne sont pas toutes progressistes : individualisme forcené, virilisme poussé, le sens de l’honneur et le courage individuel placés comme valeurs suprêmes, négation de tout espoir collectif … Dérangeant donc parce qu’il faut bien admettre à un moment qu’en tant que lecteur gauchiste fan de ses livres, on est à certain degré touché sans même s’en rendre compte par ces valeurs qu’on réprouve pourtant de tout notre conscient.

Cette petite digression parce qu’au final, la question des valeurs est au cœur du problème Leroy, sauf que ce dernier, lui, ne se contente pas d’être ami avec des fachos, il travaille avec eux. En réalité, Leroy est parfaitement à sa place aux côtés de Levy quand il clame sa liberté et son indépendance, qu’il dénonce la « gauche bobo-sociétale »… sauf que ça n’entre à aucun moment en contradiction avec le reste de son engagement. En réalité, c’est dans son « communisme » post-stalinien qu’on peut puiser cette caricature d’ouvriérisme rejetant les questions sociétales… De même, son amour de Chavez est un lien parfait entre son engagement rouge et ses responsabilités dans une publication notoirement nationaliste. Son amour des femmes militantes2 et des femmes en général claironné sur son blog perso de « communiste » n’a fondamentalement rien non plus d’antagonique avec sa signature du manifeste des 343 salauds. Son goût de la liberté individuelle et de l’homme fort sont hélas enfin indissociables de son genre littéraire pourtant si plaisant à bien des égards.

Capture d'écran du blog de Jérôme Leroy

Capture d’écran du blog de Jérôme Leroy

Les premiers signataires du manifeste des 343 salauds dont Jérôme Leroy.

Les premiers signataires du manifeste des 343 salauds dont Jérôme Leroy.

A noter que Jérôme Leroy sert également de passerelle d’un point de vue littéraire entre tous ses amis du néo-polar proche du Front de gauche et la clique réactionnaire des Chainas et DOA comme le note l’express.

Face aux divers Jérôme Leroy, notre réaction et notre défi sont doubles. D’un point de vue politique, toujours se rappeler du danger des passerelles, toujours interroger ses valeurs, s’assurer de ce qu’elles renferment, toujours être intransigeant vis-à-vis des autres, mais aussi vis-vis de soi-même. Mais il y a aussi un véritable défi artistique. Le néo-polar vient en fait toucher directement nos cordes sensibles. Jean-Bernard Pouy disait avec une fausse mégalomanie ironique qu’il était le Zola d’aujourd’hui et le néo-polar la nouvelle littérature réaliste au sens que pour savoir comment vit un prolo aujourd’hui, c’est vers le néo-polar qu’il faut se tourner. Il y a du vrai3 mais l’atout monstre du néo-polar va plus loin. Il exprime ce qu’on est nombreux à ne voir exprimer quasiment nul-part (si ce n’est parfois dans le rock, et ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il y a tant de ponts entre rock et néo-polar), une haine certaine du système et de celles et ceux qui le font vivre, une sensation d’étouffement dans le carcan de notre société, une volonté de refuser le quotidien et de le faire péter, mais aussi une immense lassitude.

Sauf que tout ça, c’est de l’ordre du ressenti et non de valeurs intrinsèquement positives. Il y a une nécessité à écrire (mais également exprimer dans les autres arts que l’on pratique, qu’ils soient graphiques, sonores) tous ces sentiments mais en étant capable de les doubler d’autre chose de plus positif, d’y amener des notions de solidarité collective (le collectif ne pouvant être le petit groupe d’amis, de frères d’armes…. typique du néo-polar qui ne sert qu’à renforcer cette image du noyau seul contre tous et contre tout), d’espoir, en prenant garde de ne pas confondre courage et valeurs viriles, goût de l’action et testostérone. Il y a aussi une nécessité à être précis dès qu’on aborde le politique. Si on choisit une allégorie de la classe possédante on ne la fait pas sous forme de société secrète digne d’un délire complotiste comme dans à vos Marx prêt partez, quand on choisit des personnages centraux, ce ne sont pas forcément des blancs hétéros… Il y a une réelle difficulté à lier dans l’art le cynisme et le regard implacable sur les choses et les gens qu’on apprécie tant de le néo-polar avec quelque chose de plus positif mais aussi une impérieuse nécessité car dès lors qu’on produit de la culture, on a une responsabilité en terme d’influence sur l’hégémonie culturelle (certes des fois à une échelle infime, mais ce n’est pas une excuse).4. Cet équilibre est d’ailleurs au cœur de l’affect révolutionnaire. On ne peut pas être révolutionnaire en étant juste plein de bons sentiments, de bonne volonté et d’utopie mais pas plus avec uniquement la haine et le besoin de destruction. Celui qui ne haït pas le monde dans lequel il vit du plus profond de ses tripes ne risquent pas de sacrifier aux difficultés que représente la destruction de notre société mais celui qui n’est pas plein d’attentes, de projets collectifs de désir d’émancipation de l’humanité ne participera jamais à l’édification d’une société communiste.

Certes il y a nécessité à lever le voile sur ses penchants et activités réacs car bien qu’il ne s’en cache pas, beaucoup l’ignorent et le prenne pour un auteur engagé super cool (alors qu’en fait il n’y a pas d’auteur cool). Nous invitons d’ailleurs à relire du Jérôme Leroy après avoir lu cet article, il est probable qu’un certain nombre de choses devrait apparaître sous un jour nouveau dans ce que cet auteur véhicule. Mais on l’aura compris, Jérôme Leroy n’est qu’un prétexte ici, une alarme bien facile à tirer puisqu’il a clairement franchi le pas de travailler avec les pires réacs. Mais le propos va bien au-delà de sa finalement très petite personne et incite à une réelle réflexion sur les sentiments et valeurs qu’on juge positifs, dans quelles mesures, dans quelles limites et dans quelles conditions le cynisme, le goût de l’action, la droiture, la haine des bobos, le courage… sont des valeurs positives.

