FailFaf : Tirer le bilan, se tirer WIN

Après presque un an sans publication sur FailFaf, il est amplement temps d’assumer cette cessation d’activité et d’en donner quelques explications en forme de bilan.

S’il n’y a pas eu de nouveaux articles depuis Auteur de polar engagé FAIL, ce n’est pas faute d’idées d’article à rédiger. Les excuses habituelles et notamment le manque de temps, ne suffisent pas non plus à expliquer ce silence. Il faut admettre un manque de motivation, une perte d’envie d’avoir envie.

Nous allons en analyser un peu les différentes raisons, de manière à s’expliquer, un peu comme un du au lecteur, mais aussi parce que les RetEx (retours d’expérience) sont une forme de solidarité et de travail collaboratif qui nourrit la production futur des différentes personnes s’impliquant dans les tâches antifascistes, notamment sur internet.

Quel rôle pour FailFaf ?

Les lecteurs et lectrices les plus assidu-e-s de FailFaf ont pu noter de régulières évolutions dans sa forme et son contenu.

C’est un poncif maintes fois rabattu que de dire que les antifascistes sont en retard sur le net comparé à leurs adversaires d’extrême-droite. Pour autant, à la création de FailFaf, il existait déjà pas mal de blogs et de sites antifascistes. Le but de FailFaf n’était pas de refaire ce qui existait déjà. Non que l’idée soit totalement à proscrire. Si on observe un peu la fachosphère, on note que de nombreux sites tiennent le même rôles. Certains articles sont ainsi reproduits des dizaines de fois sur des sites différents. Parfois en citant la source et en y renvoyant par un lien (il s’agit alors principalement de faire du réseautage, d’agrandir et d’intensifier la toile pour en améliorer la visibilité et principalement de booster le référencement du site source, généralement un site clé de la fachosphère), d’autre fois l’article est publié sans autre référence, comme s’il était la production du site ou du blog, parfois sa rédaction (et ou son illustration) est même retravaillée pour en modifier le ton, le champs sémantique… Il s’agit alors de diffuser la même info, intox, ou argumentation vers un nouveau public qui n’ira pas forcément lire d’autres sources avec le même fond. Ainsi un article publié dans la sphère royaliste avec un vocabulaire sur la Ripoublique et les nègres, s’il est ré-écrit avec le même fond mais en parlant d’empire et des suédois sur un site soralien touchera un autre public, avec un même but. Sauf que comme nous sommes très en retard sur l’extrême-droite, il nous a semblé que ce travail ne correspondait pas au stade de développement de notre présence sur le net. Autrement dit, notre analyse se fondait plus sur un besoin immédiat de diversifier l’offre que d’étoffer l’offre existante.

L’idée fut donc de rompre avec le ton purement militant mais aussi avec l’intellectualisme d’une partie du milieu militant antifasciste. De faire des billets s’adressant à celles et ceux ne lisant pas les longs articles existant. L’image nous a semblé un outil adéquat pour faire passer un message en un rien de temps, sans compter que le référencement des images sur les moteurs de recherche est un atout à ne pas négliger. Toujours dans une quête de simplicité et de message immédiat, ne demandant ni recherche ni réflexion aux lecteurs et lectrices, le choix s’est porté sur la binarité du jeu des Fail et des Win, assez en vogue alors (surtout les Fail) dans les divertissements sur internet.

Comme indiqué dans cet article à l’arrivée de Failfaf sur la plateforme antifa-net, le but était aussi de rompre avec un certain victimisme inhérent à l’antifascisme. Comment attirer des gens à nous (et non les jeter dans le camp d’en face) quand une grande partie de l’expression antifasciste revient à d’interminables plaintes pignouses en mode « les fachos, ils sont partout », « attention l’extrême-droite ne fait que progresser », « les fachos nous ont encore agressé », etc. Surtout qu’en réalité, malgré une période clairement difficile, il n’y a pas une progression homogène des fachos, ni une impuissance homogène des antifa. Bien souvent, les fachos se loupent lamentablement et régulièrement les antifascistes réalisent de belles choses (pas uniquement à coups de poings, même si ça fait partie intégrante de l’antifascisme). Une image et hop « regardez ces merdes de faf », une autre image et hop « regardez ces antifa s’ils n’ont pas la classe ». Le concept n’était pas forcément totalement idiot, ni dénué de possibilités de réussites. Ainsi, une pauvre image de l’Action Antifasciste Paris Banlieue (disons 2 minutes de travail) a pu attirer 20000 internautes (IP différentes) en deux jours après l’assassinat de Clément Méric, sur un pauvre blog blogger moche, sans aucun travail de référencement et de promotion. Sauf que…

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : forme et fond.

Si l’antifascisme n’était qu’une guerre de territoire face aux fachos, que le but n’était que d’occuper le territoire du net pour le disputer à l’extrême-droite comme certains réduisent l’antifascisme de terrain à tenir physiquement une rue, le concept aurait peut-être pu être suffisant. Sauf que ce n’est pas le cas. L’antifascisme a pour but de battre en brèche les idées faisant le terreau de l’extrême-droite et d’imposer en échange un certain nombre de valeurs.

