Archives mensuelles : décembre 2013

Suède : solidarité WIN

Ces derniers jours, vous avez peut-être vu passer une information sur le net comme quoi une manifestation antifasciste a été attaquée par des néo-nazis en Suède le 15 décembre. Cette information était souvent accompagnée d’une vidéo, tournée de loin au téléphone portable. Cette vidéo de basse qualité ne permettait pas de vraiment comprendre tout ce qui s’est passé, mais laisse clairement entrevoir quelques dizaines de fachos très équipés attaquant une manifestation familiale qui semble débordée par l’attaque et sauvée par l’intervention de la police, corroborant ainsi les infos parfois données. La majorité de ces informations est parfaitement vraie ; il y avait bien une manifestation antifasciste familiale ce 15 décembre 2013 dans le quartier de Karrtorp, à Stockholm, cette manifestation a bien été attaqué par une trentaine de fascistes du Mouvement de Résistance Suédois (groupe fasciste et néo-nazi suédois particulièrement violent) armés de barres de fer, de couteaux et d’engins pyrotechniques et munis de boucliers. Cette violente attaque a bien semé la peur et un début de débandade au sein de cette manifestation familiale et la police est bien intervenue, arrêtant 28 néonazis. Pourtant, le Front Révolutionnaire a posté dès le lendemain 16 décembre un article en anglais sur son Facebook, confirmant la majorité des informations communément données mais apportant pour autant une vision fondamentalement différente de ce qui s’est passé.

En effet, ils précisent, et c’est important, qu’au sein de la manifestation antifascistes, se trouvaient des militants antifascistes radicaux du RevFront (eux-même) et de l’AFA Stockholm. Ces militants se sont immédiatement organisés et ont mis en déroute les assaillants fascistes qui « ont fuit en sang, abandonnant leurs camarades derrière eux ».

Les antifascistes repoussent l'assaut des nazis du Mouvement Suédois de Résistance

Les antifascistes repoussent l’assaut des nazis du Mouvement Suédois de Résistance

Sur cette unique photo accompagnant le bref billet du RevFront, on voit bien les antifascistes serrer les rangs et repousser les nazis (sur la vidéo, on voit bien ce passage sous le pont, mais vu de tellement loin qu’on ne distingue pas qui est à l’initiative de ce mouvement et qui recule.

Au vu du titre de leur article, le site Libcom nous copie éhontément (c’est évidemment une blague). Reprenant le billet du RevFront (qu’ils citent in extenso), ils ajoutent cependant un certain nombre de détails et d’explications. Ils éclairent ainsi ce qui a d’abord pu passer pour une débandade chez les antifascistes : les vieux, les familles avec enfants et autres personnes non préparées au combat de rue ont en effet quitté la manifestation lors de l’attaque fasciste, ce qui est normal et même sain. Mais après que les antifascistes se soient organisés, rejoints par des membres de la population locale, ils ont repoussé les fachos et les ont également poursuivis dans le square voisin et dans les bois environnants.

Surtout, l’article de LibCom apporte un éclairage très important sur l’action de la police. Dans les informations mainstream qui ont le plus circulé, on n’aurait pu croire que c’étaient les flics qui ont fait échouer l’attaque des fachos et qui les ont gentiment arrêtés. Il n’en est évidemment rien. Bien qu’au courant du projet d’attaque fasciste, il n’y avait sur place que quelques flics qui se sont retrouvé totalement débordés et inutiles quand les fachos ont attaqué. Le temps qu’ils se ressaisissent, ce sont les antifascistes qui avaient repris l’offensive, leur vaine tentative de maintien de l’ordre a donc clairement placé les flics au côté des fachos contre les antiracistes. Si, une fois les renforts arrivés, ils ont procédé à l’interpellation des nazis et non des antifa, c’est la situation et les rapports de force qui le leur a imposé (les antifa étant en position de force et en nombre, le seul moyen pour eux de ramener le calme était d’embarqué les fachos) et non un positionnement antifasciste de l’État et son bras armé (blague récurrente des fachos). LibCom a publié a l’appui de ses dires plusieurs photos supplémentaires.