  1. rappelons au passage qu’il a perdu son procès en diffamation contre Dardel, tandisque Delteil a gagné le sien contre lui []
  2. femmes rouges toujours plus belles clame-t-il entre autre en citant Fajardie, suivent des photos de militantes en arme []
  3. bien qu’à de nombreux égards le néo-polar tienne autant du courant romantique que du courant réaliste, ce tour de passe-passe étant sûrement une des clés de sa force []
  4. On pourrait en dire tout à fait autant du punk par ailleurs []

Union nationale FAIL

Chez FailFaf, nous ne sommes pas amateurs des rasseblements post attentats. En novembre comme en janvier on ne cotoira pas la marseillaise et les drapeaux bleu blanc rouge. En novembre comme en janvier, nous trouvons à ces rassemblements un goût rance d’union nationale, de grande illusion. L’illusion que face à la barbarie abjecte de ces attentats, pourrait exister une solidarité entre prolos et patrons, entre migrants victimes des guerres et dirigeants menant ces guerres, entre fachos et antifascistes, entre oppresseurs et opprimés.

Pour autant hors de question de blâmer ou mettre dans le même sac toutes celles et tous ceux qui se rendent à ces rassemblement, souvent par instinct de solidarité collective, par besoin de ne pas affronter l’horreur seul-e.

Pourtant, les fachos y croient eux à l’effet « unité nationale ». Ils ont cru qu’ils pourraient en profiter pour débarquer avec leurs amalgames et qu’ils seraient les bienvenus auprès de tous les français pour faire payer les attentats de leurs alliés objectifs à tous les musulmants, tous les immigrés, les racisés…

Ce qu’il est advenu à Lille et à Metz leur prouve qu’ils ont eu tord et nous prouve qu’il y a des raisons d’éspérer et de se battre.

Les identitaires se pointent au rassemblement à Metz...

Les identitaires se pointent au rassemblement à Metz…

... et se font dégager par les manifestants ! Union nationale, mon cul.

… et se font dégager par les manifestants ! Union nationale, mon cul.

Pas de pause dans la lutte antifasciste, solidarité internationale avec toutes les victimes de ce système dégueulasse, de Paris à Homs. Guerre de classe.

Mouvement du 14 juillet FAIL

En attendant l’arrivée d’un article de fond qui ne devrait plus trop tarder, nous voulons juste enrichir la section objets trouvés du blog.

Il semblerait en effet que les vendéens du mouvement du 14 juillet aient perdu quelques banderoles.

-- Allo le mouvement du 14 juillet, vous avez perdu quelques banderoles !

— Allo le mouvement du 14 juillet, vous avez perdu quelques banderoles !

Ceci est évidemment surtout un prétexte pour rappeler quelle merde réactionnaire, conspirationniste et confusionniste se cache derrière ce mouvement du 14 juillet, par exemple en faisant lire cet article ou celui-là. Mais ceux qui préfèrent la presse bourgeoise au travail antifa sérieux pourront quand même aller lire avec profit StreetPress ou les inrocks.

Paternalisme colonial FAIL

La situation des migrants sans-papiers est un parcours du combattant perpétuel. Après avoir survécu à des situations extrêmement difficiles dans leur pays, directement liées à l’oppression coloniale et impérialiste des grandes puissances occidentales et notamment de la France (misère, guerres, dictatures, répression…), après avoir survécu au « voyage » vers l’Europe dans les conditions que l’on sait, c’est un véritable exercice de survie qui les attend en France. Laissés à la rue, traqués par les flics, livrés à la faim, la maladie, maintenus hors du marché de l’emploi ou intégrés dans une spirale de sur-exploitation illégale, en but au racisme quotidien… L’asile français est bien aigre ! Tout cela, la plupart du temps dans l’indifférence généralisée !

Banderole de migrants.

Banderole de migrants.

Mais de temps, en temps, le plus souvent grâce à leurs luttes collectives, la situation des migrants refait irruption sur la scène politique et médiatique. C’est ce qui s’est passé ces derniers jours, depuis l’expulsion du campement à La Chapelle le 2 juin où des centaines de migrants campaient sous le métro aérien depuis 8 mois, sans que rien ne soit fait pour eux.

Ah, ces immigrés qui viennent profiter de la générosité du système français ! Ici le campement de la chapelle.

Ah, ces immigrés qui viennent profiter de la générosité du système français ! Ici le campement de la chapelle.

Dans ces cas là, le pouvoir double sa répression physique par une guerre de l’information. Tout est alors bon pour décrédibiliser les migrants et leurs luttes et le mensonge est la norme. Toute les instances du pouvoir s’y mettent alors en chœur, le gouvernement, la préfecture, la mairie de Paris, le parti socialiste et bien sûr la presse aux ordres ont lâché un flot continu de désinformation et de saloperies. On a ainsi pu lire et entendre ces derniers temps que les migrants en question ne voulaient pas des logements qu’on leur proposait, qu’ils n’étaient pas demandeurs d’asiles… Quand bien même ces calomnies seraient vraies, elles n’excuseraient évidemment pas le traitement qui leur est fait, mais dès qu’on laisse un peu la parole aux premiers concernés, on se rend compte que c’est totalement bidon, et c’est donc pour ça qu’on donne si peu la parole aux migrants !

