Archives mensuelles : avril 2014

Déchéance de nationalité : pétition identitaire FAIL

Le 21 avril, Fabrice Robert, Président du Bloc identitaire, affirmait sur son compte twitter que la position du Bloc Identitaire sur la déchéance de nationalité pour les djihadistes était reprise par Jacques Bompard et Florian Philippot (notez ces guillemets à « français » pour bien montrer que si ça ne tenait qu’à lui, on ne pourrait pas être musulman et français).

Ah qu'il est fier le Fabrice Robert !

Ah qu’il est fier le Fabrice Robert !

On peut se dire que la fierté de Fabrice Robert se nourrit de peu. En effet, les personnes par lesquelles il s’enorgueillit de voir reprises ses positions sont suffisamment proches de lui sur l’échiquier politique pour que ça ne constitue pas une surprise. Ainsi, Jacques Bompard est le président de la ligue du sud, organisation qui n’est pas sans liens avec la mouvance identitaire en général et le bloc identitaire en particulier. La ligue du sud est née suite à la liste du même nom présentée aux élections régionales de 2010 à laquelle participait entre autre … le bloc identitaire. La ligue du sud ne cache pas ses idées identitaires, ainsi la devise figurant sous le nom de l’organisation, notamment sur leur site internet est « identité, sécurité, efficacité » (tout un programme !), de même, ils reprennent nombre de thèmes identitaires ; la présentation de leur projet (également trouvable sur leur site) mentionne la lutte contre la mondialisation qui « détruit les identités » et fait à deux reprises appel à la notion d’enracinement (qui figure d’ailleurs sur le bandeau d’accueil du site où est juste écrit « l’enracinement local ». Les méthodes prônées classent également clairement la ligue du sud dans la mouvance identitaire  (prédominance du local, notamment de la culture et de l’économie locales, petits couplets sur les AMAP, le bio…). Les liens avec le bloc identitaire lui-même sont moins assumés mais non moins réels. Ainsi, quand Matthieu Clique, ancien chef des jeunes identitaires toulousains est recherché par les flics, c’est à Bollène qu’on le retrouvera planqué, ville où on lui avait fourni un stage (non rémunéré, la solidarité a des limites). Or qui est maire de Bollène ? Marie-Claude Bompard, épouse de Jacques, mais surtout militante de la ligue du sud depuis le début. Et puisqu’on parle de la charmante bourgade de Bollène, qui en était alors l’adjoint aux finances ? André-Yves Beck. Or, si ça n’a jamais été officiel, le nationaliste-révolutionnaire André-Yves Beck, qui affirme d’ailleurs en interview que le terme « identitaire » lui convient, est un des membres occultes du bloc depuis ses débuts, il participa à la toute première réunion fondatrice des Jeunes identitaires en 2002.

De prime abord, Florian Philippot peut paraitre plus éloigné politiquement (et donc son « ralliement » passer pour une plus grande « victoire ». En effet, le vice-président du FN et porte-parole du Rassemblement Bleu Marine est un mariniste convaincu, plus que ça, il serait l’un des principaux initiateurs et acteurs de la soi-disant dédiabolisation du Front National, dédiabolisation qui passe officiellement par une prise de distance avec les groupuscules fascisants dont le Bloc-Identitaire avec lequel il ne devait y avoir ni alliance ni double appartenance. Pourtant, la réalité est toute autre et à l’inverse, c’est bien souvent le RBM de Philippot qui sert au FN à recycler les identitaires. On peut ainsi prendre l’exemple de Louis Noguès, le candidat RBM aux municipales au Mans. Certes, ledit Louis Noguès n’était plus membre du Bloc Identitaire lors de sa candidature, ce qui lui a permis de bénéficier du soutien de Marine Le Pen, cependant cette « rupture » était fraîche puisqu’il n’avait simplement « pas renouvelé son adhésion cette année » et surtout elle n’a jamais été politiquement justifiée par une quelconque rupture idéologique, sa non réadhésion ressemble donc surtout à un détachement purement organisationnel et donc opportuniste pour le Bloc comme pour le FN.

Louis Noguès candidat identitaire, euh Rassemblement Bleu Marine, tenant un drapeau du Bloc Identitaire

Louis Noguès candidat identitaire, euh Rassemblement Bleu Marine, tenant un drapeau du Bloc Identitaire

Lors des mêmes élections municipales, la 13ème place sur la liste Bleu Marine à Rennes était, comme l’a noté le Collectif Antifasciste Rennais occupée par Christophe Daniou, figure locale de Génération identitaire (la branche jeune du bloc).

On parlait tout à l’heure de André-Yves Beck, or l’accession au poste de maire de Béziers par Robert Ménard est une parfaite illustration de l’ouverture vers les identitaires que représente le RBM. Ménard a été élu maire de Béziers sous l’étiquette RBM, or sur qui s’est-il appuyé quand il lui a fallu constituer une équipe municipale ? Sur des identitaires ! Dans la suite logique du rôle qu’il a tenu pendant la campagne, il a fait de Beck son directeur de cabinet et de Christophe Pacotte son chef de cabinet. Nous avons déjà parlé des liens de Beck avec le Bloc Identitaire, pour Christophe Pacotte, les choses sont encore plus claires puisqu’il a tout simplement débauché un membre du « bureau directeur du Mouvement Identitaire ».

Organigramme sur le site du Bloc Identitaire (capture d'écran du 23/04/14)

Organigramme sur le site du Bloc Identitaire (capture d’écran du 23/04/14)

S’il ne fallait prendre qu’un exemple, c’est sur les terres d’implantation de Philippot lui-même qu’on le trouverait. Le FN y a en effet recruté Arnaud Naudin comme assistant du groupe FN au conseil général de Lorraine. Or Arnaud Naudin n’est autre que le rédacteur en chef de Novopress, la pseudo agence de presse du Bloc, plus habituées aux Hoax qu’aux scoops, fondée par Fabrice Robert himself.

Enfin, partant du tweet de Fabrice Robert, il n’y a pas loin à aller pour montrer que la connexion entre marinisme et identitaires se fait surtout par leur base de sympathisants en partie commune.

Profil d'un twitto qui a retweeté (diffusé) le tweet de Fabrice Robert.

Profil d’un twitto qui a retweeté (diffusé) le tweet de Fabrice Robert.

