Déchéance de nationalité : pétition identitaire FAIL

Le 21 avril, Fabrice Robert, Président du Bloc identitaire, affirmait sur son compte twitter que la position du Bloc Identitaire sur la déchéance de nationalité pour les djihadistes était reprise par Jacques Bompard et Florian Philippot (notez ces guillemets à « français » pour bien montrer que si ça ne tenait qu’à lui, on ne pourrait pas être musulman et français).

Ah qu'il est fier le Fabrice Robert !

Ah qu’il est fier le Fabrice Robert !

On peut se dire que la fierté de Fabrice Robert se nourrit de peu. En effet, les personnes par lesquelles il s’enorgueillit de voir reprises ses positions sont suffisamment proches de lui sur l’échiquier politique pour que ça ne constitue pas une surprise. Ainsi, Jacques Bompard est le président de la ligue du sud, organisation qui n’est pas sans liens avec la mouvance identitaire en général et le bloc identitaire en particulier. La ligue du sud est née suite à la liste du même nom présentée aux élections régionales de 2010 à laquelle participait entre autre … le bloc identitaire. La ligue du sud ne cache pas ses idées identitaires, ainsi la devise figurant sous le nom de l’organisation, notamment sur leur site internet est « identité, sécurité, efficacité » (tout un programme !), de même, ils reprennent nombre de thèmes identitaires ; la présentation de leur projet (également trouvable sur leur site) mentionne la lutte contre la mondialisation qui « détruit les identités » et fait à deux reprises appel à la notion d’enracinement (qui figure d’ailleurs sur le bandeau d’accueil du site où est juste écrit « l’enracinement local ». Les méthodes prônées classent également clairement la ligue du sud dans la mouvance identitaire  (prédominance du local, notamment de la culture et de l’économie locales, petits couplets sur les AMAP, le bio…). Les liens avec le bloc identitaire lui-même sont moins assumés mais non moins réels. Ainsi, quand Matthieu Clique, ancien chef des jeunes identitaires toulousains est recherché par les flics, c’est à Bollène qu’on le retrouvera planqué, ville où on lui avait fourni un stage (non rémunéré, la solidarité a des limites). Or qui est maire de Bollène ? Marie-Claude Bompard, épouse de Jacques, mais surtout militante de la ligue du sud depuis le début. Et puisqu’on parle de la charmante bourgade de Bollène, qui en était alors l’adjoint aux finances ? André-Yves Beck. Or, si ça n’a jamais été officiel, le nationaliste-révolutionnaire André-Yves Beck, qui affirme d’ailleurs en interview que le terme « identitaire » lui convient, est un des membres occultes du bloc depuis ses débuts, il participa à la toute première réunion fondatrice des Jeunes identitaires en 2002.

De prime abord, Florian Philippot peut paraitre plus éloigné politiquement (et donc son « ralliement » passer pour une plus grande « victoire ». En effet, le vice-président du FN et porte-parole du Rassemblement Bleu Marine est un mariniste convaincu, plus que ça, il serait l’un des principaux initiateurs et acteurs de la soi-disant dédiabolisation du Front National, dédiabolisation qui passe officiellement par une prise de distance avec les groupuscules fascisants dont le Bloc-Identitaire avec lequel il ne devait y avoir ni alliance ni double appartenance. Pourtant, la réalité est toute autre et à l’inverse, c’est bien souvent le RBM de Philippot qui sert au FN à recycler les identitaires. On peut ainsi prendre l’exemple de Louis Noguès, le candidat RBM aux municipales au Mans. Certes, ledit Louis Noguès n’était plus membre du Bloc Identitaire lors de sa candidature, ce qui lui a permis de bénéficier du soutien de Marine Le Pen, cependant cette « rupture » était fraîche puisqu’il n’avait simplement « pas renouvelé son adhésion cette année » et surtout elle n’a jamais été politiquement justifiée par une quelconque rupture idéologique, sa non réadhésion ressemble donc surtout à un détachement purement organisationnel et donc opportuniste pour le Bloc comme pour le FN.