Comme en 1996, quand le ministre de l’intérieur Jean-Louis Debré avait envoyé 1500 CRS (!) déloger 210 migrants de l’église Saint-Bernard avec une violence inouïe, le gouvernement affirme aujourd’hui agir « avec humanité et fermeté ». Petit quiz, dans les éléments suivants, lesquels relèvent de l’humanité et lesquels de la fermeté : les coups de tonfa, les gaz lacrymogènes, les migrants jetés au sol et traînés par les jambes jusqu’aux cars de flics, les internements en CRA, les expulsions sommaires, le fait d’être chassés des qu’ils s’installent quelques parts, de mettre un seul point d’eau et deux toilettes là où des centaines de migrants survivent, de chercher à séparer à tout prix les migrants, la destruction de leurs seules affaires, de leurs papiers…

« Humanité et fermeté » : la dialectique gouvernementale peut casser des gueules. Frédéric Vielle, militant du NPA et CGT, venu soutenir les migrants s’est heurté aux tonfas, il a de multiples fractures à la face et devra être opéré après la résorption de l’hématome. Le parisien, dans sa folie mensongère a essayé de le faire passer pour un flic blessé par les manifestants.

Vous avez deux minutes pour répondre, nous on abandonne.

Depuis l’occupation jeudi 11 juin de la caserne Chateau-Landon (immense bâtiment appartenant à l’Etat, vide et inutilisé), la désinformation et la calomnie ont pris une autre tournure, puisqu’elles viennent également d’une partie des organisations se présentant comme soutiens des migrants dans leur lutte : EELV, PG, PCF… Bien sûr l’enjeu pour ces organisations n’est pas le même que pour le gouvernement et le PS et donc la calomnie n’est pas la même non plus. Ils ne ciblent pas directement les migrants mais préfèrent s’en prendre à une partie de leurs soutiens : « gauchistes », « trotskystes du NPA », « anars », « totos », « autonomes anarchistes » « énervés », « opportunistes », « récupérateurs »… Le rôle de FailFaf n’est pas de prendre la défense de ces militants (qui n’en ont nul besoin), même si on comprendra bien que ce sont avant tout les militants de terrain, les révolutionnaires et les antiracistes conséquents qui sont ciblés. Nous allons quand même relever rapidement et démentir quelques unes des contrevérités les plus évidentes que nous avons vu fleurir cette fin de semaine. Mais surtout, et c’est le but principal de cet article, nous allons démontrer que derrière ces apparentes querelles de chapelles, c’est bien vis-à-vis des migrants que ces attaques font preuve d’un mépris crasse !

L’armada réformiste s’est opposé de toutes ses forces à l’occupation de la caserne (avec l’inefficacité que l’on a pu voir). Pour se justifier, on les a ainsi vu affirmer sans honte que les gauchistes avaient manipulé les migrants, pris des décisions en leur nom et les leur avaient imposées, que la caserne en question était insalubre, pleine d’amiante, sans eau ni sanitaires. Que les gauchistes avaient amené les migrants à refuser les super possibilités de logements que les élus avaient dealé avec les autorités. Que les gauchistes n’avaient pas hésité à attaquer violemment les élus et leurs militants pour imposer leurs choix aux migrants, qu’ils cherchaient juste à se faire de la pub en débarquant sur une lutte dont ils étaient absents jusqu’ici, qu’ils provoquaient par opportunisme une conflictualité stérile nuisant aux migrants…

Les soutiens devant la caserne Chateau-Landon occupée.

Les soutiens devant la caserne Chateau-Landon occupée.

Nous reviendrons plus tard sur la question démocratique et les accusations de manipulation. Sur la caserne elle-même, il y avait contrairement à ce qui a été dit des toilettes et des lavabos où les migrants et leurs soutiens ont pu se laver à l’eau et au savon. Contrairement au parc où les réformistes voulaient les envoyer, les migrants y bénéficiaient d’un toit pour s’abriter des intempéries. Quant à l’amiante, il s’agit vraisemblablement (d’après les informations partielles dont nous disposons) d’un coup de bluff dénué de fondement. La caserne n’est sûrement pas un palace, et on peut évidemment rêver mieux en terme de salubrité, mais c’est de toute façon mille fois mieux que les campements en plein air qui font le quotidien de ces migrants depuis des mois, où ils multiplient les maladies liées aux conditions sanitaires, à l’exposition au froid et à la pluie. Quant aux agressions subies par les élus et leurs proches pour imposer des choix aux migrants, on touche le fond en terme de propagande. Oui, c’est vrai, ils ont été un peu bousculés. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont mis en chaîne au travers de la route pour empêcher les migrants de poursuivre la manif vers la caserne ! Sans compter qu’il faut manquer totalement de décence quand, alors que les migrants subissent ce qu’ils subissent, que les flics se sont déchaîné envoyant plusieurs manifestants à l’hôpital, on utilise le terme de violence … pour dénoncer une légère bousculade sans coups portés ni conséquences physiques !

La réalité est simple, ces mensonges ne servent à couvrir qu’une seule chose : les élus réformistes et leurs quelques pantins voulaient à tout prix éviter toute conflictualité avec leurs amis du pouvoir en place. Par idéologie, parce que si ces gens reconnaissent la prédominance du rapport de force dans les luttes pour arracher de petites victoires et des améliorations minimes des conditions de survie, ils perdent le rôle central de leurs élus et de leurs négociations de salon, mais surtout par opportunisme, pour garder les meilleures relations possibles avec leurs véritables amis qui ne sont pas les migrants mais leurs collègues élus socialos. D’ailleurs ils le disent clairement dans l’humanité : le but était « la garantie d’une négociation sereine avec la Ville » !