Les antifascistes poursuivent les fachos jusque dans les bois

Les antifascistes poursuivent les fachos jusque dans les bois

Sur la photo ci-dessus, on voit bien les antifascistes poursuivre les fachos jusque dans les bois et les quelques flics désemparés au milieu du tout.

Les fascistes après qu'ils aient été repoussés une première fois

Les fascistes après qu’ils aient été repoussés une première fois

Leurs boucliers n’auront pas empêché les fachos de prendre quelques coups au visage !

En Suède comme ailleurs, police et fascistes main dans la main.

En Suède comme ailleurs, police et fascistes main dans la main.

Sur l’image ci-dessus, on voit bien comment flics et fachos ont tout d’abord collaboré. La photo a été prise après que les antifa aient repoussé les nazis. Ces derniers sont massivement en train de s’enfuir, protégés conjointement par les flics (celui matraque levée et sa collègue à sa droite) et le SO fasciste (le type avec un bouclier à droite de l’image) qui font face aux antifa pour les bloquer, main dans la main.

Ci-dessus, deux autres photos montrant bien la collaboration cordiale entre les fachos armés qui venaient d’attaquer violemment un cortège familial avec des personnes âgées, des enfants, des poussettes… et les forces de police.

Ainsi on nous a vendu des fachos foutant une peignée aux antifa, sauvés uniquement par les flics et on s’aperçoit au contraire que les antifascistes ont su serrer les coudes et se débarrasser des nazis, malgré leur coopération avec la police. L’attaque fasciste qu’on a pu percevoir de loin comme une réussite est en fait un désastre, elle a fini avec plusieurs blessés et 28 interpelés. Pire pour eux, elle a reboosté le mouvement antifasciste suédois. En effet, suite à cette attaque, une manifestation antifasciste géante a été organisée le weekend suivant dans ce même quartier de Kärrtorp. La réussite en est indiscutable puisque ce sont 16 à 20 mille personnes qui ont défilé (pour comparaison, la manifestation du 15/12 regroupait de 2 à 500 antifascistes) !

Manifestation antifasciste à Kärrtorp, Stockholm, le 22 décembre 2013.

Manifestation antifasciste à Kärrtorp, Stockholm, le 22 décembre 2013.

Les milliers de manifestants antifascistes arrivent au stade pour le meeting

Les milliers de manifestants antifascistes arrivent au stade pour le meeting

Puisqu’on reparle du Front Révolutionnaire, nous avions ajouté à l’article les présentant un message concernant la dure répression qui les a touché et la nécessaire solidarité à faire vivre. Il semblerait que notre appel a été suivi (si on continue ce genre de blague vous allez nous prendre pour de purs mégalos !). J’ajoute donc ci-dessous quelques images d’actions de solidarité avec le RevFront.

Banderole de Solidarité avec le Front Révolutionnaire déployée par les supporters du FC Sankt Paüli, en Allemagne.

« L’antifascisme n’est pas un crime. Solidarité avec RevFront. »

Ci-dessus, la banderole de Solidarité avec le Front Révolutionnaire déployée par les supporters antifascistes du FC Sankt Paüli, en Allemagne.

Banderole de Solidarité avec le Front Révolutionnaire déployée par les supporters de Manchester United, en Angleterre.

« Nous sommes avec Rev Front »

Ci-dessus, banderole de Solidarité avec le Front Révolutionnaire déployée par les supporters de Manchester United, en Angleterre (édit : il ne s’agit en réalité pas de Manchester United mais du FC United, voir le commentaire publié, merci aux lecteurs attentifs de corriger le rédacteur qui l’est beaucoup moins).

Banderole de soutien des antifascistes lyonnais lors du salon du livre libertaire du 23 novembre.