Louis Noguès candidat identitaire, euh Rassemblement Bleu Marine, tenant un drapeau du Bloc Identitaire

Louis Noguès candidat identitaire, euh Rassemblement Bleu Marine, tenant un drapeau du Bloc Identitaire

Lors des mêmes élections municipales, la 13ème place sur la liste Bleu Marine à Rennes était, comme l’a noté le Collectif Antifasciste Rennais occupée par Christophe Daniou, figure locale de Génération identitaire (la branche jeune du bloc).

On parlait tout à l’heure de André-Yves Beck, or l’accession au poste de maire de Béziers par Robert Ménard est une parfaite illustration de l’ouverture vers les identitaires que représente le RBM. Ménard a été élu maire de Béziers sous l’étiquette RBM, or sur qui s’est-il appuyé quand il lui a fallu constituer une équipe municipale ? Sur des identitaires ! Dans la suite logique du rôle qu’il a tenu pendant la campagne, il a fait de Beck son directeur de cabinet et de Christophe Pacotte son chef de cabinet. Nous avons déjà parlé des liens de Beck avec le Bloc Identitaire, pour Christophe Pacotte, les choses sont encore plus claires puisqu’il a tout simplement débauché un membre du « bureau directeur du Mouvement Identitaire ».

Organigramme sur le site du Bloc Identitaire (capture d'écran du 23/04/14)

Organigramme sur le site du Bloc Identitaire (capture d’écran du 23/04/14)

S’il ne fallait prendre qu’un exemple, c’est sur les terres d’implantation de Philippot lui-même qu’on le trouverait. Le FN y a en effet recruté Arnaud Naudin comme assistant du groupe FN au conseil général de Lorraine. Or Arnaud Naudin n’est autre que le rédacteur en chef de Novopress, la pseudo agence de presse du Bloc, plus habituées aux Hoax qu’aux scoops, fondée par Fabrice Robert himself.

Enfin, partant du tweet de Fabrice Robert, il n’y a pas loin à aller pour montrer que la connexion entre marinisme et identitaires se fait surtout par leur base de sympathisants en partie commune.

Profil d'un twitto qui a retweeté (diffusé) le tweet de Fabrice Robert.

Profil d’un twitto qui a retweeté (diffusé) le tweet de Fabrice Robert.

Bref, on voit que la reprise de ses idées qui réjouit tant Fabrice Robert n’est pas très surprenante tant elle vient de personnes proches de lui politiquement. Mais en réalité, ce qui lui fait tant plaisir, c’est l’importance des gens en question. En effet, si les identitaires aiment parfois se présenter comme anti-système, ils courent surtout derrière deux lièvres : le buzz médiatique et le rôle qui leur est souvent attribué d’incubateurs d’idées irriguant le champs politique classique. Pour ces deux buts, il est ainsi avantageux d’être repris par des personnes jouissant de plus de notoriété que les membres du bloc, somme toute marginaux dans le jeu politique. Ainsi, Bompard, maire d’Orange ayant été conseiller général pendant 10 ans, président d’une organisation certes petite mais comptant plusieurs élus et sur tout le médiatique Philippot, Vice-Président du FN, porte-parole du RBM, ayant atteint le 2nd tour aux municipales à Forbach et donné en tête des prochaines européennes dans sa circonscription est par certains sondages, sont pour Robert des atouts notables.

Dans la soirée du 21 avril, Franck Guiot, membre de l’UNI et de l’UMP (droite populaire) ne cachant pas ses penchants identitaires, assure Fabrice Robert d’un autre soutien.