Mais alors quid de ces histoires de manipulations des sans-papiers par les gauchistes ? De manière préliminaire, notons que cette notion est traditionnellement utilisée dans deux cadres précis : les mobilisations des migrants (on se rappelle par exemple que les mêmes saloperies étaient sorties lors de l’occupation de la bourse du travail par la CSP 75, occupation à laquelle les gros bras de la CGT avaient mis fin en attaquant eux même les occupants pour les déloger !), et les mobilisations de jeunesses et particulièrement de lycéens (les adversaires de leurs mobilisations, qu’ils soient de gôche, de droite ou d’extrême-droite expliquent toujours que les lycéens ne savent pas pourquoi ils se battent et qu’ils sont manipulé par des gauchistes aux intérêts politiciens). En fait, on parle de manipulation pour les mobilisations de personnes considérées comme sous-citoyens, comme facilement manipulables car considérées comme n’ayant pas la capacité intellectuelle et politique de déterminer eux-mêmes leurs luttes, leurs revendications et leurs modalités d’action. La plus belle illustration du mépris complet des migrants comme sujets politiques, nous l’avons prise sur un article de France TV : « Dans la foule, les migrants, qui ne parlent pas français pour la majorité d’entre eux, n’ont pas l’air de saisir les batailles politiques à la gauche de la gauche dont ils sont l’objet. Sourires aux lèvres, ils chantent à tue-tête « So, so, solidarité » ». La presse d’État est ainsi pleinement sur la même longueur d’onde que les « soutiens » réformistes : les migrants ne mènent pas bataille, ils sont l’objet d’une bataille politique, à laquelle ils ne comprennent rien, et en bons noirs qu’ils sont, ils se contentent donc de chanter et de sourire (parce que ces gens là, madame, ils ont quand même une bonne humeur naturelle en toutes circonstances, ils sont simples mais ils savent vivre!). Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis les expositions coloniales et les commentaires médiatiques les accompagnant.


Malien sans-papier expulsé de la Bourse du travail par rue89

Sur le déroulé de la journée, on peut lire (avec leurs défauts respectifs) cet article de Paris-lutte.info et celui-ci du secrétariat jeune du NPA. Si vous voulez vomir un coup ou vous rendre compte que de l’époque stalinienne l’huma a perdu le verbiage lutte des classes mais pas les méthodes d’intox et de calomnies, lisez ceci.

Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est lors d’une réunion au Bois Dormoy le mercredi 10 juin au soir que les migrants ont décidé qu’ils exigeaient d’être logés avec un toit sur la tête et tous ensemble pour ne pas être éparpillés. Ces décisions ne sont pas le fruit de manipulations gauchistes mais d’un processus démocratique purement auto-organisé entre migrants. Parce que oui, ces gens là savent s’organiser entre eux, savent prendre leurs propres décisions et faire vivre une démocratie directe. Pendant ce temps, les élus EELV, PG et PCF et quelques bureaucrates, décidaient seuls dans leur coin, sans les migrants que ça serait vachement bien de les envoyer dans le parc Eole, remonter un campement de fortune en plein-air. Le jeudi 11, ce sont donc bien ces réformistes qui ont tenté de manipuler (en jouant sur les peurs) des migrants pour les faire monter dans des cars à l’encontre des décisions qu’ils avaient pris entre eux. Quand l’huma explique que les gauchistes ont « désorganisé le SO de la manif » et « poussé les migrants » pour les contraindre à l’occupation, il faut comprendre que le soit disant SO de la manif, ce sont les militants principalement du PCF qui se sont mis dans le travers de la route pour empêcher la manif d’aller à la caserne, en conformité avec la décision des sans-papier d’aller vers un toit pouvant accueillir la majorité d’entre eux. Les seuls migrants qui ont été poussé l’ont été par ce SO autoproclamé qui n’était pas celui de la manif mais celui destiner à empêcher la manif d’aller à son terme.

Quant à l’AG qui s’est tenue dans la caserne, oui les soutiens participant à l’occupation qui le voulaient ont participé, et oui, les barrières linguistiques compliquent parfois l’exercice démocratique. Mais c’est bien dans ce cadre que l’ensemble des migrants présents dans la caserne étaient réunis, débattaient et cherchaient la meilleure solution. Pendant ce temps là, les élus dont l’huma vante tant l’action, snobaient totalement le cadre démocratique des migrants pour mener à leur sauce avec les représentant de la pref et de la mairie coupables de la situation « des négociations sereines » en présence d’un seul migrant, choisi par ces élus et non par ses pairs. Bref cherchaient une solution dans le dos des migrants et en harmonie avec la mairie et l’intérieur, contre les migrants.

Ces tristes sires sont sempiternellement des ennemis de la démocratie directe dans les luttes, et cherchent toujours à diriger à la place des travailleurs et des opprimés en lutte. Mais quand il s’agit de migrants (ou, nous en avons parlé, de jeunes), leur paternalisme ne prend plus la peine de se draper d’un tant soit peu de vernis démocratique, ils assument pleinement leur mépris des migrants qui encore plus que le reste de la classe ouvrière, sont considérés comme des objets de batailles politiques qui sont l’apanages des petits élus français de la grande République. Entendons-nous bien, il peut y avoir sur les différentes mobilisations des bisbilles politiciennes entre réformistes et « gauchistes », et dans ces bisbilles, les groupes révolutionnaires formels et informels peuvent très bien avoir leur part de tords et de manipulation. Mais ce à quoi nous avons assisté ce jeudi, ce n’est pas principalement à ça. C’est une lutte entre l’auto-organisation des migrants, avec le soutien de la majorité des présents dont des militants d’extrême gauche contre quelques manipulateurs élus et leurs proches s’opposant de tous leurs poids à la lutte des migrants.