Bref, on voit que la reprise de ses idées qui réjouit tant Fabrice Robert n’est pas très surprenante tant elle vient de personnes proches de lui politiquement. Mais en réalité, ce qui lui fait tant plaisir, c’est l’importance des gens en question. En effet, si les identitaires aiment parfois se présenter comme anti-système, ils courent surtout derrière deux lièvres : le buzz médiatique et le rôle qui leur est souvent attribué d’incubateurs d’idées irriguant le champs politique classique. Pour ces deux buts, il est ainsi avantageux d’être repris par des personnes jouissant de plus de notoriété que les membres du bloc, somme toute marginaux dans le jeu politique. Ainsi, Bompard, maire d’Orange ayant été conseiller général pendant 10 ans, président d’une organisation certes petite mais comptant plusieurs élus et sur tout le médiatique Philippot, Vice-Président du FN, porte-parole du RBM, ayant atteint le 2nd tour aux municipales à Forbach et donné en tête des prochaines européennes dans sa circonscription est par certains sondages, sont pour Robert des atouts notables.

Dans la soirée du 21 avril, Franck Guiot, membre de l’UNI et de l’UMP (droite populaire) ne cachant pas ses penchants identitaires, assure Fabrice Robert d’un autre soutien.

Mais qui donc est ce @AlMarsaud qui va sur le plateau de la télévision publique faire de la retape pour ses idées qui se trouvent être les mêmes que celles du Bloc Identitaire ? Il s’agit, comme il se présente lui-même, d’ « Alain Marsaud Député UMP de la 10ème circo des Français de l’étranger (Afrique et Moyen-Orient) – Magistrat honoraire, ancien chef du service central de lutte antiterroriste ». On aurait pu faire un peu semblant d’être surpris voir offusqué de cette promiscuité idéologique entre un député UMP et les identitaires mais cette réaction paraitrait anachronique tant tout le monde a eu le temps de se faire à cette idée.

Si on trouve un peu pathétique la manie pathologique de Fabrice Robert de se présenter comme l’éminence grise du monde politique, on doit au moins lui reconnaître une chose : le bloc identitaire a bien été le fer de lance de la campagne pour la déchéance de la nationalité française des « djihadistes » partis en Syrie ou ailleurs.

Campagne du Bloc Identitaire pour la déchéance de nationalité française des djihadistes et leur interdiction du territoire français.

Campagne du Bloc Identitaire pour la déchéance de nationalité française des djihadistes et leur interdiction du territoire français.

Cette campagne s’appuie notamment sur une pétition (vous savez, ce truc trop rebelle, trop radical et trop subversif ?) en ligne que les identitaires relaient tant qu’ils peuvent sur le net (pour n’atteindre à ce jour que 1500 signatures). Notre curiosité ainsi aiguisée, nous sommes évidemment allé voir de quoi il retourne, pour pouvoir partager on vous la met ci-dessous :

pétition du bloc identitaire

pétition du bloc identitaire

Tout d’abord, nous retrouvons ici le sens particulier de la précision chez les identitaires. Car si la première ligne de la pétition annonce que « les informations se font de plus en plus précises concernant l’importance de la présence de djihadistes venus de France en Syrie » cette affirmation est infirmée dès la phrase suivante. On retrouve d’abord le chiffre de 700 « évoqué » par le président, « évoqué » n’étant pas le terme qui respire le plus la précision, mais c’est dans la deuxième partie de la phrase que ça se corse. On en arrive maintenant aux chiffres de « certains spécialistes« , lesquels ? la précision ne va pas jusqu’à mentionner ses sources. Ces mystérieux spécialistes « estiment » (là encore quand on estime quelque chose, c’est justement qu’on ne peut pas le dire avec précision) « qu’il s’agirait » (notons ici la prudence du conditionnel qui comme chacun le sait exprime des informations précises) « peut-être de 1 000 » (peut-être, vous connaissez ce mot pratique pour signifier ce qui n’est pas sûr, ce qu’on ne sait pas).

Et parmi ces deux sources, devinez laquelle nos amis les identitaires choisissent ? Et oui, bien évidemment, celle de certains spécialistes qui « estiment qu’il s’agirait peut-être« , en effet, juste en-dessous, la pétition reprend ce chiffre de 1000. Notons que ce n’est pas ce chiffre en lui-même que nous contestons. Les services antiterroristes affirment avoir identifié 700 personnes parties en Syrie faire le djihad et estiment donc qu’avec les non-identifiés, on en serait autour de 1000. Cela signifie peut-être 900, peut-être 1100… après tout, ça ne change pas grand chose au fond du problème et le chiffre de 1000 n’est ni plus ni moins crédible qu’un autre. Le problème porte sur la méthode. On commence par annoncer que les informations deviennent précises pour mettre en tête du lecteur que les faits exposés après sont précis, fiables, presque scientifiques. Mais par la suite, tout indique l’estimation imprécise et le flou, il s’agit bien d’un mensonge visant à crédibiliser le texte. De plus quand il s’agit de choisir un chiffre, on prend celui d’une source non précisée, et le chiffre le moins précis possible.