Banderole de soutien des antifascistes lyonnais lors du salon du livre libertaire du 23 novembre.

Action de solidarité avec le RevFront de l'Action Antifasciste Paris Banlieue le 30 novembre ... évidemment réprimée par les flics.

Action de solidarité avec le RevFront de l’Action Antifasciste Paris Banlieue le 30 novembre … évidemment réprimée par les flics.

English Defence League à Exeter FAIL

Le seul avantage avec l’EDL, c’est que si on s’amuse à suivre leurs Fails, on découvre l’ensemble de l’Angleterre sans avoir besoin de payer un guide touristique. Après Brighton, Birmingham ou l’est londonien, nous découvrirons donc aujourd’hui Exeter où l’English Defence League a organisé une manifestation nationale le 16 novembre dernier.

Exeter, charmante ville de 115 000 habitants dans le comté de Devon, au nord de Plymouth, sa cathédrale, ses deux ports anciens … et son université d’études islamiques et son centre de recherches musulman qui déplaisent tant à l’EDL et qui leur a servi de prétexte à leur manifestation du 16 novembre dernier.

Sur le site de l'English Defence League, le caractère national et important de la manif du 16/11 est évident.

Sur le site de l’English Defence League, le caractère national et important de la manif du 16/11 est évident.

Comme on le voit sur cette capture d’écran, l’EDL misait beaucoup sur ce qu’ils nomment eux-mêmes la dernière manifestation nationale de l’année. Cette manifestation faisait l’objet d’un bandeau spécial sur leur site national et l’English Defence League comptait bel et bien sur des arrivées de partout puisqu’ils prennent la peine de guider les autocars (« coaches ») et les minibus.

Avec leur goût (douteux ?) du spectacle, ils avaient prévus des animations cool et pleine d’islamophobie comme ils les aiment, avec des militants en burqa et des slogans géniaux tels que « Mohamed is a pedo ».

Pourtant, à l’heure des bilans, il n’y a pas de quoi pavoiser. Certes, protégés par 400 flics, ils ne se sont pour une fois pas fait casser la gueule (ce qui est pour eux un exploit), certes deux des leurs, un peu agités, ont été interpelés ce qui leur permet de jouer les martyrs, mais on s’arrête là pour les bonnes nouvelles les concernant.

Selon les divers observateurs (militants, média mainstreams…), les troupes de l’EDL, acheminées en autocars et minibus de tout le pays … représentaient environ 200 personnes (la police parle précisément de 225 personnes). C’est faible pour une organisation qui affirme être la voix des anglais et dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Le nombre absolu de militant est très faible, mais il y a plus humiliant pour l’English Defence League, le nombre relatif.

Le nombre de leurs manifestants relativement aux contre manifestants, car une contre-manifestation s’est organisée. Comme il ne peut en être autrement, la contre-manifestation s’est organisée suite à l’annonce de la marche de l’EDL, donc avec moins de temps de préparation. De plus, alors que l’ampleur nationale de l’initiative des fafs était évidente et revendiquée, cette contre-manifestation était à l’appel d’un collectif local, Exeter Toghether (certes un collectif très large, allant du SWP à des libdem). Bref, il n’y aurait rien eu de surprenant à ce que la contremanifestation soit moins massive que la marche de l’English Defence League. Dans les faits, c’est exactement l’inverse. La majorité des observateurs parlement de 800 antifascistes présents (soit 4 fois plus que l’EDL),  la police en annonce 700 (soit plus de trois fois plus que l’EDL). ça fait mal ! Histoire d’enfoncer le clou, rappelons que les images sont souvent les plus parlantes :

Les marches fascistes et antifascistes à Exeter le 16/11.

Les marches fascistes et antifascistes à Exeter le 16/11.

Promis, la photo de gauche montre  bien sur leur trottoir l’ensemble des manifestants de l’EDL, après que tous leurs membres soient arrivés !