Le premier écueil de FailFaf a été celui de la source et de l’information vérifiable. L’extrême-droite ne s’embarrasse pas de tel soucis, elle balance une image ou une info sans dire de quoi il s’agit, de ce que ça signifie, sans en permettre la vérification de la véracité (et pour cause, les trois-quarts de ce que publient les fafs est totalement bidon). Mais nos idées et nos buts n’étant pas les mêmes que ceux des fachos, ils ne peuvent progresser par les mêmes méthodes. La démagogie et la désinformation ne peuvent armer les opprimés contre l’extrême-droite, ne peuvent pas favoriser la prise en main du champs politique par les masses, leur auto-organisation. Si beaucoup de questions restent en débat sur les modalités de l’antifascisme, celle-ci n’est pas discutable : l’antifascisme ne saurait être le négatif du fascisme.

Dans un premier temps, la solution trouvée fut d’adjoindre aux images une légende et une simple phrase de contextualisation, comportant généralement un lien pour permettre d’en apprendre plus sur le thème abordé sans alourdir la publication. Cet entre-deux s’est provisoirement révélé relativement satisfaisant. Mais rapidement insuffisant. Quand il s’agit de dire que des fachos se sont fait démontés la gueule, ont planté leur initiative, qu’une initiative antifa a été réussie ou a empêché une initiative faf, la méthode fonctionne. Mais quand il s’agit de démontrer que tel type de discours citoyenniste fait le lit des fafs, que souvent la gauche sensée être antifasciste sert de propulseur à l’extrême-droite, ou parler d’un groupe facho ou d’un groupe antifa méconnu, qu’une organisation de prime-abord progressiste et aux buts intéressants est en fait un nid à fafs… le modus operandi rencontre rapidement ses limites. Nous nous sommes alors lancés dans des rédactions plus longues, plus théoriques… Il n’y a pas de regrets, souvent l’article était pertinent et utile, il n’empêche que le blog s’éloignait grandement de ses buts et formes initiales, perdait de son originalité et de son homogénéité.

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : les valeurs.

L’autre limite pure de la méthode de l’image brute (ou presque) et du ton humoristique, réside dans les valeurs qu’elles transmettent. Moins il y a de discours, plus on est dans le simplisme, et plus on est dans le simplisme, plus on risque de faire appel aux valeurs oppressives dominantes. Par exemple on peut mettre en valeur les antifascistes à l’aide d’une simple image ou de vannes en montrant la qualité artistique de leurs réalisations, ou en montrant leur force du nombre, mais souvent le plus simple ramène quand même à une imagerie folklorique (nous prônons la diversité de l’antifascisme et sa capacité à inclure largement, à ce titre, nous n’avons rien contre les groupes largement masculins, tout en noir, visage masqués et fumis à la main qui ont toute leur place dans l’antifascisme, mais n’y voyons certainement pas le B-A-Ba de l’antifascisme, encore moins sa représentation exhaustive) voir bien souvent viriliste. De même se foutre de la gueule des fachos en une image et deux vannes peut se faire avec de l’humour pertinent, mais souvent on sombre dans « ils se croient forts mais ne savent pas se battre » ou « ah ces fachos incultes et analphabètes » (même si l’article s’en défend, il n’y échappe pas totalement). Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas faire d’humour quand on est antifa ou qu’il faut renoncer aux messages simples et illustrés, c’est au contraire une nécessité à sans cesse travailler, mais c’est tout de même une difficulté indéniable. Il y a donc les valeurs qu’on veut surtout éviter de transmettre, mais il y a aussi celles qu’on voudrait faire passer. L’antifascisme, c’est évidemment de combattre les fachos, mais c’est aussi d’y opposer des valeurs de solidarité, de diversité, de métissage, d’émancipation, d’auto-organisation des opprimés, d’anticapitalisme… Or, là, s’il est possible de faire passer ces valeurs sous la forme initiale du blog, nous n’en avons pas trouvé le moyen. Autre limite plus spécifique à l’utilisation de l’humour, surtout quand il se veut non oppressif, voir progressiste, est de tomber dans un référentiel limité et fermé (en gros, bien que ce soit totalement suggestif, nous pensons que le défaut de pas mal de blagues du blog n’est pas de n’être intrinsèquement pas drôle mais de ne faire rire qu’un très petit cercle fermé de personnes ayant les mêmes références et univers). Or l’entre-soi est justement une des valeurs que l’antifascisme se doit de combattre et un défi à relever.

Nos buts ne sont pas ceux de l’extrême-droite : nuance et vérité.