Puisqu’on parle de sources, la principale source des identitaires pour décrire la situation qu’ils dénoncent, ce ne sont pas des experts en géopolitique, ni des boss du renseignement ou de la lutte antiterroriste. Non la source qui occupe plus de la moitié de la description de la situation dénoncée dans cette pétition, c’est un (un seul et unique) reportage grand public de la chaine d’information en continu BFM TV. On peut faire mieux en terme de sérieux, mais ça arrange bien les identitaires comme source. Rappelons pour commencer que cette chaîne est habituée à servir la soupe à l’extrême-droite. Mais là où on peut mesurer le gouffre entre une argumentation sérieuse et la verve identitaire, c’est quand on voit sur quoi précisément s’appuie leur description. Après tout, au sein d’un reportage grand public, il pourrait (c’est un pur cas d’école évidemment) y avoir du fond, des chiffres, des analyses argumentées, des faits concrets exposés … Mais ce n’est sur rien de tout ça que s’appuient nos pétitionnaires fous. Ils s’appuient sur de simples images, c’est à dire qu’ils donnent une description purement impressionniste de la question des « djihadistes » français en Syrie. Ces images, dont on ne met pas en doute la véracité, sont d’ailleurs diffusées en boucle par BFN TV qui nous les rediffusent à toutes les sauces jusqu’à l’écœurement. Et c’est justement bien le but poursuivi de nous écœurer, car la chaine d’intox en continu poursuit exactement le même but que les identitaires : créer un sentiment de peur et de dégout visant les djihadistes et donc par extension immédiate tous les djihadistes potentiels, c’est à dire dans un premier temps tous les musulmans, puis par amalgames cumulés, tous les immigrés non européens. Ces images sont évidemment, et c’est leur but, très choquantes. Des têtes coupées exposées comme trophées, des cadavres tirés derrière des voitures et pour faire jouer l’effet de contraste des jeunes souriants, fiers d’eux (de ce qu’ils disent on ne saura rien à la lecture de la pétition car l’important pour les identitaires n’est pas le fond mais la forme, on ne saura donc pas ce qu’ils disent mais on sait qu’ils le disent « dans un mélange de langue arabe et de « français » des cités« , histoire de toujours bien penser à stigmatiser certaines portions de la population. Notons d’ailleurs les guillemets à « français » pour bien marquer le mépris des identitaires pour le parlé populaire, eux dont les « militants » sur le net ne sont pas capables d’aligner deux mots dans un français correct!). Mais il s’agit ici de violence symbolique. En effet dans les têtes coupées, ce qui choque ce n’est pas le fait qu’il y ait eu des morts (tout le monde sait qu’il y a des tués en Syrie, on a amplement passé les 100 000 et d’un point de vue comptables, ces quelques têtes ne pèsent rien), c’est le fait que les cadavres aient été décapités et leurs têtes exhibées avec fierté. De même avec les cadavres tractés derrière une voiture, ce qui choque, ce n’est pas qu’il y ait des cadavres, c’est d’une part qu’on nous les montre, et d’autre part qu’on les « maltraite ». Or la maltraitance de cadavres, l’exhibition de trophées macabres, sont bien du domaine de la violence symbolique. Les cadavres trainés ou décapités ne souffrent pas, ils sont le symbole d’une violence mise en scène par les combattants islamistes, dans le but de choquer, but partagé on le voit par les combattants islamistes réalisateurs des vidéos, les média qui les diffusent et les identitaires qui cherchent à tout prix à attirer l’attention dessus. Cette alliance objective n’a bien sûr rien de surprenant, on a ici le droit à un spectacle de la violence plus qu’à la violence elle même. Le propos ici n’est pas de nier l’aspect ultra réactionnaire et violent des troupes islamistes en Syrie, mais de démontrer que ce n’est pas la réalité de cette violence et de cette réaction qui intéresse les identitaires mais juste l’impression, le sentiment, qu’il est possible de provoquer à partir de cette violence afin de pouvoir instrumentaliser à des fins racistes ces sentiments. Si les identitaires voulaient parler de la réalité, ils donneraient des faits et des chiffres (nombre de tués, nombre de meurtres de civiles, synthèse des actes de tortures…). Car les actes hautement répréhensibles de la part des combattants islamistes existent (ils seraient pour autant obligés d’admettre que c’est à une échelle moindre que les exactions de leurs amis du régime en place, ce qui n’en atténue pas l’horreur mais les forcerait à sortir de leur campisme primaire). Mais leur but n’est pas là, en jouant sur le choc des images, sur la violence symbolique, c’est l’imaginaire collectif qu’ils cherchent à atteindre et non la raison. Ils cherchent à déclencher une émotion allant de l’horreur à la haine, en assimilant certaines populations à la barbarie. Les identitaires, comme la plupart des média, jouent sur un champs sensationaliste qui, s’il n’a rien de rationnel, flatte les pires penchants humains pour amener à leurs thèses.

Venons-en à l’objet lui-même de cette pétition, car une pétition, si elle est souvent un prétexte à développer un discours, sert tout de même à réclamer quelque chose. Ici, la revendication, exprimée dans le dernier paragraphe, est double : « déchéance automatique de la nationalité française » et « ‘interdiction absolue d’entrer sur le territoire national » à « toute personne engagée dans une action djihadiste sur un front étranger« . La cible des deux revendications prend ici toute son importance et on va voir qu’il y a encore une fois besoin d’un petit travail d’interprétation tant l’explicite est en-tâché d’implicite. Une action djihadiste, qu’est-ce que c’est ? Une action djihadiste, ce serait toute action visant à améliorer la société dans la voie musulmane, c’est à dire toute action renforçant l’Islam. Il peut s’agir d’une action spirituelle, d’un effort sur soi-même pour être un meilleur musulman (ce qui est considéré par les musulmans comme être meilleur pour la société), il peut aussi s’agir d’un travail de propagande, de conviction visant à convaincre, ou encore de tout acte aidant la communauté musulmane. Certes, il ne fait pas mystère que la volonté profonde des identitaires est bien de débarrasser la France de tout musulman, donc de tout djihadiste. Cependant, le fait qu’il soit fait mention des actions djihadistes sur « un front » indique clairement que par « action djihadiste« , les identitaires n’entendent parler que des actions armées, inculture ou lapsus, là n’est pas l’important. Sur cette utilisation abusive du terme djihadiste, il faut par ailleurs reconnaître qu’elle est généralisée puisque normalement le djihad répond à un certain nombre de règles excluant notamment le mauvais traitement des prisonniers, le pillage, le fait de s’en prendre aux femmes, enfants et infirmes … et la mutilation des corps ! De fait, la plupart de ceux qu’on appelle généralement djihadistes n’en sont pas et en particulier ceux du reportage de BFM qui ne respectent pas ces règles !

Petite anecdote marrante, les identitaires trouvent opportun de préciser dans leur pétition que leurs revendications ne concernent que toute personne « engagée dans une action djihadiste sur un front étranger« . Les personnes menant de telles actions sur le sol français auraient donc le droit de garder la nationalité française ? Décidément la priorité nationale connait parfois des extensions surprenantes. Fi! Avec un brin d’interprétation, on pourrait remplacer la fin de phrase par « toute personne menant une action armée au nom de l’islam sur un front étranger ». Sauf que notre travail d’interprétation ne peut s’arrêter là. En effet, puisque la première revendication est l’exigence de la déchéance de nationalité française (et on peut supposer que c’est la plus importante des deux revendications puisque c’est elle qui donne son titre à la pétition, c’est bien qu’il ne s’agit en fait pas de « toute personne » mais uniquement de celles possédant la nationalité française !

