English Defence League à Exeter FAIL

Le seul avantage avec l’EDL, c’est que si on s’amuse à suivre leurs Fails, on découvre l’ensemble de l’Angleterre sans avoir besoin de payer un guide touristique. Après Brighton, Birmingham ou l’est londonien, nous découvrirons donc aujourd’hui Exeter où l’English Defence League a organisé une manifestation nationale le 16 novembre dernier.

Exeter, charmante ville de 115 000 habitants dans le comté de Devon, au nord de Plymouth, sa cathédrale, ses deux ports anciens … et son université d’études islamiques et son centre de recherches musulman qui déplaisent tant à l’EDL et qui leur a servi de prétexte à leur manifestation du 16 novembre dernier.

Sur le site de l'English Defence League, le caractère national et important de la manif du 16/11 est évident.

Sur le site de l’English Defence League, le caractère national et important de la manif du 16/11 est évident.

Comme on le voit sur cette capture d’écran, l’EDL misait beaucoup sur ce qu’ils nomment eux-mêmes la dernière manifestation nationale de l’année. Cette manifestation faisait l’objet d’un bandeau spécial sur leur site national et l’English Defence League comptait bel et bien sur des arrivées de partout puisqu’ils prennent la peine de guider les autocars (« coaches ») et les minibus.

Avec leur goût (douteux ?) du spectacle, ils avaient prévus des animations cool et pleine d’islamophobie comme ils les aiment, avec des militants en burqa et des slogans géniaux tels que « Mohamed is a pedo ».

Pourtant, à l’heure des bilans, il n’y a pas de quoi pavoiser. Certes, protégés par 400 flics, ils ne se sont pour une fois pas fait casser la gueule (ce qui est pour eux un exploit), certes deux des leurs, un peu agités, ont été interpelés ce qui leur permet de jouer les martyrs, mais on s’arrête là pour les bonnes nouvelles les concernant.

Selon les divers observateurs (militants, média mainstreams…), les troupes de l’EDL, acheminées en autocars et minibus de tout le pays … représentaient environ 200 personnes (la police parle précisément de 225 personnes). C’est faible pour une organisation qui affirme être la voix des anglais et dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Le nombre absolu de militant est très faible, mais il y a plus humiliant pour l’English Defence League, le nombre relatif.

Le nombre de leurs manifestants relativement aux contre manifestants, car une contre-manifestation s’est organisée. Comme il ne peut en être autrement, la contre-manifestation s’est organisée suite à l’annonce de la marche de l’EDL, donc avec moins de temps de préparation. De plus, alors que l’ampleur nationale de l’initiative des fafs était évidente et revendiquée, cette contre-manifestation était à l’appel d’un collectif local, Exeter Toghether (certes un collectif très large, allant du SWP à des libdem). Bref, il n’y aurait rien eu de surprenant à ce que la contremanifestation soit moins massive que la marche de l’English Defence League. Dans les faits, c’est exactement l’inverse. La majorité des observateurs parlement de 800 antifascistes présents (soit 4 fois plus que l’EDL),  la police en annonce 700 (soit plus de trois fois plus que l’EDL). ça fait mal ! Histoire d’enfoncer le clou, rappelons que les images sont souvent les plus parlantes :

Les marches fascistes et antifascistes à Exeter le 16/11.

Les marches fascistes et antifascistes à Exeter le 16/11.

Promis, la photo de gauche montre  bien sur leur trottoir l’ensemble des manifestants de l’EDL, après que tous leurs membres soient arrivés !

De leur fondation en 2009 à leur plus grosse manif en 2011 (plus de 2000 personnes à Luton, fief des fondateurs), l’English Defence League était présentée comme le renouveau de l’extrême-droite en Europe, surfant sur les buzz, dissimulant ses côtés les plus ouvertement fascistes, remplaçant le vocabulaire raciste traditionnel par celui de l’islamophobie… Tout le monde les annonçait comme voués à une emprise croissante non seulement sur l’Angleterre mais même sur l’Europe dont ils seraient devenus les leaders de l’extrême-droite. Deux ans plus tard, on en est loin, très loin. Leur seule grande initiative européenne en Hollande s’est avérée un fiasco total, eux qui se prennent pour de grands hooligans mordent la poussière une manif sur deux de par la réaction énergique des populations locales, la plupart des orgas européennes qui leur léchaient les orteils s’en sont détournées ou ont elles-mêmes périclité… Les deux fondateurs de l’EDL Tommy Robinson et Kevin Carroll, principaux artisans de la politique de dédiabolisation sont partis il y a deux mois dénonçant ce qu’ils passaient leur temps à nier (une EDL servant d’abris à de nombreux néonazis, une orga basée sur la violence physique…). La manif d’Exeter était la première initiative de grande envergure suite à leur départ et devait servir aux actuels dirigeants de l’EDL a prouver que leur organisation n’était pas marginalisée pour autant, d’où tous les efforts concentrés sur cette manifestation organisée deux mois à l’avance.

Le résultat ne leur donne pas raison et annonce sûrement une amplification du déclin de l’English Defence League. Les militants antifascistes qui ont passé leur temps à dénoncer le discours fasciste que l’EDL tentait de masquer derrière une phraséologie populiste et pseudo-progressiste (dénonçant par exemple l’antisémitisme et l’homophobie des islamistes), qui ont harcelé l’EDL pour leur montrer que la rue n’était pas à eux, qui ont partout mobilisé la population, n’y sont évidemment pas pour rien et on ne peut se réjouir de ce déclin. Pour autant, il ne faut pas oublier que les conditions sociales et idéologiques qui ont favorisé leur émergence sont toujours là et le combat antifasciste, plus que jamais lié au combat anticapitaliste, doit s’amplifier sans cesse. Comme disait l’autre, « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » …

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