FailFaf n’a jamais voulu renoncer à un angle optimiste, à renverser l’image ressortant majoritairement du net (que ce soit des productions gauchos ou fachos) d’une extrême-droite toute puissante et d’un camp adverse paralysé et incapable. Pour autant, seule la vérité est révolutionnaire. Il n’était pas question de faire passer des échecs pour des victoires et vice-versa. Une solution est évidemment de sélectionner ce dont on parle. Mais à un moment donné, la nécessité s’est fait sentir avec force de parler de certaines choses qui ne sont pas à l’honneur du camp se disant antifasciste, ce fut le début de l’utilisation des Fail non plus pour les fafs mais pour leurs adversaires, comme ici. Un dévoiement du principe de départ qui n’a pas cessé de poser question. De même, la vie n’est pas faite de noir et de blanc. Il y a des faits intéressants à analyser sans pour autant pouvoir dire que ces faits soient positifs ou négatifs. Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité si on veut coller un peu à l’actualité, il n’est alors plus possible de sélectionner le thème abordé pour le faire coller à une case WIN ou FAIL. Or, il y a toujours eu sur FailFaf un refus de céder à une dictature de l’actualité immédiate. Le principe du web (et a fortiori des réseaux sociaux) créé un phénomène très déplaisant d’emballement collectif sur ce qui vient de se passer, sans prendre le temps d’en mesurer l’importance réelle, ni d’en analyser les tenants et les aboutissants, amenant donc à une superficialité de l’information… et à un oubli tout aussi immédiat de ce qui est « dépassé » entrant en contradiction avec toute logique matérialiste historique et même avec toute logique politique et analytique. Pour autant, quand il se passe quelque chose et que la faible sphère du net antifa ne le traite pas, fallait-il laisser les média mainstream ou la fachosphère comme seule source d’info ? Et si la sphère militante progressiste délaisse un angle d’attaque ou une information complémentaire ? Ainsi FailFaf, a là encore cédé à la pression et fait des articles d’actualité. Il n’est toujours pas question de le regretter en soi, ces articles ont pu avoir leur utilité. Pour autant, ils n’ont pas échappé aux dangers de l’immédiateté. Certains articles a chaud ont pu par la suite amener à réviser ou nuancer leur jugement, ou à être rendus partiellement caduques par des infos ultérieures. À l’inverse, les tergiversations ont pu, en retardant la parution d’articles, en limiter l’impact comme ce fut le cas avec le billet sur la Gaza Firm, qui pour autant a eu son utilité comme on le verra.

Production personnelle et travail collectif

La naissance de FailFaf fut un acte purement individuel. Le rédacteur de ces lignes a ouvert un blog sur blogger (choix uniquement dicté par la simplicité apparente de la plate-forme google), foutu quelques photos avec un titre, et FailFaf était né. Par la suite différentes formes de travail collectif ont vues le jour à des échelles différentes. Des personnes ont contribué juste en donnant des infos, des idées, proposant des photos. Quelques articles ont été écrits à quatre mains, mais globalement cela restait majoritairement un projet individuel, avec une personne seule faisant les choix éditoriaux, donnant la ligne politique… Ce fut aussi une constante source d’interrogation, la liberté et l’indépendance du travail quasi solo contre la force de frappe du travail collectif… Il y a eu un tournant important dans l’histoire de FailFaf puisqu’en juin 2013, il a quitté son nid de serpent google pour rejoindre la plate-forme antifasciste antifa-net. Cela répondait à la fois à une volonté purement consumériste de n’être plus hébergé par une multinationale mais par des militants, et à la volonté de participer de ce projet collectif. Pour autant, il n’était pas question d’investir de l’énergie et du temps dans le développement de la plate-forme elle-même (question de temps, mais aussi de compétences, de priorités…). Or c’est une question qui s’est posée au sein des différents participants du projet antifa-net de savoir si les blogueurs se contentaient d’être hébergés ou faisaient vivre collectivement le projet. Les blogs de la plate-forme gardaient leur indépendance tant qu’ils respectaient la charte de base, délimitant notamment un antifascisme radicalement anticapitaliste et révolutionnaire, indépendant des organisations notamment politiques (ce qui n’empêchait nullement l’appartenance des blogueurs à une orga). Cette indépendance des différents blogs a été parfaitement respectée et il est important de noter que FailFaf, seul blog citant régulièrement du Lénine ou du Trotsky sur une plate-forme à la tonalité clairement anar et autonome, n’a jamais eu à subir la moindre pression sur sa ligne politique. Pour autant, tout indépendants qu’ils soient, l’appartenance des blogs à un projet ne pouvait pas être sans incidence. Chaque blog pouvait être invectivé et tenu de se justifier par rapport aux publications d’autres blogs, aux agissements d’autres blogueurs. Pendant un temps, je trouve qu’antifa-net a rempli son rôle. Indépendance et grande complémentarité des blogs (certains basés sur l’esthétique des photos, d’autres sur la musique, d’autres sur des thématiques plus précises comme l’anarchist black cross, sur l’angle plus local d’une ville, ou au contraire abordant des questions plus larges que l’antifascisme stricto sensu comme le serpent à plume ou Brasiers et Cerisiers) mais une solidarité certaine (assistance technique, promotion de ses voisins de plate-forme…). Au bout d’un temps, pour différentes raisons sur lesquelles je ne compte pas m’étendre, la plate-forme a décliné. Certains blogs ce sont retirés, d’autres n’ont plus été actifs, des projets n’ont pas vu le jour… Par ailleurs, les blogs continuant de vivre l’ont surtout fait de manière totalement déconnectée des autres et, mais c’est un avis purement personnel, la qualité globale de la production a plutôt baissé. Rien qui ne justifie de se retirer de la plate-forme, ce pourquoi d’ailleurs FailFaf y est resté jusqu’au bout, mais des interrogations et des difficultés, des évolutions qui ont aussi joué sur la perte de motivation.

De véritable coproduction, il n’y en a eu qu’une. Il s’agit de l’article sur Sea Shepherd qui après avoir été co-réalisé, a été simultanément diffusé sur les enragés et sur FailFaf. À différents points-de-vue, cette coproduction a été une réussite, tout d’abord parce que le résultat est plutôt bon, mais aussi parce que les fortes divergences politiques n’ont nullement empêché un travail en bonne intelligence, que les auteurs ont su mettre en commun leurs savoir-faire et connaissances respectives… Pour autant, ce n’était pas non plus la vocation de FailFaf de faire de ce coup ponctuel une habitude de fonctionnement.