Soit, examinons la demande. Peut-on faire une loi pour démettre les djihadistes la possédant de la nationalité française ? Qui pourrait-être concerné ? Des personnes ayant la double nationalité. Sans juger du fond d’une telle mesure dégueulasse, on peut noter qu’elle est dans ce cas applicable, effectivement la personne condamnée se retrouve, déchue de sa nationalité française mais pas de son autre nationalité et exclue du territoire français en direction du territoire de son autre nationalité. Encore une fois sans juger de l’aspect éthique, c’est juridiquement et techniquement possible. Mais les combattant français ne sont pas tous bi-nationaux, ça ne concerne même qu’une minorité d’entre eux. En effet, François Molins, procureur de la république de Paris et ancien DirCab de Michelle Alliot-Marie, qu’on ne peut suspecter de vouloir nuire par principe à l’idée des identitaires puisqu’il partage leurs craintes sur le retour des combattants de Syrie en France comme il le répète dans les média, parle pourtant d’une « importante minorité qui n’est pas issue de l’immigration », ce que les identitaires appelleraient des français de souche. Et parmi les immigrés, les bi-nationaux représentent encore une minorité puisque l’INED note en 2012 que « près de la moitié des immigrés ayant acquis la nationalité française ont conservé leur nationalité d’origine », ce qui signifie bien que plus de la moitié ne l’ont pas conservé et n’ont que la nationalité française. Ainsi donc la majorité des combattants français en Syrie n’ont que la nationalité française, la leur supprimer serait donc en faire des apatrides, n’ayant aucun droit dans aucun pays. On ne fera pas appel à des notions d’humanité car on sait que les identitaires réservent ce qui leur en tient lieu aux bons français, blancs, hétéros, CIS, chrétiens ou païens et réactionnaires. Mais d’un point de vue juridique, créer ainsi plusieurs centaines d’apatrides n’est pas sans poser problème.

Ce serait tout d’abord contraire au droit français et en particulier à l’article 23 du code civil. On peut se dire, qu’il est sous-entendu dans la revendication du bloc identitaire que la loi qu’ils réclament rendrait caduc cet article et les suivants. Sauf que cet article du code civil n’est qu’une mise en conformité avec le droit international et en particulier avec la convention de New-York du 30 aout 1961 entrée en vigueur le 13 décembre 1975. Ainsi, le Conseil Constitutionnel ne laisserait pas passer une loi allant à l’encontre de cette convention. En effet, un traité international signé par la France appartient au bloc de conventionnalité, et est donc au-dessus des Lois comme celle réclamée par les identitaires (bloc de légalité) dans la hiérarchie des normes. Il serait donc anticonstitutionnel de faire une loi allant à l’encontre de ce traité et il faudrait pour adopter une telle loi, sortir du traité ou changer la constitution, ce qui ne se situe plus à la même échelle ! Il parait déjà peu crédible que le Bloc Identitaire ait espéré obtenir une loi par sa campagne centrée sur une pétition, il serait carrément délirant de penser qu’ils soient assez mégalo pour croire pouvoir modifier le bloc conventionnel. Mais la vérité, c’est que dans le fond les identitaires seraient les premiers embêtés de faire reculer l’islamisme radical le plus réactionnaire (ce que ne ferait d’ailleurs absolument pas la Loi qu’ils réclament, bien au contraire !). En effet, cet islamisme le plus réactionnaire nourrit leur discours raciste, c’est leur fond de commerce. Les groupes islamistes radicaux appelant au djihad armé ont besoin des racistes et des islamophobes qui jettent dans leurs bras de nombreux jeunes, musulmans ou non (selon Molins, 21% des combattants français en Syrie identifiés sont des musulmans convertis), qui ressentent bien n’avoir pas leur place dans la société qu’ils côtoient. Les mass média ont besoin des deux qui font leur beurre. Quant au gouvernement, il continue de faire le jeu des uns et des autres par ses politiques d’exclusions, son racisme et son islamophobie continuelle. Dernier exemple en date, Hollande a fait sa déclaration sur son plan d’action contre les « djihadistes français » à l’Institut du Monde Arabe où il venait inaugurer une exposition sur le hajj, quoi de mieux pour nourrir l’amalgame arabes-musulmans-terroristes barbares ?

Entre réactionnaires on se nourrit mutuellement, bouffons-les tous tout cru !

Roma Day : Trolls WIN

Depuis le quatrième congrès de l’Union Romani Internationale (URI) en 1990, est instituée le 8 avril de chaque année, le Roma Day ; la journée internationale du peuple Rom (à prendre dans l’acceptation large du terme « Rom », sur la différence entre les deux sens de ce mot se reporter à Gens du voyage : un amalgame à déconstruire). La date a été choisie en mémoire du 8 avril 1970, jour où se tint à Chelsfield, le congrès de fondation de l’URI, première tentative des Roms de se doter d’un organe international de représentation sociale, politique et culturelle lors de laquelle ils se dotèrent d’un hymne et d’un drapeau.

Depuis, cette date annuelle est un jour de revendication pour la communauté Rom internationale, une occasion de dénoncer la tsiganophobie, de demander la reconnaissance du Samudaripen, de se battre pour ses droits, pour la reconnaissance de sa culture…

Il y a sûrement beaucoup à critiquer concernant l’URI et surtout la journée internationale du 8 avril qui a été en partie récupérée et dévoyée (notamment par des intégrationnistes cherchant à obtenir l’intégration des Roms dans les pays où ils vivent au prix de la négation de leur existence entant que peuple spécifique, ce qui est l’exact opposé du but initial de cette journée). Cependant cela reste une des rares occasions de mobilisation auto-organisée à l’échelle internationale pour le peuple Rom et une occasion toujours invisibilisée par les dominants de rappeler des revendications élémentaires.

Cette année, à Paris, un rassemblement était organisé à l’occasion de la solennelle déclaration de politique générale de Manuel Valls devant l’assemblée nationale. Un discours aussi important d’un des tenants de la tsiganophobie la plus dure (en parole ici, ici ou ici par exemple, en actes, voir les expulsions de camps) le 8 avril, l’occasion était trop parfaite pour laisser éclater la colère des Roms.

Les militants Roms présents ont choisi l’humour comme moyen d’expression mais un humour dont l’acidité mordante montre bien la colère face à la tsiganophobie permanente, jugez sur pièce :

Rassemblement parisien à l'occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l’occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l'occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l’occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l'occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l’occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l'occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

Rassemblement parisien à l’occasion du Roma Day du 8 avril 2014.

La classe aryenne FAIL

On nous accuse souvent de ne pas être suffisamment politique. Tourner en ridicule les fachos ne serait pas faire de la politique mais se faire plaisir (mais ça on le revendique !), les plus naïfs nous disent même qu’on est pas fair-play ! Et ça, ça nous vexe, parce que nous on est comme les fafs, on a le sens de l’honneur … ou pas. En tout cas, on prend les remarques en compte et cette fois-ci, pas question d’humilier les fachos en les tournant en ridicule, après tout, ils savent très bien le faire tout seuls. C’est ce que nous montre bien le journaliste ukrainien Oleg Leusenko en compilant quelques photos des fiers nationalistes et néonazis russes.