Mais qui donc est ce @AlMarsaud qui va sur le plateau de la télévision publique faire de la retape pour ses idées qui se trouvent être les mêmes que celles du Bloc Identitaire ? Il s’agit, comme il se présente lui-même, d’ « Alain Marsaud Député UMP de la 10ème circo des Français de l’étranger (Afrique et Moyen-Orient) – Magistrat honoraire, ancien chef du service central de lutte antiterroriste ». On aurait pu faire un peu semblant d’être surpris voir offusqué de cette promiscuité idéologique entre un député UMP et les identitaires mais cette réaction paraitrait anachronique tant tout le monde a eu le temps de se faire à cette idée.

Si on trouve un peu pathétique la manie pathologique de Fabrice Robert de se présenter comme l’éminence grise du monde politique, on doit au moins lui reconnaître une chose : le bloc identitaire a bien été le fer de lance de la campagne pour la déchéance de la nationalité française des « djihadistes » partis en Syrie ou ailleurs.

Campagne du Bloc Identitaire pour la déchéance de nationalité française des djihadistes et leur interdiction du territoire français.

Campagne du Bloc Identitaire pour la déchéance de nationalité française des djihadistes et leur interdiction du territoire français.

Cette campagne s’appuie notamment sur une pétition (vous savez, ce truc trop rebelle, trop radical et trop subversif ?) en ligne que les identitaires relaient tant qu’ils peuvent sur le net (pour n’atteindre à ce jour que 1500 signatures). Notre curiosité ainsi aiguisée, nous sommes évidemment allé voir de quoi il retourne, pour pouvoir partager on vous la met ci-dessous :

pétition du bloc identitaire

pétition du bloc identitaire

Tout d’abord, nous retrouvons ici le sens particulier de la précision chez les identitaires. Car si la première ligne de la pétition annonce que « les informations se font de plus en plus précises concernant l’importance de la présence de djihadistes venus de France en Syrie » cette affirmation est infirmée dès la phrase suivante. On retrouve d’abord le chiffre de 700 « évoqué » par le président, « évoqué » n’étant pas le terme qui respire le plus la précision, mais c’est dans la deuxième partie de la phrase que ça se corse. On en arrive maintenant aux chiffres de « certains spécialistes« , lesquels ? la précision ne va pas jusqu’à mentionner ses sources. Ces mystérieux spécialistes « estiment » (là encore quand on estime quelque chose, c’est justement qu’on ne peut pas le dire avec précision) « qu’il s’agirait » (notons ici la prudence du conditionnel qui comme chacun le sait exprime des informations précises) « peut-être de 1 000 » (peut-être, vous connaissez ce mot pratique pour signifier ce qui n’est pas sûr, ce qu’on ne sait pas).

Et parmi ces deux sources, devinez laquelle nos amis les identitaires choisissent ? Et oui, bien évidemment, celle de certains spécialistes qui « estiment qu’il s’agirait peut-être« , en effet, juste en-dessous, la pétition reprend ce chiffre de 1000. Notons que ce n’est pas ce chiffre en lui-même que nous contestons. Les services antiterroristes affirment avoir identifié 700 personnes parties en Syrie faire le djihad et estiment donc qu’avec les non-identifiés, on en serait autour de 1000. Cela signifie peut-être 900, peut-être 1100… après tout, ça ne change pas grand chose au fond du problème et le chiffre de 1000 n’est ni plus ni moins crédible qu’un autre. Le problème porte sur la méthode. On commence par annoncer que les informations deviennent précises pour mettre en tête du lecteur que les faits exposés après sont précis, fiables, presque scientifiques. Mais par la suite, tout indique l’estimation imprécise et le flou, il s’agit bien d’un mensonge visant à crédibiliser le texte. De plus quand il s’agit de choisir un chiffre, on prend celui d’une source non précisée, et le chiffre le moins précis possible.