Sécurité sur internet

Dans le milieu militant, la sécurité internet on en parle beaucoup mais on ne fait pas grand chose. Quand on tient un blog, on peut s’interroger sur sa propre sécurité. Les deux principaux dangers sont de se faire casser la gueule par des fachos prenant mal ce qu’on écrit sur eux et surtout d’essuyer des plaintes en justice, courantes contre les auteurs de blogs antifa (en réalité, le principal soucis de sécurité pour qui publie sur le net, c’est de se prémunir contre les incessantes attaques informatiques contre le site, mais cette partie était assurée, avec brio, par les gérants de la plate-forme antifa-net). Le premier cas pose la question de l’anonymat qui au-delà des risques physiques, prémuni aussi de différents désagréments auxquels on peut être exposés (emmerdes dans le milieu professionnel par exemple). Sans s’appesantir, ça n’a pas été un problème majeur dans le cadre de FailFaf, tout juste, à deux reprises, des infos n’ont pas été publiées car leur provenance paraîtrait trop évidente (en réalité, le travail de terrain est souvent une exposition bien plus importante). À noter que parmi les rares menaces de venir casser les genoux de l’auteur d’un article, une des plus directe émanait de gens d’une organisation se disant de gauche, mécontents de voir leur antifascisme mis en cause). Pour ce qui est du risque de plainte, il faut avoir en tête qu’il est impossible de tenir un blog antifasciste et révolutionnaire sans jamais franchir les limites de la Loi, qui rappelons-le, est faite par et pour la classe au pouvoir. Cependant, là non-plus FailFaf n’était pas le plus exposé des sites antifa. Le fait de ne rien écrire sans donner la source de l’info diminue sérieusement le risque d’attaque pour diffamation (il est d’ailleurs a noté que la seule menace d’un avocat de déposer une telle plainte est restée lettre morte, malgré le refus évident de modifier ou supprimer les deux publications évoquant Nathalie Krier). L’autre plainte courante, c’est celle pour incitation à la haine, pour menaces, outrage… Clairement, un certain nombre d’articles pourraient prêter à ce type de plainte dont on n’est jamais à l’abri. Cependant, il existe suffisamment de publications moins subtiles pour que FailFaf, dont le but n’a jamais été d’éructer « mort aux flics et aux fachos » ou « untel on va te péter la gueule », ne soit pas la plus exposée.

Mais il y a une chose que beaucoup d’internautes ne parviennent pas à comprendre, c’est que dès que tu publies sur internet (et parfois même sans y publier), ce n’est pas que ta propre sécurité qui est en jeu, mais également celle d’autres personnes n’ayant rien demandé. C’est à ce niveau que la sécurité a posé le plus d’interrogations car il est extrêmement difficile de se rendre compte de si on met quelqu’un en danger ou non. Parfois, une simple formulation, une phrase sans importance, peut se révéler être utilisée lors d’un procès. C’est évidemment la section WIN qui a le plus eu à pâtir de cette problématique. Tout d’abord les photos de groupes d’antifascistes. Il y a eu, ces dernières années, plusieurs cas de militants arrêtés après avoir été reconnus sur des photos qu’ils avaient eux-même postées sur internet, sans compter les fafs qui y nourrissent leurs fichiers1. Bien entendu, FailFaf n’a publié de photos rapprochées que quand elles avaient été diffusées par les intéressés eux-mêmes. Cependant, ça ne signifie pas grand chose, le hasard peut très bien faire qu’un flic pointilleux ou un facho tombe sur la photo qu’on a publié sans être tombé sur la publication originale. Le cas de conscience sur cette question s’est vraiment révélé une fois ou nous nous sommes rendu compte que les antifascistes avaient retiré la photo de leur compte Facebook le lendemain de sa diffusion sur FailFaf, qui restait donc la seule source publique de cette photo. Bien entendu, l’article a été immédiatement supprimé de FailFaf, mais l’incident a porté à réflexion, d’autant plus que l’auteur de ces lignes, dans son militantisme de terrain, a toujours été intransigeant dans le refus de telles photos de groupes et de diffusion d’infos sur les camarades antifascistes sur internet. Plus subtil, le risque de donner des infos ou tout simplement de tenir des propos susceptibles d’être utilisés à charge lors d’une instruction judiciaire. Là encore, on ne peut jamais être à l’abri, il est simplement question de doser le ratio prise de risque / intérêt. Certains articles ont été publiés alors qu’ une instruction était encore en cours. Il a plusieurs fois été question d’en supprimer. En effet, si des antifascistes avaient été arrêtés dans ce cadre, le seul fait qu’un blog antifasciste se félicite de l’action aurait pu, quand bien même les personnes arrêtées et les auteurs du blog n’avaient aucun liens et n’appartenaient pas aux mêmes sphères militantes, pu être utilisé contre les inculpés.

Cette partie sur la sécurité sur internet n’a pas pour but d’inciter les antifa a une paranoïa paralysante dont la seule conclusion possible serait de ne plus écrire sur internet. Le but est simplement double : d’une part prendre conscience des implications de ce qu’on fait sur le net, pour soi comme pour les autres, d’autre part calculer les prises de risques en fonction de l’intérêt réel de la chose. Courir un risque judiciaire pour un article qui vous fait plaisir à écrire mais n’apporte pas grand chose sur le fond et ne sera lu que par 1000 pelé dont 500 antifa déjà au courant de tout ce qu’il contient et 200 fachos convaincus faisant de la veille est de peu d’intérêt. Courir le même risque pour un article travaillé, révélant des choses que peu de gens connaissent et visant les centaines de milliers de vues, dont une majorité de personnes sincères susceptibles d’évoluer dans leurs positions ou leur comportement se considère évidemment d’une toute autre manière.