De leur fondation en 2009 à leur plus grosse manif en 2011 (plus de 2000 personnes à Luton, fief des fondateurs), l’English Defence League était présentée comme le renouveau de l’extrême-droite en Europe, surfant sur les buzz, dissimulant ses côtés les plus ouvertement fascistes, remplaçant le vocabulaire raciste traditionnel par celui de l’islamophobie… Tout le monde les annonçait comme voués à une emprise croissante non seulement sur l’Angleterre mais même sur l’Europe dont ils seraient devenus les leaders de l’extrême-droite. Deux ans plus tard, on en est loin, très loin. Leur seule grande initiative européenne en Hollande s’est avérée un fiasco total, eux qui se prennent pour de grands hooligans mordent la poussière une manif sur deux de par la réaction énergique des populations locales, la plupart des orgas européennes qui leur léchaient les orteils s’en sont détournées ou ont elles-mêmes périclité… Les deux fondateurs de l’EDL Tommy Robinson et Kevin Carroll, principaux artisans de la politique de dédiabolisation sont partis il y a deux mois dénonçant ce qu’ils passaient leur temps à nier (une EDL servant d’abris à de nombreux néonazis, une orga basée sur la violence physique…). La manif d’Exeter était la première initiative de grande envergure suite à leur départ et devait servir aux actuels dirigeants de l’EDL a prouver que leur organisation n’était pas marginalisée pour autant, d’où tous les efforts concentrés sur cette manifestation organisée deux mois à l’avance.

Le résultat ne leur donne pas raison et annonce sûrement une amplification du déclin de l’English Defence League. Les militants antifascistes qui ont passé leur temps à dénoncer le discours fasciste que l’EDL tentait de masquer derrière une phraséologie populiste et pseudo-progressiste (dénonçant par exemple l’antisémitisme et l’homophobie des islamistes), qui ont harcelé l’EDL pour leur montrer que la rue n’était pas à eux, qui ont partout mobilisé la population, n’y sont évidemment pas pour rien et on ne peut se réjouir de ce déclin. Pour autant, il ne faut pas oublier que les conditions sociales et idéologiques qui ont favorisé leur émergence sont toujours là et le combat antifasciste, plus que jamais lié au combat anticapitaliste, doit s’amplifier sans cesse. Comme disait l’autre, « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » …

Ravalement de façades FN WIN

Le front national prend grand soin de son image, passant son temps à essayer de donner à voir une vitrine présentable. Les antifascistes ont décidé de les aider à soigner leur image en prenant en charge la déco des permanences du FN.

Permanence du FN à Nantes, le 10 novembre 2013

Permanence du FN à Nantes, le 10 novembre 2013

A Nantes, en novembre dernier, c’est à la peinture que la permanence du FN a été redécorée. N’en déplaise aux Fans de D&Co, le rouge et le noir, c’est quand même plus beaux que le vert anis et le orange. Et puis, quelques slogans bien sentis, ça fait au moins une permanence du FN avec du fond.

Mais comme les maçons du cœur, les antifascistes savent tout faire. Ils ne travaillent pas que la peinture mais font aussi la tapisserie comme ici à Paris le 30 novembre (voir le communiqué du Collectif Antifasciste Paris Banlieue).

Le local Brestois du FN, le 9/11/13. Avec les peintres à pied d'œuvre sur la photo ?

Le local Brestois du FN, le 9/11/13. Avec les peintres à pied d’œuvre sur la photo ?

A Brest, début novembre, la réfection de la permanence du FN rue Rabelais avait aussi commencé par la peinture extérieure. Mais, ce travail extérieur n’était pas suffisant. Des individus non identifiés mais visiblement altruistes ont décidé de s’occuper aussi de l’aménagement intérieur du local, fournissant même le mobilier le plus adapté aux frontistes (voir le télégramme).