Puisqu’on parle de sources, la principale source des identitaires pour décrire la situation qu’ils dénoncent, ce ne sont pas des experts en géopolitique, ni des boss du renseignement ou de la lutte antiterroriste. Non la source qui occupe plus de la moitié de la description de la situation dénoncée dans cette pétition, c’est un (un seul et unique) reportage grand public de la chaine d’information en continu BFM TV. On peut faire mieux en terme de sérieux, mais ça arrange bien les identitaires comme source. Rappelons pour commencer que cette chaîne est habituée à servir la soupe à l’extrême-droite. Mais là où on peut mesurer le gouffre entre une argumentation sérieuse et la verve identitaire, c’est quand on voit sur quoi précisément s’appuie leur description. Après tout, au sein d’un reportage grand public, il pourrait (c’est un pur cas d’école évidemment) y avoir du fond, des chiffres, des analyses argumentées, des faits concrets exposés … Mais ce n’est sur rien de tout ça que s’appuient nos pétitionnaires fous. Ils s’appuient sur de simples images, c’est à dire qu’ils donnent une description purement impressionniste de la question des « djihadistes » français en Syrie. Ces images, dont on ne met pas en doute la véracité, sont d’ailleurs diffusées en boucle par BFN TV qui nous les rediffusent à toutes les sauces jusqu’à l’écœurement. Et c’est justement bien le but poursuivi de nous écœurer, car la chaine d’intox en continu poursuit exactement le même but que les identitaires : créer un sentiment de peur et de dégout visant les djihadistes et donc par extension immédiate tous les djihadistes potentiels, c’est à dire dans un premier temps tous les musulmans, puis par amalgames cumulés, tous les immigrés non européens. Ces images sont évidemment, et c’est leur but, très choquantes. Des têtes coupées exposées comme trophées, des cadavres tirés derrière des voitures et pour faire jouer l’effet de contraste des jeunes souriants, fiers d’eux (de ce qu’ils disent on ne saura rien à la lecture de la pétition car l’important pour les identitaires n’est pas le fond mais la forme, on ne saura donc pas ce qu’ils disent mais on sait qu’ils le disent « dans un mélange de langue arabe et de « français » des cités« , histoire de toujours bien penser à stigmatiser certaines portions de la population. Notons d’ailleurs les guillemets à « français » pour bien marquer le mépris des identitaires pour le parlé populaire, eux dont les « militants » sur le net ne sont pas capables d’aligner deux mots dans un français correct!). Mais il s’agit ici de violence symbolique. En effet dans les têtes coupées, ce qui choque ce n’est pas le fait qu’il y ait eu des morts (tout le monde sait qu’il y a des tués en Syrie, on a amplement passé les 100 000 et d’un point de vue comptables, ces quelques têtes ne pèsent rien), c’est le fait que les cadavres aient été décapités et leurs têtes exhibées avec fierté. De même avec les cadavres tractés derrière une voiture, ce qui choque, ce n’est pas qu’il y ait des cadavres, c’est d’une part qu’on nous les montre, et d’autre part qu’on les « maltraite ». Or la maltraitance de cadavres, l’exhibition de trophées macabres, sont bien du domaine de la violence symbolique. Les cadavres trainés ou décapités ne souffrent pas, ils sont le symbole d’une violence mise en scène par les combattants islamistes, dans le but de choquer, but partagé on le voit par les combattants islamistes réalisateurs des vidéos, les média qui les diffusent et les identitaires qui cherchent à tout prix à attirer l’attention dessus. Cette alliance objective n’a bien sûr rien de surprenant, on a ici le droit à un spectacle de la violence plus qu’à la violence elle même. Le propos ici n’est pas de nier l’aspect ultra réactionnaire et violent des troupes islamistes en Syrie, mais de démontrer que ce n’est pas la réalité de cette violence et de cette réaction qui intéresse les identitaires mais juste l’impression, le sentiment, qu’il est possible de provoquer à partir de cette violence afin de pouvoir instrumentaliser à des fins racistes ces sentiments. Si les identitaires voulaient parler de la réalité, ils donneraient des faits et des chiffres (nombre de tués, nombre de meurtres de civiles, synthèse des actes de tortures…). Car les actes hautement répréhensibles de la part des combattants islamistes existent (ils seraient pour autant obligés d’admettre que c’est à une échelle moindre que les exactions de leurs amis du régime en place, ce qui n’en atténue pas l’horreur mais les forcerait à sortir de leur campisme primaire). Mais leur but n’est pas là, en jouant sur le choc des images, sur la violence symbolique, c’est l’imaginaire collectif qu’ils cherchent à atteindre et non la raison. Ils cherchent à déclencher une émotion allant de l’horreur à la haine, en assimilant certaines populations à la barbarie. Les identitaires, comme la plupart des média, jouent sur un champs sensationaliste qui, s’il n’a rien de rationnel, flatte les pires penchants humains pour amener à leurs thèses.