On vous en livre une ou deux ici pour vous allécher, le reste vous irez le voir sur son livejournal (attention NSFW).

néonazis russesnéonazis russesnéonazis russes

Colère réactionnaire FAIL, antifascisme révolutionnaire WIN

En janvier, ils étaient environ 16 à 20 000 à défiler dans les rues de Paris au son de slogans antisémites et racistes, agressant les journalistes… Forts de cette réussite, les fachos de jour de colère avaient annoncé « une deuxième saison » pour ce week-end du 5 et 6 avril. Le but était cette fois-ci de décentraliser la mobilisation en organisant des manifestations dans 8 villes de province (ils entendent par là les autres régions que l’Île-de-France) afin de pouvoir mobiliser plus de monde. Le résultat est sans appel, la tôle des fachos ce week-end est comparable à celle des socialos le weekend précédent, c’est pour dire. En effet, sur neuf initiatives, ils n’ont pas rassemblé 1000 personnes. L’organisation regroupait pourtant tout ce que la France peut compter de fachos, dans toute leur diversité. On y retrouvait des ultra libéraux se revendiquant des mouvements « pigeons » ou « bonnets rouges », des antisémites à la mode Pétain de jeune nation (resucée des Jeunesses Nationalistes soit-disant dissoutes), des antisémites plus modernes (et parfois même issus de l’immigration, quelle horreur aux yeux des précédents), soutien de Dieudonné, des électoraliste du FN et des boneheads du MAS, des royalistes, des cathos intégristes, des identitaires… Sur l’ensemble des villes, l’échec est cuisant, sans exception. L’autre constante, c’est le mal que s’est encore et toujours donné la police pour protéger les nazillons. Petit tour de France des Fail des fachos de ce weeekend.

Jour de colère à Tours ?

La manifestation antifasciste à Tours, le 6 avril

La manifestation antifasciste à Tours, le 6 avril

Comment ça un cortège antifasciste ? Et pas la moindre photo de fachos tourangeaux pour illuster cet article ? Pas même Pierre Louis Mériguet s’adonnant au lancé de chaise, son sport préféré ? Il n’y a pas de photo du Jour de colère saison 2 à Tours, tout simplement parce que la manifestation initialement prévue n’a pas eu lieu. Quelques jours avant la manifestation, Jour de Colère 37 a finalement annoncé qu’ils annulaient leur manifestation et appelaient à rejoindre celle de Nantes. Les raisons données ? Les craintes liées à un appel à contre-manifester et à leur incapacité à assurer leur propre sécurité. Un premier Fail pour les fachos donc, mais aussi et avant tout contre tou-te-s celles et ceux qui disent régulièrement que la mobilisation antifasciste ne sert à rien, que les manifs et contre-manifs, c’est inutile.

Les antifascistes tourangeaux auraient pu se contenter de cette première victoire et rester au chaud chez eux. Mais ils ont choisi de maintenir la mobilisation prévue et ont occupé la ville en l’absence des fachos partis gouter l’air nantais. Un cortège de 150 antifascistes a mené une manifestation dynamique, émaillée de violences policières qui ont causé deux blessés. Voir le compte-rendu du Collectif Antifasciste Tourangeau.

Jour de colère à Bordeaux

Bordelais, craignez leur colère !

Bordelais, craignez leur colère !

Ok, on va être honnête, nos deux valeureux militants en colère (et féminine mais pas féministe) ont reçu le renfort de quelques congénères, ce qui leur a permis de défiler dans les rues … à au moins 40 !

Jour de colère à Caen

Jour de colère 2, à Caen

Jour de colère 2, à Caen

Cette fois, pas de blague. On vous promet que cette photo montre bien l’ensemble des fachos mobilisés pour le jour de colère à Caen. Si on excepte les passants dans le fond et les fonctionnaires de police (ce qui est certes très discutable, mais comme ils sont payés pour y être, ça ne compte pas), le décompte précis n’atteint pas 20 manifestants ! Nous ne nous étendrons pas sur l’unique slogan inscrit sur leur banderole.

Jour de colère à Dijon

« Sans fachos, la fête est plus folle »

Le défilé facho dijonnais parait vivant à côté du tableau caennais. Il y avait dans l’est de nombreuses banderoles et drapeaux, presque autant que de manifestants. La seule banderole siglée était celle du Parti de la France, derrière laquelle défilait un manifestant portant d’ailleurs fièrement le T-Shirt de génération identitaires, probablement la version faf du métissage. Parmi les drapeaux, outre ceux de la manif pour tous, on dénombrait aussi des drapeaux français, un drapeau floqué du cœur vendéen et un drapeau breton, sûrement l’internationalisme à la mode fachos. Les slogans étaient aussi hétéroclites, des slogans antisémites (visant entre autres Rebsamen, le maire de Dijon), des slogans racistes (visant Valaud-Belkacem, Désir et surtout Taubira), des slogans homophobes, d’autre contre les francs-maçons… Pour un peu, les fachos auraient presque pu s’estimer satisfaits. Sauf qu’en fait, ils étaient à peine 50. Sauf qu’en face, les festivités antifascistes ont réuni plus de 500 personnes place Wilson. Sauf que nos glorieux combattants en colère n’ont pu défiler que grâce à la très forte présence policière qui a maintenu à distance la contre manifestation antifasciste qui se serait fait un plaisir de les dégager de là !

Les CRS ont parfois payé de leur personne pour protéger les fachos

Les CRS ont parfois payé de leur personne pour protéger les fachos

Jour de colère à Lille

A Lille, la mobilisation était organisée par un militant frontiste. Civitas, les identitaires et surtout un « gros » cortège d’une vingtaine de militants du Mouvement d’Action Sociale (MAS) étaient visibles. En tout une centaine de personnes, plutôt déçues de ne pas être plus.

Jour de colère à Lyon

Alexandre Gabriac est-il caché derrière ce drap ?

Alexandre Gabriac est-il caché derrière ce drap ?

Lyon se veut un peu ces derniers temps la capitale de l’extrême-droite radicale. Accordons-le leur, au jeu de « qui a la plus grosse », les lyonnais ont battu leurs camarades des autres villes (normal pour la capitale des gaules). En même temps, c’est surtout inquiétant pour les autres villes. Car, loin des milliers de manifestants espérés, le GUD, les identitaires, Jeune Nation etc… n’étaient pas plus de 300, tout compris !

Jour de colère à Montpellier

A Montpellier, ce n'est clairement pas l'extrême-droite qui tenait la rue !

A Montpellier, ce n’est clairement pas l’extrême-droite qui tenait la rue !

Montpeul, c’est le pays de la ligue du midi, et donc le bastion du Réseau Identité. C’est aussi à quelques kilomètres de Béziers qui a connu récemment la victoire électorale de Robert Ménard sous les couleurs bleues marine. Le Front National ainsi que la famille Roudier et ses troupes identitaires étaient bien présents, et ont ainsi pu partager la débâcle d’une centaine de fachos dans une ville où défilaient plus d’un millier d’antifascistes !