Sans-papiers en lutte lors des grandes grèves en 2011.

Sans-papiers en lutte lors des grandes grèves en 2011.

In fine, l’occupation de la caserne et le rapport de force qu’elle a permis d’instaurer n’ont pas été totalement inutiles. Ce sont finalement 110 personnes et non pas 60 comme prévues initialement qui ont pu bénéficier de vrais logements décents, avec nourriture, soins … Pour autant l’heure n’est pas à la satisfaction mais à la poursuite de la mobilisation : les 110 migrants ne sont logés que pour « quelques jours », des centaines d’autres dorment encore à la rue, au fameux parc Eole notamment mais aussi éparpillés, entre autres quartier Austerlitz mais pas seulement.

Il est important de maintenir le rapport de force mais aussi de poursuivre les actes de solidarité concrète : présence auprès des migrants, collecte de nourriture, de vêtements, de couvertures et matériel de camping… Cette solidarité et cette mobilisation ne doit être l’apanage de personne, elle doit être ouverte à toutes et tous, militants ou non, gauchistes, rien-du-toutistes ou réformistes (y compris membres ou sympathisants des organisations ciblées ci-dessus (EELV, PCF, PG) s’ils sont là pour lutter sincèrement au côté des migrants et il y en a, cet article ne vise pas à monter une cabale contre les membres d’une sensibilité politique mais à dénoncer les vils agissements d’un quarteron d’élus et de bureaucrates qui ne pèsent rien dans la mobilisation et sont bien plus intégré aux appareils d’Etat qu’à la lutte des opprimés), mais surtout, elle doit être clairement en soutien des migrants. C’est-à-dire que ce ne doit pas être des soutiens qui luttent pour les migrants, mais bien des soutiens qui comme leur nom l’indique appuient, renforcent la mobilisation des migrants. Cette mobilisation doit être celle des premiers concernés, guidée par leurs décisions, selon leurs modalités ! Quelle que soit l’hypocrisie de certains signataires, l’appel unitaire à la mobilisation peut et doit être un appui, a condition de rester vigilant en permanence. Un rendez-vous émerge notamment pour une manifestation mardi 16 juin à 18heures au départ du 18ème arrondissement.

Par ailleurs, au-delà du travail dans l’urgence, nous ne devons pas perdre de vue des objectifs qui paraissent peut-être plus lointains mais qui sont la condition sine qua non pour que la situation ne se reproduise pas à l’infini : régularisation de tous les sans papiers, ouverture des frontières, contre l’impérialisme et le néocolonialisme retrait de l’État français des pays d’Afrique et de son ingérence économique, militaire et politique, réquisition des logements vides et un toit pour toutes et tous, quelque soit le statut, la nationalité…

Diffuseurs FAIL

Pour la deuxième fois en peu de temps, on voulait causer cinéma. Contrairement à Acta non verba ou à Antifa attitude, il ne s’agit pas d’une production militante antifasciste. Surtout, contrairement aux autres, il s’agit d’un film que nous n’avons pas vu et dont nous ne savons pas grand chose. Nous insistons sur ce point car après tout il se peut que Un Français ne soit pas un bon film. Le choix d’avoir fait du personnage principal un bonehead (choix un peu trop récurrent quand on veut mettre en scène un facho violent), peut par exemple déboucher sur une série de clichés. Le synopsis (le salop de faf, alcoolique et violent qui fait un gosse, veut se ranger etc… mais ce n’est pas facile) peut aussi laisser craindre un film moraliste à la mord moi le nœud qui dessert plus l’antifascisme qu’autre chose.

Mais de toute façon, ce n’est pas pour sa qualité potentielle que nous voulons parler de ce film.

A en croire son réalisateur, l’ensemble des salles où était prévue une avant-première auraient finalement annulé. De même sur les 100 salles prévues pour la sortie du film, moins de 50 aurait finalement maintenu la programmation. L’argument avancé par les exploitants serait la peur des représailles d’extrême-droite. Nous espérons ne pas tomber dans un vulgaire coup de comm’ du réalisateur puisqu’après tout, c’est la seule source de tous les articles que nous avons lu sur le sujet, mais en soi rien ne nous pousse à le penser.

Étonnemment, on ne les voit jamais déprogrammer les merdes capitalistes, impérialistes, sexistes, racistes ou homophobes qui sont perpétuellement à l’affiche par peur des représailles anticapitalistes, internationalistes, féministes, antifascistes et LGBTI.

Parce que l’industrie du cinéma de masse est une sombre merde, parce qu’il serait temps de faire changer la peur de camp, le moins que nous puissions faire est ce petit coup de projecteur.

A noter que notre optimisme béat nous laisse entrevoir dans ce court trailer quelques raisons d’espérer que le réalisateur puisse être un peu mieux renseigné sur son sujet que certains autres ayant essayé de le traiter au cinéma. Ainsi, la scène où les naziskin font boire des produits toxiques avec de la bière à un noir ressemble bien à une allusion au meurtre de James Dindoyal (jeune mauricien assassiné en 1990 selon ce mode opératoire par deux des dirigeants des JNR première génération). En extrapolant un peu, la seconde et demie où on aperçoit les bonheads tapant un skin au bomber retourné pourrait laisser entendre que pour une fois il y aurait peut-être un film français montrant un skinhead non facho (auquel cas il serait temps d’en finir avec le mythe des redskin se baladant avec le bomber retourné, parce que c’est bien rare d’en croiser, et que ces dernières années, le principal groupe de skins se sapant ainsi, ce sont les nazis des Boixos Nois, sans compter un ou deux groupes hooligans des balkans tout aussi faf). Avec un peu d’imagination (mais là, c’est sûrement une pure vue de notre esprit) on peut même trouver que le très jeune punk qui shoote les skins quasi à bout portant avec ce qui ressemble bien à une carabine peut faire penser aux tirs de Laurent Jacqua qui envoya Sniff en chaise roulante et Olivier Berton au cimetière.