Venons-en à l’objet lui-même de cette pétition, car une pétition, si elle est souvent un prétexte à développer un discours, sert tout de même à réclamer quelque chose. Ici, la revendication, exprimée dans le dernier paragraphe, est double : « déchéance automatique de la nationalité française » et « ‘interdiction absolue d’entrer sur le territoire national » à « toute personne engagée dans une action djihadiste sur un front étranger« . La cible des deux revendications prend ici toute son importance et on va voir qu’il y a encore une fois besoin d’un petit travail d’interprétation tant l’explicite est en-tâché d’implicite. Une action djihadiste, qu’est-ce que c’est ? Une action djihadiste, ce serait toute action visant à améliorer la société dans la voie musulmane, c’est à dire toute action renforçant l’Islam. Il peut s’agir d’une action spirituelle, d’un effort sur soi-même pour être un meilleur musulman (ce qui est considéré par les musulmans comme être meilleur pour la société), il peut aussi s’agir d’un travail de propagande, de conviction visant à convaincre, ou encore de tout acte aidant la communauté musulmane. Certes, il ne fait pas mystère que la volonté profonde des identitaires est bien de débarrasser la France de tout musulman, donc de tout djihadiste. Cependant, le fait qu’il soit fait mention des actions djihadistes sur « un front » indique clairement que par « action djihadiste« , les identitaires n’entendent parler que des actions armées, inculture ou lapsus, là n’est pas l’important. Sur cette utilisation abusive du terme djihadiste, il faut par ailleurs reconnaître qu’elle est généralisée puisque normalement le djihad répond à un certain nombre de règles excluant notamment le mauvais traitement des prisonniers, le pillage, le fait de s’en prendre aux femmes, enfants et infirmes … et la mutilation des corps ! De fait, la plupart de ceux qu’on appelle généralement djihadistes n’en sont pas et en particulier ceux du reportage de BFM qui ne respectent pas ces règles !

Petite anecdote marrante, les identitaires trouvent opportun de préciser dans leur pétition que leurs revendications ne concernent que toute personne « engagée dans une action djihadiste sur un front étranger« . Les personnes menant de telles actions sur le sol français auraient donc le droit de garder la nationalité française ? Décidément la priorité nationale connait parfois des extensions surprenantes. Fi! Avec un brin d’interprétation, on pourrait remplacer la fin de phrase par « toute personne menant une action armée au nom de l’islam sur un front étranger ». Sauf que notre travail d’interprétation ne peut s’arrêter là. En effet, puisque la première revendication est l’exigence de la déchéance de nationalité française (et on peut supposer que c’est la plus importante des deux revendications puisque c’est elle qui donne son titre à la pétition, c’est bien qu’il ne s’agit en fait pas de « toute personne » mais uniquement de celles possédant la nationalité française !