Jour de colère à Nantes

Nantes a donc reçu le renfort des fachos tourangeaux. La capitale bretonne accueillait donc toute l’extrême-droite de Bretagne, des Pays-de-la-Loire, du Centre… Malgré cela, ils n’étaient pas 150 à brailler leurs obscénités. Les hommens se sont donc caillé les miches pour pas grand chose et les nationalistes pas très fixés (la banderole de tête proclamait « français en colère » mais n’était suivie que de drapeaux bretons) ont tout le temps de réfléchir à leurs paradoxes. Pendant ce temps, la police a su faire régner l’ordre (demain l’ordre nouveau ?) en interpelant « préventivement » une quinzaine de militants antifascistes pour éviter que ne soit perturbée la marche fascisante.

Jour de colère à Paris

Si on était sympa, on ne parlerait pas de Paris. Il faut dire que cette saison deux (et mon petit doigt me dit que ça devrait être la dernière) était consacrée à la province. Pourtant, des appels à se rassembler devant l’hôtel de ville et les mairies d’arrondissement (pour y jeter du PQ, waouh…) existaient. Rien devant les mairies d’arrondissement, une quinzaine de supporters de Dieudonné venus prendre la pose avec leur ananas et en faisant des quenelles, le ridicule ne tue pas… on confirme !

Jour de colère à Toulouse

Mais si, regardez bien, il y a une manif derrière le SO, loin dans le fond !

Mais si, regardez bien, il y a une manif derrière le SO, loin dans le fond !

20 fachos cagoulés à faire le service d’ordre autour d’un capitole vide. Au fond, même pas autant de fachos rassemblés derrière leurs banderoles illisibles du public. Le voilà l’immense jour de colère toulousain, celui qui devait servir aux masses populaires à s’élever contre la dictature socialiste.

En face, un cortège antifasciste coloré et animé a réuni 250 toulousains et toulousaines. Ils ont pu affirmer l’espoir révolutionnaire face au « parti du désespoir contre-révolutionnaire » qu’incarne le fascisme de jour de colère. Mais que les lecteurs fachos (et ils sont nombreux, je les vois) se rassurent pour leurs amis toulousains : cette fois, les flics sont intervenus suffisamment tôt et avec suffisamment d’ampleur pour leur éviter la moindre confrontation, puis les ont généreusement exfiltré, comme au bon vieux temps. La répression policière se solde par 9 interpellations, 5 gardes-à-vue et 2 blessés chez les antifascistes, à suivre pour la répression judiciaire. Compte-rendu détaillé sur le blog de l’UAT.

Le cortège antifasciste à Toulouse

Le cortège antifasciste à Toulouse

En guise de conclusion provisoire :

1. Contrairement aux fantasmes dystopiques de certains, les fachos ne sont pas emportés par une spirale de réussite croissante sans limite. La période leur réussit et ils savent se servir des possibilités qui leurs sont offertes, pour autant, ils sont loin de devenir hégémoniques, sont eux aussi confrontés à leur manque de perspectives claires, à leur dissensions, leurs difficultés stratégiques…

2. Là où les antifascistes ont réellement organisé la mobilisation, elle fut réussie, nettement plus que celle des fachos. En soit, c’est déjà une victoire, pas uniquement symbolique, qui va leur faire perdre un peu d’assurance et donc d’initiative. En plus, comme on le voit à Tours, la mobilisation antifasciste n’est pas inutile, il y a moyen par notre entêtement à renvoyer les fachos chez eux. Nous devons à tout prix occuper le terrain, être à l’offensive sur tous les fronts, être porteurs de valeurs et de projets. Leurs avancées sont faites de nos reculs, heureusement nos avancées font aussi leurs reculs.

3. On le répète sans cesse, mais les flics ne sont et ne seront jamais de notre côté. Le fait qu’ils aient gazés trois fachos homophobes au moment des manifs pour tous n’en fait pas des alliés. Sur le chemin de notre combat antifasciste se dressera toujours l’État et son bras armé. Nous devons le savoir et préparer notre combat contre les fachos et contre l’État et ses serviteurs. Serviteurs qui ne peuvent donc pas être nos alliés, on ne peut à la fois militer dans des collectifs avec les organisations au pouvoir, combattre leur politique raciste et leur flicaille.

22 mars : tour du monde antifasciste WIN

Bim, un article de CR de la journée internationale de lutte antifasciste du 22 mars … plus de 15 jours après ! Désolé, on sait que les internet vous ont habitué à l’information immédiate, mais ici, ce n’est pas BFN-TV. On travaille à son rythme et on livre ce qu’on veut quand on le peut. Alors, si il y a des infos que vous aviez déjà, sautez 3 lignes, on vous a quand même trouvé quelques infos et photos sympas, et puis l’avantage d’un compte-rendu, c’est que ce n’est jamais dépassé. Deux ou trois semaines après, ça n’a pas changé et il y a toujours nécessité à essayer d’en tirer des conclusions et analyses.

Le 22 mars 2014, une journée internationale de lutte antifasciste était appelée par les militants grecs de Keerfa (voir leur appel). L’idée d’une journée où les antifascistes passent de l’internationalisme symbolique à sa transposition en acte en montrant qu’au delà des frontières les antifascistes sont unis dans un même combat contre de mêmes ennemis était plus qu’intéressante. De plus, la situation spécifique grecque (Aube dorée, puissance des mobilisations sur place…) donnait aux antifascistes de ce pays une sorte de légitimité les rendant plus aptes à voir leur mot d’ordre repris à l’échelle mondiale.

Pour autant, la difficulté à réussir ce genre d’appel réside dans les agendas et donc les rythmes de mobilisations qui sont différents d’un pays à l’autre et même, au sein des pays, d’une ville à l’autre. Il suffit pour s’en convaincre de faire le tour des principales mobilisations antifascistes qui ont eu lieu dans la semaine précédent le 22 pour s’en convaincre.

Par exemple, à Tokyo, le 16/12, le mouvement d’extrême-droite nationaliste et raciste (particulièrement envers les coréens) Zaitokukai organisait une parade et les antifascistes japonais ont décidé de les contrer en organisant un « mur humain antifasciste » inspiré de ce qui se fait tous les ans à Dresde. A une échelle évidemment moindre qu’en Allemagne, la mobilisation antifasciste fut une victoire puisqu’ils étaient trois fois plus nombreux que les fachos.