PS : entre la 1ère rédaction de cet article et sa publication, nous avons lu ce billet de Diastème, le réalisateur, qui nuance un peu sans le démentir le boycott dont serait victime son film (il y aura finalement quand même quelques avant-première et sûrement plus de 50 salles à le diffuser).

Citoyennisme et apolitisme FAIL

On a vu ici que les fachos pouvaient s’incruster dans nos initiatives dans le but de nuire à l’extrême-gauche. Mais ils peuvent aussi parfois prendre place dans « nos » manifs, où ils se « croient » légitimes. Ce weekend, ce fut le cas dans plusieurs des manifestations organisées un peu partout en France contre Monsanto.

La chasse aux fascistes est ouverte !

Pourquoi des guillemets à « nos » et à « croient » ? Parce que comme on va le voir ci-dessous, ces manifestation sont organisées par des gens parfois à l’opposé absolu de l’antifascisme révolutionnaire et que ces organisateurs donnent bien raison aux fachos de s’y croire légitime.

Après avoir été qualifié de blog à la solde du lobby de la corrida suite à cet article, on va maintenant avoir le droit d’être taxé d’être à la solde du lobby des OGM, si pour une fois on pouvait être rémunéré par Monsanto … Qu’importe, en écologie comme ailleurs ce qui compte, ce ne sont pas les sombres manipulations de quelques fachos ou philofascistes mais bien la lutte réelle menée sur le terrain. Or le pire coup de poignard qu’on pourrait donner aux luttes écologistes serait d’en taire les limites et d’accepter de partager nos combats avec les fascistes. Les fachos ont toujours essayé d’infiltrer les luttes écolos (dossier bien utile sur les fafs et l’écologie ici) et certains écolos les aident bien.

Entendons nous bien, le mot d’ordre des manifs de ce weekend, tout discutable qu’il soit, n’est ni illégitime ni fascisant. Il se trouvait d’ailleurs dans ces manifs une large majorité de personnes progressistes bien intentionnées et même quelques antifascistes et révolutionnaires. Mais aussi un certains nombre de conspirationnistes anti chemtrails, quelques fachos purs de divers horizons et hélas un très grand nombre de « citoyens » « apolitiques ».

Chassons les nazis !

C’est ce que nous pouvons voir dans cette vidéo filmée à Strasbourg par Taranisnews.

Comme ils le disent eux-même, ces tristes abrutis sont des « natios » se revendiquant du Cercle Proudhon.

Comment, vous ne connaissez pas le cercle proudhon ? Ne vous inquiétez pas, c’est normal, vu le détail de l’histoire qu’il représente ! Ce groupuscule fondé en 1911 par le journaliste Alfred-Georges Gressent, ancien anarcho syndicaliste devenu disciple du monarchiste Maurras, et Edouard Berth, ancien syndicaliste révolutionnaire proche de Georges Sorel, n’a existé que 3 ans et se revendiquait nationaliste, antisémite et partisans de la grève générale insurrectionnelle. Avec un tel fatras idéologique, il n’est pas étonnant de voir ce cercle ressurgir dans les temps de confusionnisme triomphant qu’on connait. Ce syncrétisme et ce saint crétinisme permettent à son héritage d’être régulièrement revendiqué tant du côté de l’Action Française (origines obligent) que du Gud (en l’occurrence) ou des solidaristes de Troisième Voie. Mais c’est actuellement la sphère soralienne qui a surtout repris le créneau pour faire vivre son empire commercial. Kontre Kulture a édité en 2014 les cahiers du cercle Proudhon avec en préface le mémoire sur le sujet de Pierre de Brague, lui même membre d’Egalité et Réconciliation. Depuis, Pierre de Brague est un des orateurs en vue d’E&R : longue présentation vidéo de son travail sur E&R TV en plein d’épisodes, dédicaces avec les auteurs de Kontre Kulture au théâtre de la main d’or le 9 février 2015, conférences d’E&R à Nantes le 20 décembre 2014 et le 9 mai 2015, dîner-conférence à 25€ en Normandie le 11 avril 2015, conférence à Toulouse le 6 mars 2015  …

En 2014 à Aix-en-Provence, les soraliens Marion Sigaut et Pierre de Brague faisait même une conférence dont la comm' portant pourtant bien la griffe E&R était signée Action Française, c'est beau l'oeucuménisme !

En 2014 à Aix-en-Provence, les soraliens Marion Sigaut et Pierre de Brague faisaient même une conférence dont la comm’ portant pourtant bien la griffe E&R était signée Action Française, c’est beau l’oeucuménisme !

Cette liste incomplète pour dire que le cercle Proudhon semble bien être la lubie du moment des soraliens et qu’il y a nécessité à faire connaître le cercle Proudhon dans les réseaux militants (et une fois pour toute, non ça n’a rien d’anarchiste, même teinté de misogynie et d’antisémitisme à la Pierre-Joseph) ainsi que son logo. On risque d’en entendre parler dans les temps à venir et la vigilance va être nécessaire.

Le logo du cercle Proudhon, tout un programme à lui seul !

Le logo du cercle Proudhon, tout un programme à lui seul !

Finissons-en avec cet apparté et revenons au sujet de la manif de samedi à Strasbourg. 2 gus se baladent avec un T-Shirt avec le logo du cercle Proudhon et une pancarte « Natios et écolos », des antifascistes décident donc de les virer de la manif. Jusque là, rien d’extraordirnaire.