[Edit du 5/3/14]

Cette activité semble décidément prisée en Bretagne, après Nantes et Brest, le FN nous apprend que c’est sa permanence de Rennes qui a été l’objet des se(r)vices de généreux antifascistes. Les décorateurs se sont principalement chargé de la peinture en ajoutant un peu de rouge et de noir à une façade dont le monochrome de bleu fatiguait un peu. Ils se sont aussi occupé de la ventilation des lieux en procédant à de multiples trous d’aération dans la porte.

Permanence FN de Rennes taguée et dégradée

Début mars, l’équipe de « les antfa ont du coeur » était à Rennes

Le CRAC se craque FAIL

Le CRAC, Comité Radicalement Anti Corrida, est une association européenne visant à l’abolition de la corrida. Un combat dont on ne peut qu’être solidaire. Il s’agit d’une organisation qui n’était pas du tout prédestinée à se retrouver un jour sur ce blog. Dans la liste de ses présidents d’honneur, on retrouve différentes personnalités « progressistes » (sans rentrer plus dans les détails), tel que Patrick Pelloux ou les défunts Jacques Derrida et Albert Jacquard.

Pourtant, comme nous l’avions évoqué, les réseaux militants pour la cause animale sont régulièrement confrontés à leur infiltration par l’extrême-droite. Il faut donc pour se préserver de toute dérive, une démarche politique ferme et sans concession vis-à-vis des fachos. La plus grosse entreprise de pénétration des idées racistes et réactionnaires d’extrême-droite au sein de la mouvance, se fait via la Fondation Brigitte Bardot, une organisation qu’il vaut mieux ne pas fréquenter quand on ne veut pas se trouver mêlé à des affaires de racisme !

Le 8 septembre 2012, une femme portant les couleurs de la Fondation Brigitte Bardot s’est ainsi adonnée à de nombreuses insultes racistes à l’occasion d’une manifestation anti-corrida organisée par le CRAC à Alès. Cette affaire avait forcé Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC France, trésorier et vice président du CRAC Europe, à se désolidariser de ces propos et à affirmer qu’il « dégagerait » dorénavant les auteurs de propos « lamentables ». Pourtant, cet épisode est loin d’avoir amené le CRAC à cesser de collaborer avec la Fondation Brigitte Bardot, coorganisant manifestations et actions encore récemment comme le 24 aout 2013 à Rion-des-Landes ou le 27 octobre 2013 à Rodilhan.

Mais le CRAC va plus loin que de collaborer avec la Fondation Brigitte Bardot. Il fait de cette alliance quelque chose de primordial. Faisant ainsi des ennemis de la FBB des « ennemis de l’intérieur »1. Effectivement, il y a un certain nombre d’antifascistes militant pour la cause animale qui refusent d’avoir quoi que ce soit à faire avec les fachos et notamment la Fondation Brigitte Bardot. C’est par exemple le cas du déjà cité Collectif Libertaire pour l’égalité Animale et Humaine (Cléah) ou du Réseau éthique pour les animaux, dont la charte est très claire quant à la FBB, mais également des Panthères Enragées, qui se sont plusieurs fois illustrés en dénonçant la présence des fachos de la FBB, de 3ème Voie ou autres dans les manifestations. Ainsi donc, pour Garrigues, président pour la France du CRAC dont les statuts condamnent pourtant « toute forme de discrimination : racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie, spécisme…  » il semblerait que l’ennemi ne soient pas les fafs de la Fondation Brigitte Bardot qui pourrissent ses rassemblements avec des propos racistes, mais les antifa qui s’opposent à cette alliance !