Manifestation antifasciste à Tokyo le 16/3

Manifestation antifasciste à Tokyo le 16/3

Manifestation antifasciste à Tokyo le 16/3

A Londres, United British Patriot espérait asseoir sa position de nouvelle première organisation faf britannique (profitant des multiples scissions de l’EDL) en organisant une « marche sur le parlement » sous le nom d’ English Volounteer Force (EVF). Réunissant à peine 100 personnes, les fachos ne doivent leur relative intégrité physique qu’à la protection policière qui a préféré s’en prendre aux 150 antifascistes présents qu’aux fachos qui voulaient soit-disant marcher sur le parlement. On dénombre 13 arrestation chez les antifascistes, mais on ne fera pas même semblant d’être surpris (compte-rendu plus complet ici).

Contre-manifestation antifa à Londres le 15/03

Contre-manifestation antifa à Londres le 15/03

Flicaille dépêche toi, les fachos ont besoin de toi

Flicaille dépêche toi, les fachos ont besoin de toi

Dans la série mort aux vaches (ou plutôt de la paradoxale mais néanmoins structurelle collusion des clowns fascistes et de la police républicaine, soi-disant ennemis), on peut glisser deux mots sur le bar franquiste Casa Pepe à Santa Elena, en Andalousie, qui n’a compté pour rester entier que sur un impressionnant dispositif policier lors du passage de la Columna Andaloucia (nom d’une des marches qui a convergé vers Madrid où 2 Millions de personnes ont manifesté contre l’austérité et le capitalisme le 22/03. Ce nom est un hommage à la milice anarchiste du même nom pendant la guerre civile de 36-37).

Le bar franquiste Casa Pepe lourdement protégé par la garde civile

Le bar franquiste Casa Pepe lourdement protégé par la garde civile

Aux états-unis, les nazis appelaient sur internet à une grande marche suprématiste le 15 mars, décentralisée dans chaque État et intitulée « White Man March » à laquelle ils prétendaient même donner une importance mondiale dans la lutte contre le métissage qui menacerait la race blanche.

La première leçon qu’on peut en tirer, c’est que leur mobilisation a été microscopique. Six connards à un carrefour à Birmingham,  en Alabama, deux pour tenir une banderole le temps d’une photo à diffuser sur internet dans le Kentucky et à Branson dans le Missouri …

L'immense manifestation suprématiste de Branson, Missouri

L’immense manifestation suprématiste de Branson, Missouri

La deuxième leçon, c’est que par contre dans plusieurs États, les antifascistes se sont très bien mobilisés et ont humilié les néonazis. En Arizona, les nazis devaient manifester à Tempe, dans la banlieue de Phoenix. Deux cortèges antifascistes, l’un de type black bloc, l’autre plus familial, ont massivement convergé vers le lieu prévu par les nazis qui ont du annuler.

Manifestation antifasciste à Tempe, Arizona

Manifestation antifasciste à Tempe, Arizona

Scénario similaire dans l’Oregon

Dans l’Illinois, les antifascistes attendaient les nazis qui avaient RDV à 16h à Centralia. A l’heure dite, un seul nationaliste s’est pointé et a du repartir comme il a pu sous les coups de poings et les gaz lacrymogènes. Brandon Lashbrook, l’organisateur, affirme pour sa part être venu et avoir défilé … à 18h et seul avec sa copine (résumé ici) !

A Istanbul, l’heure était à la rage mais pas à la fête pour les antifascistes qui participaient le 15 mars aux funérailles de Berkin Elvan, jeune antifasciste de 15 ans assassiné par les flics. 2 Millions de personnes ont célébré ses obsèques la rage au ventre. Loin de faire profil bas, la flicaille turque a été fidèle à elle même, arrêtant 417 personnes, en blessant 52.

2 Millions de manifestants aux obsèques de Berkin Elvan

2 Millions de manifestants aux obsèques de Berkin Elvan

En Suède aussi, l’ambiance était à la tristesse autant qu’à la combattivité. Suite à l’agression par des néo-nazis de plusieurs militants féministes, antifascistes et socialistes le 8 mars à Malmö plusieurs d’entre eux ont été gravement blessés à l’arme blanche. Parmi eux, Showan Shattak ultra supporter de Malmö FF, particulièrement engagé dans la lutte antifasciste et contre l’homophobie dans les stades, a été poignardé et est toujours plongé dans le coma. Dimanche 16 mars, ce ne sont pas moins de 10.000 personnes qui ont manifesté leur solidarité et leur haine antifasciste à Malmö.

Des manifestations ont également eu lieu au Danemark, à Hambourg et dans différentes villes suédoises comme Göteborg, Luleå ou Umeå…

Le 16 mars, 2000 manifestants antifascistes à Goteborg, #KampäShowan

Le 16 mars, 2000 manifestants antifascistes à Goteborg, #KampäShowan

En France la principale cause de manifestation cette semaine là peut paraître plus futile, mais il était nécessaire de ne pas laisser le Front National faire sa campagne tranquillement sans riposter. De plus, comme à Lille où les antifascistes ont relayé le mot d’ordre Kampä Showan, ces manifestations contre le FN étaient aussi l’occasion de mener d’autres campagnes.

Manifestation antifasciste lors de la venue de Marine Le Pen à Lille le 20/03/2014

Manifestation antifasciste lors de la venue de Marine Le Pen à Lille le 20/03/2014

Bref, on ne va pas passer des plombes à lister toutes les mobilisations qui ont eu lieu de par le monde cette semaine là, ces quelques exemples suffiront à montrer qu’elles ont été nombreuses et chacun comprendra bien l’inconvénient ; les forces mises dans la préparation de ces mobilisations éparses n’étaient pas mises dans la construction de la journée internationale du 22 mars. Pourtant, malgré cet éparpillement, la date du 22 mars a été prise en charge rigoureusement dans de nombreuses villes du monde entier.

Affiches d'appel à quelques unes des manifestations pour le 22 mars

Affiches d’appel à quelques unes des manifestations pour le 22 mars

Vous trouverez ci-dessous quelques chiffres et photos des différentes manifs dans le monde, triées par pays, dans l’ordre alphabétique. Il n’y a pas de quoi crier victoire, la mobilisation, très inégale, était globalement très insuffisante. Les initiatives prises le même jour n’étaient pour autant pas réellement coordonnées ni coorganisées d’un pays à l’autre. Mais la proximité des thèmes abordés, la nécessité partout affichée de devoir s’en prendre à la main qui le nourrit (le capitalisme) pour un jour tuer le fascisme, les dizaines de milliers de manifestants au travers le monde… sont un signe d’encouragement à faire mieux chaque jour. Derrière le fascisme, se cache le capital, la lutte antifasciste, est internationale !

Allemagne

A Berlin, une manifestation dynamique et combattive a réuni un millier d’antifascistes sur lesquels une violente répression policière s’est abattue.