Le marigot de l’antifascisme

Le fourre-tout de ceux se réclamant de l’antifascisme est d’une hétérogénéité absolue. Mais même en réduisant le cercle à l’antifascisme radical (non pas à celles et ceux qui savent cogner, mais à un antifascisme conséquent, antisexiste, anticapitaliste et révolutionnaire), la diversité est encore reine. Il y a bien sûr là une des forces de l’antifascisme, diversité de cultures, de cultures politiques, de pratiques… Mais il y a aussi là sa principale faiblesse car la diversité cache également des guerres de chapelles, des guerres d’ego, et surtout des divergences qui peuvent s’avérer primordiale dans certaines circonstances, qu’il s’agisse de divergences théoriques ou dans la pratique. Dès sa création, FailFaf s’est voulu non pas au-dessus de la mêlée mais en dehors de ces histoires. Il y a à cela deux raisons principales. La première, c’est que FailFaf, par sa simplicité et son ton léger, ne voulait pas s’adresser aux petits cercles de l’antifascisme radical, ce qui rendait moins nécessaire de prendre position sur ses divisions. La deuxième, c’est que le pari de FailFaf était de considérer que malgré toute sa diversité, l’antifascisme radical constituait un milieu suffisamment exsangue, assiégé de toute part, que ce soit par les fachos, les flics, les racistes non assumés, la classe bourgeoise au pouvoir, les tenants de l’antiracisme moral, les citoyennistes, on en passe et des pires, que cet antifascisme radical malgré ses divergences et différences pouvait malgré tout être considéré comme un camp unique a défaut d’être uni, qui pouvait être défendu et promu en bloc face à ses ennemis déclarés ou non. Force est de constater que ces deux postulats de base on petit à petit laissé la place au doute.

Sur l’audience de FailFaf, on y reviendra par la suite. Mais il est évident que ce type de site (et ça vaut également pour des sites plus importants) touche en premier lieu les personnes déjà les plus investies, au moins intellectuellement, dans la thématique. De plus, l’évidence publique des divergences de la scène antifa, fait que même les lecteurs et lectrices n’y appartenant pas s’interrogent sur ces divisions, demandent des prises de positions, des arguments dans un sens ou dans l’autre, des prises de distances de tels ou tels propos ou actes (et quand on est soi-même en très gros désaccord, il est bien difficile de s’abstenir). Bref, petit à petit, FailFaf ne nous a plus paru comme quelque chose d’unifiant pour l’antifascisme radical mais comme un outil bancal, entre plusieurs chaises, sans prises de positions et donc sans ligne politique nette.

Sur l’existence d’un camp antifasciste radical, il y a probablement des évolutions personnelles qui sont intervenues, mais il y a aussi une évolution objective, d’aucuns parleront d’accélération de la décomposition, non seulement du milieu antifasciste révolutionnaire mais également, sur un rythme inégal bien que combiné, de sa représentation sur internet. Il est bien rare ces derniers temps de voir l’antifascisme radical parler ou agir d’une même voix, qui trop occupé à emprunter des pentes périphériques douteuses, qui à tacler l’autre, qui à se faire mousser dans le vide… Au-delà de nos faiblesses réelles, il faut reconnaître que l’offensive adverse est d’autant plus destructrice qu’accompagnée de pièges visant sciemment à perdre les antifa dans leurs divisions comme ce fut le cas dès quelques années plutôt avec le mouvement féministe. L’autre limite absolue, c’est que derrière FailFaf, se cache un engagement et un militantisme antifa réel, avec des avis et des prises de positions tranchés. Comment ce blog pourrait-il se montrer intransigeant sur les fréquentations des réformards, sur leurs positions merdiques, dénoncer le marasme des adeptes de la république-rempart-contre-le-fascisme ou du citoyennisme apolitique et se taire quand on considère que des militants de l’antifascisme radical font ou disent tout autant n’importe quoi, se montrent tout aussi nuisibles ?! Il n’y a pas de neutralité possible en politique, ou alors elle est inconséquente et malhonnête. Dans le même temps, il n’y avait toujours pas de volonté de faire de FailFaf un outil d’une branche spécifique de l’antifascisme, de se lancer dans les débats internes et les gue-guerres qui en découlent, considérant que ce n’était ni le lieux ni la forme adéquate.