Les mots de Garrigues sur les auteurs de propos lamentables qui devraient dégager de ses manifestations, paraissent tout à coup un peu moins clairs, à la lumière de ceci. Et si ce n’étaient pas des fafs aux propos racistes qu’il s’agissait, mais bien des antifa dénonçant l’alliance avec les fachos de la FBB ? Tiré par les cheveux, paranoïaque ? J’aimerai, mais cette hypothèse a été rapidement corroborée par ce mail reçu par le Cléah qu’ils ont rendu public sur leur facebook. Les propos (et les menaces) sont clairs. Les antifascistes sont tolérés à conditions qu’ils n’affichent pas leur antifascisme, sinon ils seraient considérés comme faisant de la « provocation » et dégagés personnellement par M. Garrigues, par respect pour les manifestants (comprendre donc les manifestants qui se sentiraient offensés par une banderole antifasciste, donc des fachos et notamment ceux de la fondation Brigitte Bardot). On retrouve ainsi dans ce mail la rhétorique de l’ennemi intérieur (les antifascistes qui feraient de la provocation) à qui l’union pose problème ce qui est déplorable (dénoncer les fachos qui est déplorable puisque nuisible à l’union avec les fachos de la FBB) et que Garrigues va dégager. La boucle semble donc bouclée !

Jean-Pierre Garrigues (président du CRAC France) en compagnie de Nathalie Krier et Jérôme Lescure lors de l'AG du CRAC Europe en mars 2013.

Jean-Pierre Garrigues (président du CRAC France) en compagnie de Nathalie Krier et Jérôme Lescure lors de l’AG du CRAC Europe en mars 2013.

Comme le montre la photo ci-dessus, les accointances de Garrigues avec l’extrême-droite ne sont pas nouvelles ni fortuites. Sur cette photo, on le retrouve avec Nathalie Krier, aka Nath animaliste, qu’on ne présente plus vu qu’on en a déjà parlé à deux reprises sur ce blog à propos de sa présence dans le cortège fasciste de Section Défense Animale au côté notamment d’Esteban Morillo, l’assassin de Clément Méric, et de son appartenance à l’organisation fasciste troisième voie de Serge Ayoub.

On trouve également avec eux Jérôme Lescure, sur qui ça peut valoir le coup de s’arrêter quelques secondes. Lescure occupe au sein du Conseil d’administration du CRAC Europe la fonction de porte-parole national. Il est cependant plus connu en tant que cinéaste et notamment en tant que réalisateur de « A.L.F. Le film », qui comme son nom l’indique est un film sur l’ALF (Animal Liberation Front). Jérôme Lescure s’enorgueillit d’avoir reçu pour son film sur une organisation libertaire et anticapitaliste (dont il dévoie tous les principes) le soutien de Brigitte Bardot et sa fondation (et a aussi reçu le soutien des nazis du Klan du loup).

A.L.F. Le film à ne pas voir !

A.L.F. Le film à ne pas voir !

Jusqu’ici, on pourrait plaider pour Lescure la naïveté du cinéaste qui est prêt à récupérer tous les soutiens possibles dans l’espoir de mieux diffuser ses idées via son film, ce qui serait déjà embêtant. Mais les liens entre Lescure et l’extrême-droite ne s’arrêtent pas là. C’est également un proche de l’omniprésente Nathalie Krier avec qui il échange sur internet sur comment évincer les antifascistes de projets de la « cause animale », et qu’il côtoie dans la vraie vie.

Jérôme Lescure et Nathalie Krier au refuge Animaux En Péril

Jérôme Lescure et Nathalie Krier

Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica, toujours au refuge d'Animaux En Péril

Jérôme Lescure avec la militante fasciste Arduinna Luna Mystica

Les deux photos ont été prises au refuge d’Animaux En Péril, les panthères enragées donnent un certain nombre de détails sur ce lieu trouble.

La deuxième photo montre Jérôme Lescure en compagnie d’une militante fasciste bien connue. Elle et son compagnon2 se disent National-libertaire ou national-anarchiste, une variante du nationalisme révolutionnaire. Entre autres activités, ils pourrissent ensemble les luttes de « Protection Animale ».

Le négationnisme, une seconde nature chez Arduinna.