Les deux fachos avec leur T-shirt du cercle Proudhon et leur comparse en civil (avec la veste en Jean et les lunettes).

Les deux fachos avec leur T-shirt du cercle Proudhon et leur comparse en civil (avec la veste en Jean et les lunettes).

Sauf que les fachos en question ont immédiatement trouvé des alliés ; en premier lieu le service d’ordre de la manifestation. Ceux-ci, arguant de l’apolitisme de la manifestation et de la cause, tiennent à permettre aux fachos de manifester parce que « on est tous humains, on ne fait pas de politique ». ça c’est de l’argument, et avec ça, ce n’est pas une mais trois fois que le SO fait son possible pour réintégrer les fachos dans la manif (après un petit passage des fafs dans les jupes des flics parce qu’on est pour la révolution conservatrice mais on sait où sont ses alliés) !

A la droite du facho qui l'applaudit à tout rompre, une membre de l'orgainsation prend leur défense parce que

A la droite du facho qui l’applaudit à tout rompre, une membre de l’orgainsation prend leur défense parce que « on est tous des terriens » (xénophobes envers les ET, avec ça) et, vieille antienne philofasciste, aux antifascistes présents : « c’est vous les fascistes ». Quizz, à quelle organisation appartient cette militante bardée de badges ?

Le tout avec le soutien d’une partie pas anodine des manifestants, toujours sous couvert d’apolitisme et de relativisme. Voilà qui pose plusieurs problèmes et qui amène quelques remarques liminaires.
1) Quand bien même il s’agirait d’un cadre apolitique, disons un concours de pétanque, il n’est nul lieu où les fachos sont acceptables. Il n’y a pas de cadre où il est acceptable de cotoyer des racistes, homophobes, antisémites, négationnistes… Les fachos ne sont nul part chez eux sinon dans les poubelles de l’histoire, il n’y a ni lieu ni dates où la chasse ne soit pas ouverte.

Saison ouverte pour la chasse aux nazis.

2) Les manifestations contre Monsanto, les OGM et le brevet du vivant sont évidemment, comme l’ensemble des luttes écologistes, tout sauf apolitiques. C’est la logique même du capitalisme qui est en cause et les luttes écologistes passent obligatoirement par un affrontement sans concession du mouvement social avec le capitalisme. Or n’oublions jamais que les fachos n’ont pas d’autre raison d’être que de constituer un rempart pour le capitalisme contre le mouvement ouvrier dont ils veulent la mort.
3) Les arguties citoyennistes sont à la mode bien au-delà des questions écolos. On trouve de plus en plus de gens qui, sous prétexte de vouloir faire de la politique autrement, revendiquent l’apolitisme et veulent ériger un caractère citoyen au-delà des barrières politiques. En plus d’être stupide, c’est absolument stérile, car celles et ceux qui en profitent le plus sont bien évidemment ceux qui ont le plus intérêt à briser le cordon sanitaire. C’est ainsi que les fachos et conspirationnistes divers ont par exemple très facilement gangrenné puis récupéré les embryons de mouvement des indignés en France ou les cadres anonymous France. L’apolitisme et le citoyennisme sont des tares à éradiquer en toute urgence, pas besoin d’arborer les couleurs d’une orga pour lutter, mais ses idées et le camp choisi dans la guerre de classes doivent s’afficher à tout vent !
4) Ce n’est pas parce qu’on revendique l’apolitisme qu’on est apolitique, ni même qu’on n’a pas d’appartenance partisane. Ici par exemple, le Service d’Ordre philofasciste était entre autre composé de militants de Nouvelle Donne, organisation qui se dit à la gauche du PS et qui est une des figures de proues de cette soi-disant « politique autrement », organisation dont le philofascisme s’est déjà exprimé à de nombreuses reprises (voir par exemple ici, ici  ou ).
5) Sur l’argument « nous sommes tous des humains », une réponse a déja été faite dans un grand film militant :
6) Rappel toujours utile : Non, il ne faut pas laisser tranquiles les fachos au nom de la liberté d’expression et non, il ne faut pas parler avec tout le monde !

EDIT

Confusionnisme.info nous en apprend un peu plus sur les 3 fachos en question (dont un est un pseudo journaliste accompagnant les deux autres) : Strasbourg : portrait des deux fachos anti-Monsanto

Troller nos initiatives FAIL

Vous vous souvenez des petites raclures pseudo journalistiques de l’Agence Info Libre ? Et bien il semblerait qu’ils aient fait des émules. En tous cas, ils ont bien influencé E&R TV qui a maintenant mis à contribution leur universitaire-militaire de service. Ces derniers temps on a en effet pu voir la gueule de fouine de Vincent Lapierre dans différentes initiatives de gauche sur Paris. Les méthodes sont exactement les mêmes, s’incruster dans des débats, meetings ou autre, filmer tantôt en caméra cachée, tantôt bien visiblement en se faisant passer pour journalistes, interroger tout et n’importe qui, faire un montage pourri et diffuser sur le net.

Quand l'agence info libre devait se faire consoler par leurs amis les flics fachos.

Quand l’agence info libre devait se faire consoler par leurs amis les flics fachos.

On a ainsi pu voir Lapierre faire son show à une récente initiative d’Acrimed par exemple. Le 12 mai dernier, par contre, il n’a pas trop fait son chaud. Venu avec sa collaboratrice faire son parasite à une projection-débat du film de Carmen Castillo On est vivants, il a fini par se faire griller par le SO et raccompagner vers la sortie.

Quand Vincent Lapierre ne joue pas au pauvre journaliste victime de la violence gauchiste, il aime poser avec son famas.