Soit, examinons la demande. Peut-on faire une loi pour démettre les djihadistes la possédant de la nationalité française ? Qui pourrait-être concerné ? Des personnes ayant la double nationalité. Sans juger du fond d’une telle mesure dégueulasse, on peut noter qu’elle est dans ce cas applicable, effectivement la personne condamnée se retrouve, déchue de sa nationalité française mais pas de son autre nationalité et exclue du territoire français en direction du territoire de son autre nationalité. Encore une fois sans juger de l’aspect éthique, c’est juridiquement et techniquement possible. Mais les combattant français ne sont pas tous bi-nationaux, ça ne concerne même qu’une minorité d’entre eux. En effet, François Molins, procureur de la république de Paris et ancien DirCab de Michelle Alliot-Marie, qu’on ne peut suspecter de vouloir nuire par principe à l’idée des identitaires puisqu’il partage leurs craintes sur le retour des combattants de Syrie en France comme il le répète dans les média, parle pourtant d’une « importante minorité qui n’est pas issue de l’immigration », ce que les identitaires appelleraient des français de souche. Et parmi les immigrés, les bi-nationaux représentent encore une minorité puisque l’INED note en 2012 que « près de la moitié des immigrés ayant acquis la nationalité française ont conservé leur nationalité d’origine », ce qui signifie bien que plus de la moitié ne l’ont pas conservé et n’ont que la nationalité française. Ainsi donc la majorité des combattants français en Syrie n’ont que la nationalité française, la leur supprimer serait donc en faire des apatrides, n’ayant aucun droit dans aucun pays. On ne fera pas appel à des notions d’humanité car on sait que les identitaires réservent ce qui leur en tient lieu aux bons français, blancs, hétéros, CIS, chrétiens ou païens et réactionnaires. Mais d’un point de vue juridique, créer ainsi plusieurs centaines d’apatrides n’est pas sans poser problème.

Ce serait tout d’abord contraire au droit français et en particulier à l’article 23 du code civil. On peut se dire, qu’il est sous-entendu dans la revendication du bloc identitaire que la loi qu’ils réclament rendrait caduc cet article et les suivants. Sauf que cet article du code civil n’est qu’une mise en conformité avec le droit international et en particulier avec la convention de New-York du 30 aout 1961 entrée en vigueur le 13 décembre 1975. Ainsi, le Conseil Constitutionnel ne laisserait pas passer une loi allant à l’encontre de cette convention. En effet, un traité international signé par la France appartient au bloc de conventionnalité, et est donc au-dessus des Lois comme celle réclamée par les identitaires (bloc de légalité) dans la hiérarchie des normes. Il serait donc anticonstitutionnel de faire une loi allant à l’encontre de ce traité et il faudrait pour adopter une telle loi, sortir du traité ou changer la constitution, ce qui ne se situe plus à la même échelle ! Il parait déjà peu crédible que le Bloc Identitaire ait espéré obtenir une loi par sa campagne centrée sur une pétition, il serait carrément délirant de penser qu’ils soient assez mégalo pour croire pouvoir modifier le bloc conventionnel. Mais la vérité, c’est que dans le fond les identitaires seraient les premiers embêtés de faire reculer l’islamisme radical le plus réactionnaire (ce que ne ferait d’ailleurs absolument pas la Loi qu’ils réclament, bien au contraire !). En effet, cet islamisme le plus réactionnaire nourrit leur discours raciste, c’est leur fond de commerce. Les groupes islamistes radicaux appelant au djihad armé ont besoin des racistes et des islamophobes qui jettent dans leurs bras de nombreux jeunes, musulmans ou non (selon Molins, 21% des combattants français en Syrie identifiés sont des musulmans convertis), qui ressentent bien n’avoir pas leur place dans la société qu’ils côtoient. Les mass média ont besoin des deux qui font leur beurre. Quant au gouvernement, il continue de faire le jeu des uns et des autres par ses politiques d’exclusions, son racisme et son islamophobie continuelle. Dernier exemple en date, Hollande a fait sa déclaration sur son plan d’action contre les « djihadistes français » à l’Institut du Monde Arabe où il venait inaugurer une exposition sur le hajj, quoi de mieux pour nourrir l’amalgame arabes-musulmans-terroristes barbares ?

Entre réactionnaires on se nourrit mutuellement, bouffons-les tous tout cru !

3 réflexions au sujet de « Déchéance de nationalité : pétition identitaire FAIL »

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