Antifascisme, technologies et marketing

Bloguer sans se faire plaisir, voilà une idée étrange. Cependant, bloguer pour soi et ses trois potes, c’est très bien quand on veut tenir un skyblog (ça existe encore?) pour parler du dernier morceau de rap avec ses potes, ça a beaucoup moins d’intérêt quand on veut créer un outil militant. Dès le début, sans aucune prétention (et aussi en tant que première tentative sérieuse de militantisme sur internet, donc de coup d’essai, d’objet de tests et de découvertes), FailFaf s’est voulu un outil militant participant à sa modeste échelle à la nécessaire contre-offensive des révolutionnaires sur le net. Ceci suppose que le blog, en plus d’être alimenté, soit vu et lu2. En plus de ça, il faut encore s’assurer que la lecture du blog apporte quelque chose, soit qu’elle donne des infos ou des arguments à des gens en cherchant, soit qu’elle convainque des lecteurs… Alors tout ça peut paraître plus proche de l’image qu’on se fait d’une agence de comm’ que de la pureté révolutionnaire romantique, et on est bien en droit de croire que le tract à la LO en interligne ½ et espacement entre caractères 0,8 est le mode de communication le plus à même de lever l’armée du prolétariat contre le capital…

Bref, il y a bien au-delà du travail de rédaction, une réflexion et une activité de communication très exigeante en temps comme en savoir-faire déployés. Or FailFaf est le bébé d’un nerd absolu, n’ayant aucune connaissance du net, aucun goût pour la vente de son produit, même pas de compte Facebook à l’époque… FailFaf est né moche, mal mis en page, sans aucun travail de référencement (le SEO, kézaco?), de promotion… Au fur et à mesure des efforts ont été faits, le débarquement sur la plate-forme antifa-net a aussi été une aide. Quelques réflexes ont été pris, quelques outils wordpress utilisés, des efforts de mise en page ont été faits. Mais il faut reconnaître que le résultat n’était pas optimal. Si on ajoute à la méconnaissance, la flemme, le manque de temps, les questions éthiques (en étudiant un peu la fachosphère ou les sites aspirateurs à clics, on peut découvrir des modes de diffusions qu’on ne s’autorise pas pour autant à utiliser, cf en supra sur les divergences de but, donc de méthodes), on est vite limité. Sur la forme du blog, on est resté avec une esthétique faible (merci quand même au camarade d’antifa-net d’avoir fait une bannière en haut du site qui a défaut d’être génialissime était propre et existante!), un mode de communication très restreint (du texte brut, des images brutes, des liens hypertextes, de rares incrustations, pas toujours réussies, de vidéos pré-existantes ou de twitts, pas de montages photos, de réalisations sons ou vidéos, de systèmes interactifs…). Le travail de promotion est resté faiblard (aucune envie de courir les forums et les commentaires des sites d’infos pour balancer des liens, ce qui peut pourtant être efficace), la présence sur les réseaux sociaux symbolique (à titre d’exemple, la page FaceBook Red & Rude qui lançait les articles de FailFaf tourne autour des 300 abonnés, pour comparer, celle de nos voisins de plate-forme les enragés qui propulse leurs articles compte ses abonnés en dizaines de milliers). L’autoformation sur le fonctionnement du référencement s’est arrêtée bien tôt, et la recherche d’amélioration de la lisibilité du blog est restée au stade de vœu pieu.

Si on veut peser un peu sur internet, il faut aussi savoir s’installer durablement dans le paysage, entrer dans les habitudes de son lectorat, le fidéliser. Cela demande une régularité de publication qui est loin d’avoir toujours été au rendez-vous, mais également une cohérence de fond qui a fait défaut. Après tout, FailFaf aurait très bien pu perdurer sur la forme de fourre-tout, traitant parfois d’actualité, d’autres d’histoire, d’autres de théorie ou avec vocation purement polémique. Simplement, l’internaute qui accroche aux billets avec une photo et deux lignes de vannes grossières n’aura pas forcément envie de se fader des développements théoriques de quinze pages et vice-versa. Or quand l’internaute tombe quatre ou cinq fois sur des articles ne l’intéressant pas, il perdra l’habitude de consulter le blog, pire, n’aura plus très envie de cliquer systématiquement sur les liens vers le blog qu’il voit passer. Il en va de même pour l’absence de ligne politique et de positionnements clairs de FailFaf. Un antifasciste tout content de lire un billet vantant une action de l’AFA-PB, se mettra à lire et à diffuser le blog. Jusqu’au jour où il tombe sur un billet s’appuyant sur les travaux (au demeurant pertinents en l’occurrence) d’un chasseur de confusionnistes, adversaire déclaré de ce qu’il considère comme des antisémites racialistes. On peut être sûr qu’il perdra toute estime et confiance dans le blog et ne le diffusera plus, voir ne le lira plus. Et toujours, vice-versa. Ce qui ne signifie pas qu’il faut orienter la ligne politique en fonction du potentiel de lecture (sinon autant taper sur les chômeurs et les immigrés, c’est toujours plus vendeur), mais qu’une espèce de neutralité interne à l’antifascisme radical déplaira toujours à tout le monde et non ne contentera chacun.

Il n’y a dans cette partie aucun mépris pour les sites confidentiels à faible impact. Simplement quand la tenue d’un site prend du temps et pose autant de questionnements et de doute, il est légitime de s’interroger sur la pertinence de continuer. Cette pertinence doit entre autre s’évaluer en terme d’efficacité, tout ça pour quel résultat ? Est-ce que je ne serai pas plus utile ailleurs, autrement ?

Ne gâchons pas notre plaisir

La lecture de cet article peut laisser un sentiment d’échec et de pessimisme. C’est logique puisqu’il vient justifier une cessation d’activité. On est pourtant loin de considérer FailFaf comme une succession de ratés et d’échecs, sinon d’ailleurs pourquoi s’être entêté pendant X-temps et X publications ?

D’un point de vue quantitatif déjà, cent-trente-sept billets et pas un dont le nombre de vuesne se compte en milliers. Qui peut en dire autant de tous les tracts à la rédaction desquels il a travaillé ?