Quand Vincent Lapierre ne joue pas au pauvre journaliste victime de la violence gauchiste, il aime poser avec son famas.

Comme de bien entendu, il a fait un montage tellement moche que ça donne mal au crâne, enregistré quelques commentaires totalement à la masse et sorti une vidéo de près de 10 minutes pour se plaindre des atlantistes pro-américains hyper violents qui l’ont lâchement agressé en déni total de la démocrassie. Vidéo immédiatement diffusée par toute la sphère soralienne. Ce petit jeu ridicule de victimisation (qui cadre bien mal avec le profil surtestostéronné soralien) ne doit pas faire hésiter une seule seconde à les dégager de nos initiatives. Au contraire, c’est à force de pouvoir jouer les parasites en toute impunité qu’ils gagnent en assurance et en audience. Et pour celles et ceux qui auraient des scrupules à les dégager, rappelons que quand c’est dans leurs initiatives qu’on vient porter la contradiction, les soraliens, eux, répondent par la tentative de meurtre !

Par ailleurs, les soraliens, jamais à court de paradoxes, couplent leur antienne victimaire avec des menaces contre l’un des membres du SO qui a dégagé Lapierre en affichant au maximum sa gueule sur le net. Ils doivent pourtant savoir qu’eux aussi ont leurs tronches répandues partout sur le net (et parfois sur les trottoirs) et il serait préjudiciable pour le documentaire hagiographique de Lapierre de devoir connaître de nouveaux retards1 juste parce que son réalisateur découvrirait ce que c’est que de se prendre un vrai coup de boule casqué, qu’après on ne continue pas à blablater comme si de rien n’était.

  1. d’abord anoncé pour fin 2013, puis pour le 5 mars 2014, le documentaire de Lapierre sur Chavez n’est toujours pas paru, la sortie du premier épisode sur trois est finalement annoncé comme imminent []

1er mai nationaliste FAIL

Objets trouvés : fachos toulousains cherchons désespérément le zoli drapeau perdu à l'occasion de l'hommage qu'on voulait rendre à Sainte Jeanne d'Arc le 1er mai 2015.

Le 1er mai, les nationalistes toulousains voulaient rendre hommage à Jeanne d’Arc pour perpétuer la tradition pétainiste. Leur petite sauterie ne s’est pas déroulée comme il l’aurait voulu. Voir sur le site de l’UAT.

Par ailleurs, vu la récurrence du problème et toujours dans un souci d’oeuvrer pour le bien de tous, FailFaf annonce à ses amis fachos, qu’il a ouvert une section Objets trouvés.

Enfin, nous rappelons à tous les antifa, que pour avoir de beaux fails de fafs, il faut parfois les aider un peu. Nous précisons donc à toute fin utile que les hommages à Jeanne l’anglophobe se poursuivent la semaine prochaine, le 10 mai.

A Paris, les sphères nationalistes (surtout les pétainistes de jeune nation) ouvrent le bal en se rassemblant à 10h place de la madeleine en vue de défiler. Les royalistes et autres cathos intégristes (Renouveau Français, civitas, manif pour tous…) appellent eux à pic-niquer à 12h place St-Augustin puis à défiler à 14h30. A Nice, ils organisent une messe en matinée, puis diverses célébrations.

Jeu des 7 familles : acquisition du socle commun FAIL

Depuis quelques jours c’est le printemps, profitons-en pour prendre de l’avance et relancer les jeux de l’été de FailFaf.

 _ Dans la famille fachos, je demande les enfants qui ne savent pas compter

_  J’ai !

Jeux de l'été : L'uni et les maths ; un grand amour très platonique.

L’uni et les maths ; un grand amour très platonique.

 _ Dans la famille fachos, je demande les parents qui ne connaissent pas l’alphabet

_  J’ai !

Jeux de l'été : Le Front National Plabennec, entre sexisme et analphabétisme !

Le Front National Plabennec, entre sexisme et analphabétisme !

_ Dans la famille fachos, je demande le cousin léger qui relaie les fake destinés à troller sa famille

_ J’ai

Jeux de l'été : le cousin léger

_ Dans la famille fachos, je demande le pépé sénile qui parle aux morts

_ J’ai

Jeux de l'été : pépé sénile

Notas à la pelle

Nota 1 : Pas mal pour les chantres de la méritocratie d’une fac de droit réputée ! A noter que ce problème avec les chiffres, ne concerne pas pas que le CM, au vu du nombre de sympathisants de l’UNI (et donc aussi de l’UMP, du FN et des identitaires) qui ont « liké » (jusqu’à ce que des commentateurs tirent la sonnette d’alarme).

Nota 2 : Si jamais c’est l’uni assas qui a conseillé juridiquement leurs camarades lorrains, on comprend mieux le désaveu qu’ils viennent de prendre.

Nota 3 : Pas question ici de mépris de classe en se foutant de la gueule des gens qui ne savent réellement pas lire ou écrire. Il s’agit que de gens qui ont un niveau scolaire et socio-culturel sensé leur éviter ce genre d’impair (si ce n’est pas forcément le cas des candidats FN de Plabennec eux-même, ils ont dans leur parti des gens dont c’est le boulot et la formation de savoir présenter des candidatures électorales).

Nota 4 : Ce n’est pas le premier facho à se faire avoir par les sites satiriques, on se rappelle de Boutin et le Gorafi… en direct sur BFM !

Nota 5 : La sénilité ne pourra par contre pas être invoquée pour expliquer les propos récurrents de Myard assimilant les homosexuels à des zoophiles ou a un lobby, son soutien à la peine de mort ou sa proximité avec Assad… le tout sans être jamais inquiété par son parti, l’UMP.

Nota Nicole : une balle !