Le négationnisme, une seconde nature.

Nous en sommes déjà à deux membres éminents du CA du CRAC Europe qui copinent avec les fascistes, hélas, ça ne s’arrête pas là.

Delphine Simon (secrétaire et déléguée Île de France du CRAC Europe), en compagnie de Nath Animaliste et Jérome Lescure lors du Paris Vegan Day, le 12 octobre 2013.

Delphine Simon (secrétaire et déléguée Île de France du CRAC Europe), en compagnie de Nath Animaliste et Jérome Lescure lors du Paris Vegan Day, le 12 octobre 2013.

Et oui, Delphine Simon, secrétaire du CRAC Europe, s’affiche aussi avec la fasciste Nathalie Krier. Notons que Krier n’est pas membre du CRAC, qu’elle n’a rien d’incontournable pour le vice-président et trésorier, le porte-parole national et la secrétaire du CRAC Europe qui font le choix délibéré de s’afficher avec une militante fasciste reconnue et en connaissance de cause. Notons également, que Nathalie Krier est par contre membre de la Fondation Brigitte Bardot. Il semblerait donc que les liens entre le CRAC et la FBB soient solides, ce qui explique que le CRAC aille jusqu’à menacer physiquement les militants antifascistes.

Cet article n’est aucunement un WIN pour l’infiltration des fachos dans la « Protection animale » car, sans la nier, il ne faudrait pas surestimer leur implantation, mais bien un gros FAIL du CRAC et plus largement de ceux qui croient leur cause au-dessus des clivages politiques. C’est en effet quelque chose de courant de croire qu’une lutte (qu’elle soit écologique, culturelle, linguistique …) est au-dessus des clivages politiques. C’est une idée évidemment fausse, mais surtout dangereuse car elle conduit automatiquement à servir de nid douillet à l’extrême-droite, trop heureuse d’y trouver un accueil chaleureux (pour eux dès qu’on ne les jette pas, c’est chaleureux) et à leur offrir un beau terrain de recrutement. C’est pourquoi il faut être vigilant et sans concession dans notre antifascisme et refuser de voir pourrir nos luttes par des fachos accueillis au nom de l’unité de la cause défendue. C’est un problème auquel sont confrontés nombre d’antifascistes par exemple dans leur combat pour les langues minoritaires qui, quand ils chassent les fachos, se font accuser de desservir la cause de ces langues (on retrouve la même chose sur d’autres questions) en brisant l’unité. Il est évident qu’on ne peut servir une juste cause qu’en la préservant des fachos. C’est vrai de toutes les luttes mais encore plus dans les luttes consistant à étendre le refus des systèmes de domination aux animaux non-humains. Ces luttes ne peuvent s’entendre que comme un prolongement logique de l’antifascisme et ne peuvent en aucun cas s’y opposer. A quoi bon se battre contre l’exploitation d’animaux non-humains si on permet dans le même temps le renforcement des dominations au sein des humains ?

Cet article traite du CRAC car son importance dans le paysage médiatique et militant et l’importance de ses dérives récentes (notamment avec le mail au Cléah) nous ont donné l’impression qu’il y avait une priorité à en parler (et non, ce n’est pas juste pour le jeu de mot bidon en titre). Cependant, il est évident que ce n’est pas la seule association du genre à être concernée, comme en témoigne la (hélas trop longue) liste noire du Réseau éthique.

  1. cité par midi libre : « des attaques de plus en plus fortes, de plus en plus sournoises, de l’extérieur comme de l’intérieur. Notre souhait d’union pose malheureusement problème à certains, ce qui est déplorable » []
  2. Hans Cany, qui se fait appeler Hans Werwolf, du nom de l’unité nazie initiée par Himmler en 44, est un phénomène de la scène fasciste depuis plus de 20 ans, on peut se reporter à sa bio par REFLEXes et même à celle  plus actualisée des fachos de Metapedia, assez fidèle []