Plus important, FailFaf n’est pas passé à côté de tous ses objectifs. Le principe d’un ton plus léger, plus divertissant et positif que beaucoup de ce qui existe dans les sites antifa par exemple. Les jeux de l’été ont connu un certain succès y compris en dehors de la sphère strictement antifasciste. Plusieurs billets ont été repris par des sites plus dédiés à l’humour qu’ils soient purement militants ou non, comme par exemple celui-ci par Graffitivre, ou celui-là par le courant anarcho-stalinien. De même, le terme FailFaf a été réutilisé par des gens sans liens avec le blog, par exemple comme hashtag sur différents réseaux sociaux.

Un autre but était de toucher des gens ne débarquant pas sur le blog en cherchant des infos antifa mais par intérêt pour un thème connexe, leur apporter des éléments antifascistes sur leurs centres d’intérêt. Nous avons ainsi la certitude que des gens ont lu et apprécié cet article sur lequel ils étaient tombés en faisant des recherches sur le foot et les tribunes. L’angle de la culture, et en particulier de la musique, nous a aussi toujours tenu à cœur. Le fait qu’un article de FailFaf se trouve cité dans le livre Pushin The Limits. Anthologie de l’extrémisme et de la transgression dans la musique moderne de Jerôme Alberola, journaliste et auteur spécialisé dans le rock, est un signe de réussite d’ouverture. La réussite n’est évidemment pas toujours au rendez-vous. Par exemple, nous n’avons pas remarqué le moindre remous dans le milieu du roman noir suite à cet article, il faut dire que nous n’avons jamais cherché à le faire, ce qui serait pourtant simple en le postant sur certains forums ou pages Facebook bien ciblés. Le travail sur les questions écologiques est par exemple difficile à évaluer, même s’il est au moins certain qu’il a touché des gens investis dans la protection animale. Mais si au milieu du déluge des personnes courroucées qu’on s’attaque à leurs idoles, plusieurs personnes nous ont remercié pour l’article sur Sea Shepherd et ont indiqué prendre leurs distances suite à sa lecture, nous avons été gêné par le fait que celui sur le CRAC soit principalement relayé par les promoteurs de la corrida, milieu pourtant lui grandement acquis à l’extrême-droite.

Par la suite, FailFaf s’est éparpillé dans différentes direction, de l’actualité à la théorie, de l’enquête à la polémique ou au rappel historique. Sans revenir sur l’avis négatif sur cet éparpillement dans son ensemble, il n’empêche que les articles individuellement ont pu fonctionner. Par exemple, cet article sur la Gaza Firm, bien qu’ayant comme expliqué plus haut, été publié trop tard pour être le plus utile et ne servant actuellement plus à rien, a en partie remplit son rôle d’éclaircissement sur un phénomène sur lequel on lisait tout et n’importe quoi et face auquel beaucoup d’antifascistes, notamment non parisiens, ne comprenaient rien (amis ou ennemis, dangereux ou non…). C’est d’ailleurs positif qu’il ait été diffusé sur la large liste mail antifasciste inter-orgas initiée par une union syndicale.

Certains articles dénonçant des liens entre GUD ou nazis et FN ou démontant le discours d’Ayoub suite à l’assassinat de Clément Méric ont alimenté la presse bourgeoise mainstream (parfois sans le mentionner ni nous prévenir, mais on a des preuves flagrantes). Ça n’a jamais été un but, mais laissons un instant de côté la robe blanche de la pureté révolutionnaire ; tant mieux si des centaines de lecteurs non-militants ont ainsi eu accès à des éléments importants. Dans les articles plus d’actualité, nous n’avons pas forcément pu rivaliser en terme de rapidité avec les spécialistes du temps réel, par contre, nous avons permis d’avoir une vision d’ensemble sur des événements qui étaient relatés de manière éparse et locale sans faire les liens, par exemple sur Jour de colère 2, sur la White Man March, ou sur la journée internationale de lutte antifasciste du 22 mars 2014.

Satisfaction aussi sur le cycle de trois articles sur des points de l’histoire de l’antifascisme anglais, bataille de cable street, bataille de Lewisham et bataille de Waterloo car ils restent parmi les seules publications du web francophone sur ces événements, notamment celui sur Lewisham un peu plus fouillé3 et on regrette un peu de n’avoir pas eu le courage de continuer sur la lancée avec d’autres pays comme prévu car il y a vraiment beaucoup à apprendre de l’histoire de l’antifascisme dans les différents pays.

Conscient de la logique de réseaux d’internet, FailFaf ne s’est pas non plus enfermé dans sa propre bulle. Nous avons participé, à notre faible échelle à des offensives de masses sur différents sujets comme les tentatives de dédiabolisation de la manif pour tous ou du FN4, ou les magouilles du front national lors des élections et de manière plus générale en tant que membres du système. FailFaf a aussi été linké, répertorié ou cité (sans toujours la source, camarades, quand on copie-colle un article, ça ne coûte quand même pas grand chose de rajouter une ligne pour dire où on l’a trouvé) par de nombreux autres sites antifascistes dont certains d’une autre envergure. La satisfaction n’est pas à chercher dans une soif de reconnaissance, mais dans le fait que le principe même du net repose sur la logique de réseau. Plus les liens entre les sites existent, mieux l’espace est occupé. À condition cependant de ne pas s’enfermer dans une boucle close (l’exemple type étant le monde du Facebook militant ou untel partage les publications de telle page … à laquelle est abonné 90% de ses contacts et où on se retrouve avec sur son mur quarante fois la même publication, mais qui tourne en fait en rond sans sortir de son lectorat de base) d’où la recherche ci-dessus de sortir de la sphère militante antifa pure.

