Archives mensuelles : décembre 2014

État colonialiste, nostalgique de l’Algérie française FAIL

Demain 5 décembre, c’est la « journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie ». Cette journée nationale a été instituée en 2003 par Sarkozy, alors en plein travail pour redonner une image positive de la colonisation, par le décret présidentiel n°2003-925 du 26 septembre 2003. Une vraie ode à l’Algérie Française !

Certes, c’était Sarkozy, celui du discours de Dakar, où il affirmait notamment « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ». Tout le monde sait que chez lui ce ne sont plus des relents colonialistes, mais une véritable profession de foi.

Cela dit, non seulement le gouvernement actuel n’a jamais abrogé cette journée nationale, mais qui plus est, il continue de la faire vivre avec le plus grand zèle !

Ainsi, ce message de Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’état aux anciens combattants et à la mémoire auprès du ministre de la défense, a notamment été adressés à tous les maires de France pour qu’ils puissent le lire lors de cérémonies organisées dans leur commune. On est ici bien loin des timides pas en avant du sénat reconnaissant le massacre des manifestants algériens du 17 octobre 1961.  Et bien proche de l’hommage à Bigeard rendu par Jean-Yves Le Drian, le susdit ministre de la défense.

Todeschini nous explique donc sereinement, détendu, qu’un « hommage est rendu aux soldats morts pour la France (…) aux rapatriés d’Afrique du Nord, aux disparus et populations civiles victimes des massacres et exactions en Algérie et aux victimes civiles des combats du Maroc et de la Tunisie« . Il nous demande de nous souvenir « du courage mais également des souffrances endurées par ceux qui sont morts pour la France, appelés ou rappelés du contingent, militaires de carrière, membres des forces supplétives ou des forces de l’ordre, mais également des civils morts en Algérie, au Maroc et en Tunisie, et des disparus ».

Nulle-part il n’est évidemment question de celles et ceux qui sont mort en combattant pour la liberté, contre le joug colonial, militants du FLN, du MLNA, sympathisants, de leurs soutiens communistes et anarchistes… Ceux-là on ne leur rend pas hommage, on les ignore, on leur crache à la gueule. Le secrétaire d’état prend bien soin de toujours citer les victimes civiles. Cette formulation est suffisamment précise pour ne pas englober les combattants anti-coloniaux, et suffisamment vague pour ne pas dire de quelles populations civiles on parle. Des autochtones, victimes de la colonisation et de la guerre menée pour maintenir le joug colonial ? Peu crédible si on se rappelle (et ça ne devrait pas être trop difficile vu que c’est écrit plusieurs fois) que cet hommage est dans le cadre de la « journée nationale d’hommage aux morts pour la France » et non aux morts assassinés par la France. Il ne faut pas s’y tromper, ce message est bien un hommage aux colons et à l’armée coloniale, non aux colonisés.

Mais bien sûr, le mot colonie n’est pas utilisé une seule fois dans ce texte. Non le secrétaire d’état parle de « région du monde qui connut avec la France le meilleur comme le pire« , vous voyez comme ils ne sont pas loin les aspects positifs de la colonisation ?

Il n’est donc pas questions de colonies, ni de colonisés, ni de combattants anticolonialistes… Mais des responsables de ces « douleurs« , de ces « massacres« , de ces « exactions« , de ce « plus tragique des déchirements« , en est-il question ? Non, il n’y a ici que des victimes, pas de coupables. Que des formes passives, pas de formes actives. C’est bien con ces gens qui se font massacrer et sont victimes d’exactions, comme ça par la nature des choses. On nous rappelle d’ailleurs que les « centaines de milliers de rapatriés et de Harkis »  ont été « coupés de leur terre natale par un conflit qu’ils n’avaient pas voulu« .

1/ Ce n’est quand même que partiellement vrai car il y a parmi ces rapatriés et ces harkis, des colons pleinement conscients, qui justifiaient leur légitimité de colons s’appropriant les richesses algériennes.