Angleterre

A Londres, environ 6000 antifascistes ont défilé jusque Trafalgar Square

A Londres, environ 6000 antifascistes ont défilé jusque Trafalgar Square

Brésil

Les antifascistes brésiliens étaient surtout mobilisé par la grande journée antifasciste du 1er avril, 50ème anniversaire du coup d’état fasciste. ça ne les a pas empêché d’organiser des manifs plus ou moins importantes le 22 à São Paulo, Rio de Janeiro, Florianopolis, Campinas, Bauru, Cuiaba, Recife, Fortaleza, Sobral, ou encore Criciuma. La plupart de ces manifestations portaient soit sur l’anniversaire du coup d’état, soit étaient des contre-manifestations face à des « marches des familles » organisées par des fachos (toute ressemblance avec des évènements survenus en France…).

Ils n’étaient que quelques dizaines à Campinas :

ou encore à Fortaleza :

Mais plus de 1500 à São Paulo :

A Rio de Janeiro, les flics ont attaqué le cortège antifa, sous l’œil ravi des fachos qui réclamaient le retour de la dictature :

(plein de photos et vidéos ici).

Catalogne

"Unité contre le sexisme et le racisme" Ils étaient 5000 à défiler à Barcelone malgré la concurrence de la manif centrale à Madrid qui a regroupé 2Millions de personnes.

Corée du sud

En Corée du sud aussi, le 22 mars a mobilisé

En Corée du sud aussi, le 22 mars a mobilisé

Danemark

A Copenhague, un millier d'antifascistes ont tenu le pavé

1000 manifestants contre le fascisme et le racisme à Glasgow
1000 manifestants contre le fascisme et le racisme à Glasgow

Euskadi

Ils étaient plusieurs centaines d'antifascistes dans les rues de Bilbao

Ils étaient plusieurs centaines d’antifascistes dans les rues de Bilbao

La manifestation devant la prison de Baiona (Bayonne)

La manifestation devant la prison de Baiona (Bayonne)

États-Unis

A Chicago (1ère photo) et à New-York (2ème photo) des antifascistes ont manifesté vers le consulat de Grèce.

Bilinguisme de rigueur pour la manif antifa de Chicago

Bilinguisme de rigueur pour la manif antifa de Chicago

 France

A Avignon aussi, les slogans antifascistes ont résonné malgré une pluie battante !

A Avignon aussi, les slogans antifascistes ont résonné malgré une pluie battante !

A Nantes, ils étaient 200 derrière cette magnifique banderole

A Nantes, ils étaient 200 derrière cette magnifique banderole

Une centaine de personne a défilé derrière la banderole du Bloc AntiFasciste de Nancy

Une centaine de personne a défilé derrière la banderole du Bloc AntiFasciste de Nancy

A Paris, l’Union Nationale des Sans-Papiers a été à l’initiative d’un appel assez large. La préparation a été prise en charge assez rigoureusement par certains groupes. Par exemple, outre les traditionnels tracts et affiches, la communication des semaines précédentes s’est appuyée sur des supports plus inhabituels : banderoles, tags …

Banderole déployée la semaine précédent la manif

Banderole déployée la semaine précédent la manif

 

A Paris, ils étaient 3000 à manifester à l'initiative de l'Union Nationale des Sans-Papiers

A Paris, ils étaient 3000 à manifester à l’initiative de l’Union Nationale des Sans-Papiers

(On trouvera un compte-rendu complet ici, ainsi qu’une vidéo et quelques photos).

La coordination sans-papier Bretagne s’est saisie de la date du 22 pour organiser un rassemblement devant le Centre de Rétention Administrative de Saint-Jaques-de-la-Lande, à côté de Rennes. 250 à 300 personnes sont venues y dénoncer toutes les expulsions et le principe même de la rétention administrative.

Manifestation contre toutes les expulsions devant le CRA de Saint-Jaques-de-la-Lande

Manifestation contre toutes les expulsions devant le CRA de Saint-Jaques-de-la-Lande

La manifestation antifa du 22 mars à Strasbourg

La manifestation antifa du 22 mars à Strasbourg

A Strasbourg, malgré les tentatives de magouilles et de division des réformistes plusieurs centaines de manifestants ont pu faire entendre la voix d’un véritable antifascisme radical (explications, photos et nombreuses vidéos ici)

A Toulouse, ils étaient environ 300 à 400.

A Toulouse, ils étaient environ 300 à 400.

Grèce

A Athènes, ils étaient plusieurs milliers de migrants et antifascistes (au moins 4000).

Ils étaient un millier à défiler dans la ville Crète de La Canée.

Manifestation antifasciste à Cork, également dans le sud de l'Irlande

Manifestation antifasciste à Cork, également dans le sud de l’Irlande

Plus de 200 manifestants contre le racisme à Dublin également.

Plus de 200 manifestants contre le racisme à Dublin aussi.

 Italie

Cortège des étudiants antifascistes lors de la manif de Naples.

Cortège des étudiants antifascistes lors de la manif de Naples.

Grosse ambiance lutte des classes à Rimini, pour les quelques centaines d'antifascistes présents

Environ 700 personnes ont défilé à Cardiff (pays de Galles) contre le racisme et le fascisme

Environ 700 personnes ont défilé à Cardiff (pays de Galles) contre le racisme et le fascisme

Toutes les manifestations ne sont pas recensées ici. Il y avait par exemple des manifestations dans plusieurs villes de Grèce, à Lyon, en Italie, à Melbourne, à Séville, en Amérique du sud … Cela dit, ces quelques reports donnent déjà une idée. Mais la mobilisation ne s’est pas cantonnée à des manifestations. Dans plein de villes se sont également tenus des débats, ateliers pratiques, repas de solidarité, projections de films, concerts, expos …. les idées n’ont pas manqué.

Au Pays Basque, Baiona (Bayonne) et Kanbo (Cambo-les-bains) se sont répartis manif, repas, débat et concerts

Au Pays Basque, Baiona (Bayonne) et Kanbo (Cambo-les-bains) se sont répartis manif, repas, débat et concerts

A Bruxelles, plusieurs organisations organisaient un débat à 18h, suivi d’un concert.

 

A Marseille, le collectif MSED a tenu toute la journée un festival au programme chargé. Le soir, l’AFA Marseille organisait un super concert.

Du Punk et du Hip Hop antifa le 22 au soir à Marseille.

Du Punk et du Hip Hop antifa le 22 au soir à Marseille.

 

Journée antifasciste chargée à Strasbourg !

Journée antifasciste chargée à Strasbourg !

https://rebellyon.info/?Mobilisation-contre-la-montee-du-fascisme