Enfin, même si ce n’est pas le but premier, on s’est bien marré et ça compte. Les aigreurs du PRCF nous expliquant qu’on est à la solde de l’UE et de la CIA avec les mêmes termes que l’UPR, les militants du Front de Gauche nous expliquant qu’en tapant sur eux on faisait le jeu successivement du PS, du FN, de l’impérialisme, des socialos qui nous avaient insultés suite à cet article puis nous citaient contre le FN… de bons moments de rigolades. Un des summums fut peut-être quand Jeune Nation s’est cru obligé de citer cet article sur leur leader et que leurs militants écumaient d’une rage animale sur ce billet pourtant purement ludique. La révolution, oui, mais pas sans rire un peu !

Que fleurissent mille initiatives

Des fois que vous ne l’auriez pas compris, l’aventure FailFaf s’arrête ici. Il y a eu plusieurs tentations de le réanimer soit sous sa forme initiale en postant des trucs supers courts mais réguliers, soit en l’utilisant de temps en temps pour un article de fond plus fouillé. Mais toutes les réflexions portées ci-dessus, toutes les limites de l’exercice, mènent à penser que l’énergie sera plus utilement dépensées ailleurs, dans d’autres projets, que ce soit sur le net ou non. Il n’est actuellement pas question de supprimer le blog et les articles existants, qui peuvent toujours être utiles pour certains plus intemporels que d’autres, mais il ne devrait plus y avoir de mises à jour.

Pour autant, le bilan tiré est globalement positif comme dirait l’autre. Il y a beaucoup à faire sur internet. Nous réfutons au passage la traditionnelle opposition entre internet et vie réelle. Quand on voit le temps moyen passé sur internet, l’importance prise par le net comme source d’info pour beaucoup, il est indéniable que le net fait partie intégrante de la vie réelle. Il n’est pas question de promouvoir des cyber-warriors qu’on ne voit pas dans les rues, dans les boites et qui croient vivre dans une réalité virtuelle, mais occuper le net paraît aussi important que de coller des affiches, faire des tags, des chansons militantes ou distribuer des tracts.

Il faut que les gens se lancent, qu’ils maîtrisent bien le monde du net ou non, il n’y a rien à perdre à essayer à condition de le faire en réfléchissant. Il faut aussi que les groupes militants constitués prennent cette dimension en compte, il n’est pas normal que des militants aient accès à cinquante formations sur le spartakisme, la plus-value, ou le programme d’Erfurth mais aucune sur le maniement de GIMP, le codage ou le SEO. Toutes les questions abordées dans cet article de clôture ne paraîtront pas pertinentes à chacun, mais elles démontrent le nombre de problématiques à prendre en compte et aussi le nombre de choses à faire sur le net. Vous voulez parler de théorie économique ou politique, d’histoire du mouvement ouvrier, promouvoir un humour non oppressif, essayez, évaluez votre travail au fur et à mesure et partagez vos interrogations, vos réflexions, vos conclusions. Et si vous trouvez que tout ceci n’est que de la masturbation même pas intellectuelle, faites à votre manière, mélangez le tout, dites si ça marche, on sera toujours preneurs. Maintenant, si vous cherchez de saines lectures antifa sur internet… et bien cherchez, on n’aura de toute façon pas la même notion de ce qu’est un bon site. En français, sachez, qu’il y a plusieurs blogs qui tournent toujours sur la plate-forme antifa-net, que le site la horde est sûrement le projet internet de plus grande ampleur dans le milieu antifa depuis Reflexes, qu’il y a plein de groupes antifa locaux qui ont leur site comme pavé brûlant à Bordeaux, le CAR à Rennes… qu’un certain nombre d’organisations associatives, syndicales ou politiques publient sur le sujet, par exemple visa au niveau syndical, Tant qu’il le faudra chez les politiques… et qu’il y a toujours des infos à prendre aussi sur des sites réformistes mais un tant soit peu sérieux comme le blog droite(s) extrême(s)… Mais surtout, lancez le vôtre ! Pour notre part, on a plein d’autres choses en route, sur le net, dans la rue, sur la scène culturelle…

  1. et n’allez pas vous imaginer qu’une écharpe sur la gueule vous protège de toute identification, loin de là! []
  2. il s’agit de deux choses différentes, on peut être très fort en communication et en référencement et avoir un nombre de vue important mais avec un temps moyen de présence sur le site démontrant que les neuf dixièmes des personnes atterrissent là par hasard et ne lisent rien []
  3. on en profite pour se joindre à un appel à traduction d’un bouquin qui a l’air super Beating the fascists []
  4. il convient ici de préciser que cette lutte contre la dédiabolisation, si elle est nécessaire et très limitée. D’une part, elle peut parfois se retourner contre ses tenants (regardez, ils nous traitent de nazis pour mieux nous mettre de côté parce qu’on dérange) mais surtout il est inutile de prouver qu’untel est facho et raciste si on ne convainc pas d’en quoi c’est un problème et qu’untel sert en réalité les intérêts de la bourgeoisie et non des travailleurs, qu’ils soient blancs ou noirs, étrangers ou français, homme ou femme, en activité ou non, homo ou hétéro… []

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