2/ Mais il y a évidemment des milliers de rapatriés qui n’avaient rien demandé à personne, qui avaient vécu où ils ont pu comme ils ont pu et qui sont des victimes. Tous comme les appelés étaient des victimes n’ayant pas eu le choix. Mais si eux ne l’ont pas voulu ce conflit, s’ils n’ont pas voulu ces massacres et ces exactions, ces tragiques déchirements… qui les a voulu, qui les a provoqué ? Il n’en est pas dit un mot, ce qui permet par exemple de suggérer insidieusement que les coupables seraient dans le fond ceux qui ont déclenché le conflit en se soulevant contre l’oppression coloniale au lieu de l’accepter gentiment. Alors certes rien de tel n’est dit, et on peut affirmer qu’il s’agit là d’extrapolations, mais on verra que ces extrapolations feraient cependant tout à fait corps avec la suite du message d’hommage. En tout cas, ce qui est indiscutable, c’est qu’il n’est à aucun moment dit que c’est l’État français qui a commis les massacres et les exactions, que c’est l’État Français qui a voulu ce conflit en tentant de maintenir par la force sa main-mise coloniale, que c’est l’état français qui a mêlé à ce conflit des dizaines de milliers de futurs rapatriés en s’en servant pour établir ses colonies.

3/ Et en terme de victimes qui n’ont rien demandé à personne, les travailleurs Algériens qu’on est allé coloniser, exploiter, massacrer… toujours pas ? Mais le culot de Todeschini n’atteint son point culminant que quand il précise qu’il faut « construire une mémoire partagée qui n’oublie rien ni personne » excusez du peu !

Parce qu’on en arrive au but de cet hommage : « la paix et l’amitié« , tisser « des liens avec l’autre rive de la mer Méditerranée » « une coopération indispensable au XXIe siècle« . Évidemment, la paix, l’amitié, les liens et la coopération, ça fait longtemps qu’ils existent entre la classe dirigeante française et celle de l’autre rive de la mer Méditerranée, avec leurs dictateurs et leurs hommes d’affaires (qui bien souvent sont les mêmes), voilà bien longtemps que l’État français les arme, entraine leurs forces de répression, signe avec eux des contrats juteux. La coopération pour exploiter le prolétariat maghrébin est bien réelle entre les bourgeoisies sans avoir besoin de tels hommages. Mais voilà, dans les hautes sphères françaises, on trouverait ça bien que le prolétariat soit un peu plus volontaire pour se faire plumer, y mette un peu plus du sien. Alors pour cela, « nous devons tendre la main aux crouilles vers l’Algérie, le Maroc et la Tunisie« . Et eux, qu’est-ce qu’on leur demande (parce que oui, il faut le dire, il n’est jamais question des indigènes pendant les guerres de décolonisation, mais quand il s’agit de réclamer leur coopération, ils existent à nouveau d’un coup) ? Oh, trois fois rien, juste de « surmonter ses conflits pour redevenir le creuset d’une coopération indispensable« . En clair, l’état français, magnanime tend la main mais eux, il faudrait qu’ils oublient un peu leur rancœur d’avoir été colonisés et massacrés, afin que cette région redevienne le creuset d’une coopération indispensable – celle qui était à l’œuvre pendant la colonisation ? – afin que nos multinationales puissent continuer à les exploiter tranquillement.

Ce travail idéologique que constitue cet hommage pour le gouvernement français n’est que l’autre versant du travail militaire en Libye, en Syrie, en Centrafrique, au Mali, au Congo…, du soutien à la politique coloniale Israélienne, pièce majeure sur l’échiquier de l’ impérialisme occidental… Le capitalisme occidental a besoin de population sous sa coupe à surexploiter pour maintenir son taux de profit, de zones de débouchés pour réaliser la plus-value, de terrains géants de travaux d’aménagement et d’infrastructures en tout genre, de réserves immenses de capital à détruire à peu de frais politiques internes pour réduire la surproduction, de prétexte pour fabriquer du matériel militaire et paramilitaire en quantités monstrueuses … On n’en finira ni de ces abjections racistes post coloniales ni de l’impérialisme sans abattre le capitalisme, le seul antifascisme est anticapitaliste !

Les préfets, représentants décentralisés de l’état avaient donc pour tâche de transmettre ce message gerbant à tous les maires de France. Le courrier d’un des préfets que nous nous sommes procuré, stipule que « les maires disposent de la faculté d’organiser dans leur commune une cérémonie commémorative« , la cérémonie est donc encouragée mais non obligatoire. Par contre, ce qui est obligatoire, c’est que « les bâtiments publics devront être pavoisés au couleurs nationales ». Et le préfet de conclure, sans rire, « vous veillerez à ce que l’état des drapeaux utilisés soit toujours conforme au respect du à l’emblème national« .

Nous souillons vos drapeaux, à bas le colonialisme, à bas l’impérialisme, à bas leur république des oppressions, vive la solidarité internationale des travailleurs !